Depuis trente ans, Saint Thomas Productions développe principalement des productions documentaires animalières et scientifiques. Sur ce laps de temps, les technologies et les modes de consommation ont profondément évolué. Cependant c’est toujours la même ambition qui anime Bertrand Loyer : produire des films haut de gamme capables de « traverser les années » mais aussi les frontières…
Filmer aujourd’hui pour les écrans de demain
Dans le documentaire animalier, la course à la définition peut sembler sans fin mais pour Bertrand Loyer, l’enjeu de la définition est ailleurs : produire aujourd’hui des images suffisamment riches pour alimenter des modes de diffusion premiums qui n’existent pas encore à grande échelle…
Au-delà de la télévision 4K, il cible des écrans géants, dômes numériques et dispositifs LED capables d’immerger beaucoup plus largement le spectateur dans l’image. Cette évolution oblige à repenser la captation, les cadences d’images, les formats de capteurs et jusqu’à la fabrication d’assets numériques.
Saint Thomas Productions fait ainsi le pari que la pérennité d’un catalogue se jouera autant dans la qualité des images sources que dans sa capacité à être redéployé sur les écrans de demain.
Quand la salle immersive dépasse les capacités de la caméra
Pour Bertrand Loyer, la télévision devrait durablement rester installée autour de la 4K, notamment en raison du poids des signaux et des contraintes de diffusion. Mais, parallèlement, un autre marché se développe : celui des très grands écrans.
IMAX, planétariums numériques, salles à haute cadence d’images ou nouveaux dispositifs LED constituent autant de destinations potentielles pour ses contenus.
Le producteur observe notamment le développement, en Asie, de salles HFR ( High Frame Rate)
Dans les planétariums, l’arrivée de la projection laser a déjà amélioré contraste et qualité d’image. Désormais, les technologies LED ouvrent encore de nouvelles perspectiveq. L’image peut couvrir un champ supérieur à 180 degrés et potentiellement se prolonger jusque sous les pieds du spectateur….
Mais cette évolution pose un problème très concret : comment fabriquer des images suffisamment définies pour de telles surfaces ?
17K, multicaméra et assets numériques : le tournage change d’échelle
La réponse oblige Saint Thomas Productions à s’éloigner des workflows de production télévisuelle traditionnels.
Bertrand Loyer évoque notamment des besoins pouvant atteindre le 8K 60p, auxquels s’ajoutent des formats d’image inhabituels. Même une caméra très haute définition ne suffit donc pas nécessairement.
Il cite notamment la caméra Blackmagic URSA Cine 17K 65. Sa définition est considérable, mais le ratio de son capteur n’est pas adapté à tous les écrans immersifs.
Pour filmer le réel avec une définition suffisante, Saint Thomas Productions s’oriente donc vers des configurations multicaméras, pouvant regrouper plusieurs caméras très haute définition.
À cela s’ajoute la fabrication d’assets numériques à partir des images captées. Images réelles et synthèse peuvent alors être combinées afin de produire les très grandes surfaces d’image nécessaires aux dispositifs immersifs XXL.
C’est un investissement lourd. Bertrand Loyer l’assume comme un « pari sur l’avenir » destiné à constituer un catalogue dont la valeur puisse perdurer malgré l’évolution des supports…
Un même documentaire pour plusieurs écrans
En déclinant un même contenu sur plusieurs marchés, le producteur parvient à trouver un équilibre économique.
À partir d’un fonds d’images commun, Saint Thomas Productions peut envisager des versions pour la télévision, les écrans géants ou les planétariums. Le producteur évoque même des demandes pour des surfaces au format très atypique, jusqu’à des bandeaux d’image de 144 x 8.
La stéréoscopie reste également d’actualité. Alors que Hurricane , l’un de ses premiers films 3D avait été tourné nativement en relief, Bertrand Loyer explique que la seconde caméra se fabrique souvent en postproduction.
Saint Thomas Productions applique notamment cette méthode à une série de films tournés en Antarctique autour des manchots, aujourd’hui déclinée en version relief.
La prochaine étape associera encore davantage prises de vues réelles et images de synthèse. Un nouveau projet, produit en 2026, doit transporter le spectateur 220 millions d’années en arrière, à la rencontre d’un immense prédateur découvert au Canada et d’une faune entièrement reconstituée numériquement.
Pour Bertrand Loyer, l’enjeu est finalement moins de courir après la définition que de constituer aujourd’hui un patrimoine d’images capable de survivre aux formats qui l’ont vu naître.
🎬 Pour découvrir plus en détail les choix technologiques de Saint Thomas Productions et la vision de Bertrand Loyer sur les futurs écrans immersifs, regardez son interview complète sur moovee.tech, la Web TV de Génération Numérique – en accès libre.
Cette interview a été réalisée à l’occasion du SATIS 2025.
Pour aller plus loin…
Bertrand Loyer participait également à la conférence SATIS 2025 : « Comment filmer pour le documentaire animalier ? »
▶️ À retrouver en replay sur SATIS TV / Moovee.