Exit la langue de bois pour Rodolphe Rodolphe Belmer, PDG du Groupe TF1, lors de la clôture de Journée de la Création organisée par le Festival de la Fiction et le CNC © Stéphan FaudeuxLe constat est sans appel et les chiffres, publiés pour 2025, sont « criants » : le marché publicitaire télévisuel français accuse une baisse de 12 %. Pour Rodolphe Belmer, ce n’est pas une simple crise conjoncturelle, mais le résultat d’une absorption massive de la valeur par le digital, YouTube en tête.
… Entre distorsion de concurrence et urgence de régulation, le patron de la première chaîne privée appelle à faire entrer la plateforme de Google dans le cercle de l’exception culturelle française.
YouTube, le « passager clandestin » de la TV
Si YouTube se présente volontiers comme un partenaire des créateurs, Rodolphe Belmer a utilisé des termes bien plus directs pour définir la plateforme : un « passager clandestin ».
L’argument est simple : YouTube est désormais consommé majoritairement sur l’écran de télévision (via les TV connectées). Il capte ainsi les recettes publicitaires historiques du média TV sans en supporter les contraintes. « Ils ne payent pas les infrastructures, ils ne payent pas les contenus : leur système est un reversement a posteriori de la publicité qu’ils ont bien voulu envoyer », a martelé le président de LaFA.
La « tartufferie » du statut d’hébergeur
Le point de friction majeur réside dans l’asymétrie réglementaire. Là où les chaînes traditionnelles et les plateformes de SVOD (Netflix, Disney+, Amazon) sont soumises à des obligations de préfinancement de la création, YouTube bénéficie encore du statut d’hébergeur.
Belmer dénonce cette « tartufferie » :
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Prix cassés : N’ayant pas de coûts de grille ni d’obligations d’investissement, YouTube vend ses espaces publicitaires 2 à 3 fois moins cher que les chaînes de télévision.
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Déficit de souveraineté : Alors que 25 % du CA de TF1 retourne directement à la création française (producteurs, auteurs, gestion collective), l’argent capté par YouTube échappe largement à cet écosystème.
L’objectif : Les 25 % pour la création
La position de LaFA est désormais claire : il faut appliquer à YouTube le même régime qu’aux géants de la SVOD. Rodolphe Belmer demande que la plateforme contribue à hauteur de 25 % de son chiffre d’affaires réalisé en France au préfinancement de la création française.
« Il faut permettre à un grand secteur économique d’embrasser le monde nouveau, mais on court avec des boulets aux pieds », a-t-il illustré, pointant du doigt l’attentisme « intolérable » de l’exécutif et des services publics.
Un front commun malgré les dissonances
Si le récent partenariat entre France Télévisions et YouTube sur le volet information a été qualifié d’erreur de communication (« pas la plus grande habileté qui soit ») par Belmer, l’unité de la filière reste le mot d’ordre.
L’enjeu dépasse les rivalités entre chaînes : il s’agit de préserver le modèle de financement de la création française face à des acteurs globaux qui, pour l’instant, jouent selon leurs propres règles.
Pour les professionnels du secteur, l’attente jusqu’aux prochaines échéances législatives de 2028 semble désormais insupportable.
Le message envoyé au gouvernement est limpide : la régulation doit cesser de courir après la technologie et imposer, enfin, une équité fiscale et créative.
À retenir
Les enjeux du marché publicitaire…
📉 Le marché publicitaire TV : -12 % en 2025.
⚖️ La revendication : Intégration de YouTube au régime de l’exception culturelle (25 % de contribution au préfinancement).
Le grief : Une asymétrie réglementaire qui permet à YouTube de vendre de la publicité à prix cassés sans financer la filière amont.







