IA et industries créatives : l’Inria et la FICAM accélèrent le rapprochement entre recherche et entreprises

L’intelligence artificielle bouleverse l’approche des industries créatives, mais son avenir dépendra autant des collaborations humaines que des performances des modèles. Sur le plateau SATIS TV, l’Inria et la FICAM envisagent un rapprochement durable entre recherche publique et entreprises.
Stéphane Donikian (Inria) et Benoît Maujean (FICAM) sur le Plateau SATIS TV

Publié le 22/06/2026

Stéphane Donikian (Inria) et Benoît Maujean (FICAM) sur le Plateau SATIS TV

La recherche, notamment en matière d’IA, représente aujourd’hui l’un des principaux leviers d’innovation pour les industries créatives (studios d’animation, les sociétés de VFX, producteurs et les éditeurs de technologies audiovisuelles… ). Sur le Plateau SATIS TV / Mediakwest, Benoît Maujean, Délégué Adjoint Technologies – FICAM, et, Stéphane Donikian, Chargé de mission DGD-I sur les ICC/ Directeur de recherche INRIA envisagent les cadres et reviennent sur les succès de la collaboration recherche / entreprise dans ce périmètre.

 

En bref

• L’intelligence artificielle doit être pensée comme un outil au service des créateurs et des métiers de la création.

• Les données d’entraînement et leur traçabilité deviennent un enjeu stratégique majeur pour l’ensemble de la filière.

• Les collaborations entre laboratoires de recherche et entreprises sont indispensables pour construire une innovation durable et souveraine.

 

 

IA, recherche et industries créatives : comment l’Inria et la FICAM veulent rapprocher laboratoires et entreprises

 

L’IA dans les industries créatives ne se résume pas à une course aux modèles génératifs ou aux effets de mode. Pour Stéphane Donikian et Benoît Maujean,  l’enjeu majeur se situe ailleurs : il faut construire des passerelles durables entre les laboratoires de recherche et les entreprises qui produisent films, séries, effets visuels, animation ou expériences immersives.

 

Les deux invités du plateau SATIS TV  partagent un constat commun : la France dispose d’un écosystème de recherche de premier plan, mais les mécanismes de collaboration restent encore insuffisamment fluides pour permettre aux innovations de se diffuser rapidement dans les industries culturelles et créatives.

 

 

L’IA ne remplace pas l’expertise métier

 

L’un des messages les plus forts de cet échange concerne la perception même de l’intelligence artificielle. Pour Benoît Maujean, il est indispensable de dépasser les fantasmes qui entourent encore ces technologies… L’IA n’est ni une solution miracle capable de résoudre tous les problèmes de production, ni une menace destinée à remplacer les artistes et les graphistes.

L’enjeu consiste plutôt à développer des outils réellement adaptés aux métiers.

 

Dans les secteurs de l’animation, des VFX ou de la création graphique, les professionnels ont besoin d’outils contrôlables, capables de s’intégrer dans des workflows complexes. Les interfaces grand public reposant uniquement sur des prompts ne répondent pas toujours à ces exigences de précision, de cohérence artistique et de reproductibilité.

Dans cette perspective d’exigence, les collaborations avec les laboratoires de recherche restent essentielles : elles permettent de construire des solutions adaptées aux usages professionnels plutôt que de simples démonstrateurs technologiques.

 

 

Le défi stratégique des données d’entraînement

 

Autre sujet central : les données… La question des jeux de données utilisés pour entraîner les modèles d’IA devient désormais aussi importante que les modèles eux-mêmes. Les intervenants soulignent la nécessité d’améliorer la traçabilité, la gouvernance et la valorisation économique des données utilisées pour développer les futurs outils créatifs.

Pour Benoît Maujean, cette réflexion pourrait ouvrir la voie à de nouveaux modèles économiques permettant d’utiliser certaines bases de données selon différents niveaux de droits ou de valorisation, à l’image de ce qui existe déjà dans le domaine du patrimoine numérisé.

 

 

Derrière la question technique se cache en réalité un enjeu de souveraineté et de compétitivité pour les industries culturelles européennes.

 

 

Le temps long de la recherche face à l’urgence du marché

Enfin, l’un des obstacles fréquemment rencontrés tient à la différence de temporalité entre recherche et industrie.

L’intelligence artificielle évolue à une vitesse spectaculaire. Pourtant, la création de véritables outils professionnels nécessite souvent plusieurs années de développement, d’expérimentation et d’itérations.

 

Cette temporalité relativement longue peut sembler contradictoire avec l’urgence ressentie par les entreprises confrontées à une concurrence mondiale intense.

Pour les deux intervenants, c’est précisément là que les projets collaboratifs prennent tout leur sens. Ils permettent aux entreprises d’accéder à une veille technologique de haut niveau tout en bénéficiant des compétences scientifiques nécessaires pour anticiper les évolutions du marché.

 

 

France 2030, accélérateur de collaborations

 

Si les dispositifs classiques restent parfois complexes à mobiliser, les programmes France 2030 jouent aujourd’hui un rôle déterminant dans le rapprochement entre recherche et industrie.

Stéphane Donikian rappelle que de nombreux projets collaboratifs financés dans ce cadre associent déjà laboratoires, entreprises technologiques et acteurs des ICC.

Ces programmes permettent notamment :

  • de financer des travaux de recherche appliquée ;
  • d’accélérer le transfert technologique ;
  • de structurer des partenariats sur plusieurs années ;
  • de favoriser l’émergence de nouvelles filières industrielles.

… Une logique qui répond directement aux besoins des studios, producteurs et éditeurs confrontés à la montée en puissance de l’IA générative.

L’avis de la rédaction

Alors que l’attention médiatique se focalise souvent sur les performances spectaculaires des modèles d’intelligence artificielle, cet échange rappelle une réalité plus fondamentale : l’innovation naît rarement de l’outil seul. Dans les industries créatives, la capacité à faire dialoguer chercheurs, ingénieurs, artistes et entreprises pourrait devenir l’un des principaux facteurs de compétitivité des prochaines années. Une dynamique qui place la coopération et le partage des expertises au cœur de la construction d’une innovation durable et souveraine.

 

Des exemples déjà visibles dans les VFX et l’animation

 

Contrairement à certaines idées reçues, les collaborations fructueuses entre recherche et industrie existent déjà.

Benoît Maujean et Stéphane Donikian citent notamment plusieurs initiatives emblématiques :

  • les travaux menés entre Inria et InterDigital autour de laboratoires communs ;
  • les collaborations entre Praxinos et des équipes de recherche bordelaises ;
  • le projet Meshroom développé avec l’IRIT de Toulouse autour de la photogrammétrie et des jumeaux numériques ;
  • ou encore la technologie de 3D Gaussian Splatting, issue des recherches de l’équipe GraphDeco de l’Inria, aujourd’hui intégrée dans de nombreux outils professionnels.

En seulement deux ans, cette innovation a profondément transformé les méthodes de représentation et de navigation dans les scènes 3D complexes, démontrant la capacité de la recherche française à produire des technologies de référence mondiale.

 

 

 

Cartographier l’innovation pour créer de nouvelles rencontres

 

Depuis son retour à l’Inria, après son emblématique aventure entrepreneuriale de Golaem, Stéphane Donikian s’est vu confier une mission spécifique autour des industries culturelles et créatives.

Son objectif  : identifier les compétences présentes dans les équipes de recherche françaises, cartographier les besoins industriels et favoriser les mises en relation entre les deux mondes.

Cette fonction d’intermédiation s’impose comme stratégique dans un secteur composé d’une multitude de TPE, PME, studios indépendants et sociétés innovantes qui n’ont pas toujours les ressources nécessaires pour dialoguer directement avec la recherche publique.

 

 

 

À la FICAM, faire émerger des problématiques communes

 

De son côté, Benoît Maujean poursuit un objectif similaire à travers la commission technologique qu’il anime au sein de la FICAM depuis peu.

L’idée consiste à créer des espaces de réflexion collective autour des problématiques techniques partagées par les studios, les prestataires et les industriels.

Les outils évoluent rapidement, mais certaines questions restent communes à l’ensemble de l’écosystème :

  • gestion des données ;
  • interopérabilité ;
  • open source ;
  • propriété intellectuelle ;
  • intégration de l’IA dans les pipelines de production.

Autant de sujets qui nécessitent une réflexion collective et une coopération accrue entre les différents acteurs du secteur.

 

 

🎬 Retrouvez l’interview vidéo complète de Stéphane Donikian (Inria) et Benoît Maujean (FICAM) sur moovee.tech, la plateforme Web TV de Génération Numérique en accès gratuit, pour approfondir les enjeux de l’IA, de la recherche et de l’innovation dans les industries culturelles et créatives.

 

Pour approfondir le sujet, vous pouvez également visionner les interventions suivantes sur la SATIS -TV Moovee, en accès gratuit :

 

Les prochains rendez-vous du satis 

Le Satis 2026 vous donne rendez-vous les 4 et 5 novembre aux Docks de Paris.

D’ici là…
Save the date : SATIS + Montpellier, les 1er et 2 juillet 2026.

 

 

 

 

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