L’IA et la creator economy sont désormais étroitement liées : chez Webedia Elephant, l’intelligence artificielle intervient en effet dans l’exploitation, l’adaptation et la monétisation de volumes considérables de contenus. Pour Gregg Bywalski, directeur général de Webedia Creators, cette intégration n’est pourtant qu’une première étape…
• Workflows : l’IA automatise déjà l’adaptation, le séquençage et l’exploitation des catalogues sur de multiples plateformes.
• Monétisation : chez Webedia Elephant, elle devient un outil central pour optimiser les formats, les titres, les vignettes et les premières secondes des contenus.
• Creator economy : une nouvelle génération de créateurs « full IA » pourrait bientôt émerger et fédérer ses propres communautés.
• Plateformes : l’enjeu reste ouvert. Comment YouTube, TikTok ou Snapchat identifieront-ils et recommanderont-ils les contenus 100 % IA ?
À l’occasion du WAIFF 2026, il revient sur cette bascule en distinguant deux mouvements. D’un côté, l’IA s’insère discrètement dans les workflows existants. De l’autre, elle commence à modifier la nature même des contenus et le profil de ceux qui les produisent…
Chez Webedia, l’IA est déjà dans les workflows
Avant même l’explosion récente de l’IA générative, le groupe Webedia avait adopté l’IA pour répondre à un problème très concret : comment exploiter un patrimoine de contenus sur des plateformes aux formats toujours plus nombreux ?
16/9, vertical 9/16, formats longs, capsules courtes… Chez Webedia, chaque contenu doit être décliné, séquencé et adapté à son environnement de diffusion à grande échelle.
Cette activité, autrefois organisée autour de véritables « fermes de montage », est aujourd’hui largement automatisée. L’offre regroupée sous le label Box Office Network exploite ainsi des catalogues provenant de producteurs et de distributeurs afin de les redistribuer sur différentes plateformes.
Dans ces workflows, l’IA intervient désormais directement pour automatiser une partie des tâches, mais aussi pour optimiser les contenus selon leur destination.
L’attention se joue parfois dans les trois premières secondes
Chez Webedia, l’IA ne concerne pas seulement la fabrication technique. Elle touche aussi l’éditorialisation et la performance des contenus. Séquençage entre formats courts et longs, sélection des meilleurs passages, tests de vignettes ou de titres : la data et l’IA permettent d’analyser ce qui fonctionne et d’adapter rapidement les contenus…
Gregg Bywalski évoque notamment la logique des « trois secondes pitch » : ces premières secondes décisives durant lesquelles un contenu doit retenir l’attention avant que l’utilisateur ne poursuive son défilement.
L’IA, constate-t-il est en capacité de mieux valoriser et de monétiser les catalogues et assets Webedia sur toutes les plateformes.
Ce type de stratégie pourrait créer un écart croissant entre les sociétés capables d’intégrer les outils basés sur l’IA dans leurs processus et celles qui garderaient leur distance. Gregg Bywalski compare notamment ce moment à l’arrivée du téléphone mobile : qui pourrait s’en passer ? Son adoption finira par devenir moins un avantage qu’une condition d’entrée dans le marché !
Les créateurs restent plus prudents qu’on pourrait l’imaginer
On pourrait penser que les créateurs de contenu sont les premiers à s’emparer massivement de l’IA générative. L’histoire des plateformes plaide d’ailleurs en ce sens.
YouTube, la GoPro puis les smartphones ont successivement abaissé les barrières techniques et favorisé l’émergence de nouvelles générations de créateurs.
Pourtant, Gregg Bywalski observe aujourd’hui une certaine prudence chez les talents déjà installés. Ceux qui disposent de communautés importantes travaillent aussi avec des monteurs, auteurs, techniciens ou équipes de production. Ils s’interrogent donc sur l’impact que pourrait avoir l’automatisation sur cet écosystème humain.
L’IA est davantage utilisée en amont ou en coulisses : postproduction, tests de titres, vignettes ou optimisation des contenus.
Cette réserve n’empêche pas l’expérimentation. Webedia Elephant a ainsi déjà intégré des séquences créées avec l’IA dans certaines productions, en choisissant de signaler cette utilisation aux téléspectateurs…
Après YouTube, une nouvelle démocratisation de la création ?
Le changement le plus profond pourrait toutefois venir d’ailleurs… L’IA ne donnera pas seulement de nouveaux outils aux créateurs existants elle ouvre la production de contenus à des personnes qui ne se seraient jamais considérées comme vidéastes, réalisateurs ou producteurs.
La comparaison avec YouTube revient naturellement… La plateforme avait rendu possible la diffusion mondiale de vidéos produites avec des moyens extrêmement légers. L’IA générative pourrait provoquer un phénomène similaire du côté de la fabrication.
Plus besoin, dans certains cas, de caméra, de studio ou d’une chaîne de production traditionnelle pour tester une idée et la mettre immédiatement devant une audience.
Cette accessibilité va vraisemblablement mécaniquement augmenter le nombre de créateurs et diversifier encore les formats disponibles…
Les premiers créateurs « full IA » arrivent
En outre, Gregg Bywalski voit déjà apparaître les prémices d’une nouvelle ère avec des formats entièrement générés avec l’IA. Il cite notamment de jeunes talents qui explosent sans correspondre à la définition traditionnelle du créateur de contenu et en agrégeant toutefois rapidement des audiences importantes.
À terme, Webedia Creators pourrait donc être amené à accompagner des créateurs « full IA ». Une question presque vertigineuse apparaît alors : accompagne-t-on encore un créateur utilisant une IA, ou accompagne-t-on directement une identité créative générée par l’IA ?…
La frontière, encore théorique pourrait pourtant devenir très concrète beaucoup plus rapidement qu’on ne l’imagine selon le directeur général de Webedia Creators.
Hybride ou full IA, le public restera juge
Dans ce nouveau paysage créatif et économique, YouTube, TikTok, Snapchat ou les services de streaming devront décider comment identifier, signaler et éventuellement recommander les contenus générés artificiellement.
Gregg Bywalski estime que les plateformes disposeront probablement des moyens techniques pour reconnaître et qualifier ces contenus. Mais leur politique de recommandation reste encore difficile à cerner.
Les plateformes prendront-elles le parti de privilégier les créations humaines ? De déclasser les productions entièrement générées ? Ou simplement laisser l’audience arbitrer ?
Sur ce point, sa position est pragmatique : si un contenu trouve sa communauté et démontre une réelle créativité, son origine technologique pourrait finalement devenir secondaire.
Et c’est peut-être là que se situe le véritable bouleversement. Après avoir transformé les outils de production, l’IA pourrait redéfinir jusqu’à la notion même de créateur !
Le propos de Gregg Bywalski est intéressant parce qu’il déplace le débat. L’IA n’est déjà plus seulement un outil de génération d’images : elle intervient dans l’adaptation des catalogues, l’analyse de la performance et la monétisation des contenus.
La prochaine rupture pourrait venir des créateurs eux-mêmes. L’arrivée de profils capables de bâtir des audiences sans passer par les outils traditionnels de production pose de nouvelles questions aux agences de talents, aux producteurs et aux plateformes. La creator economy pourrait ainsi connaître avec l’IA une rupture comparable à celle provoquée par YouTube il y a vingt ans.
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Interview réalisée à l’occasion du WAIFF 2026.