Remote production : cause commune pour Globecast & Imagina France

À l’occasion du dernier match Bastia-Bordeaux,  la réalisation à distance a été une nouvelle fois proposée à titre expérimental. Visite guidée du dispositif.*
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Publié le 06/04/2017

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Le direct sportif fonctionne toujours bien en audience. Il permet d’ailleurs à la télévision de résister encore un peu face à la concurrence du web. Pourtant, la production d’événements sportifs est dans une situation assez paradoxale.

Le montant des droits versés par les diffuseurs aux organisateurs de grands événements (foot, tennis ou Jeux olympiques notamment) ne cesse d’augmenter, tandis que parallèlement, les restrictions de recettes sont souvent bien réelles, y compris pour les grandes chaînes. À cela, il faut ajouter des coûts supplémentaires liés aux exigences, toujours plus importantes, du public, en termes de diversité éditoriale via des applications web ou second écran.

Bref, l’équation économique est des plus compliquées. Nul besoin d’être devin pour comprendre que l’effort financier va porter encore davantage sur la baisse des coûts de production technique. Les frais liés aux déplacements des équipes et du matériel sur site constituent une part significative de ces coûts. Heureusement, les technologies IP arrivent à point nommé. La solution de remote production, qui permet une réalisation à distance, répond en effet à ces nouveaux enjeux.

 

Un test grandeur nature

Après de nombreuses démonstrations réalisées par différents prestataires et chaînes de télévisions, c’est au tour de Globecast et du groupe Mediapro (avec sa filiale Imagina France) de montrer leurs savoir-faire respectifs en termes de réalisation délocalisée.

« Nous avons souhaité nous associer pour l’occasion afin de présenter, dans les conditions du direct, le type de dispositif que nous pouvons déployer pour la captation d’un événement sportif, depuis un lieu distant », explique Marc Logez, responsable marketing global contribution chez Globecast.

La société d’Issy-les-Moulineaux dispose, il est vrai, d’une certaine expérience dans le domaine. Dès 2012, Globecast offrait à ses clients la possibilité de rapatrier des signaux HD pour une remote production en direct (Jeux olympiques d’été, d’hiver ou encore le Tour de France 2015).

De son côté, Mediapro réalise, depuis plus de trois saisons déjà, l’intégralité des matchs de la Liga Espagnole depuis une régie centralisée. « En Espagne, le groupe a une longue expérience de la réalisation délocalisée. Le gain économique est très important, mais ce n’est pas le seul avantage. En effet, un seul réalisateur peut enchaîner plusieurs matchs sur un même week-end, ce qui lui confère une expérience incroyable et donc un savoir-faire très intéressant », intervient Jérémie Roudaire, directeur général d’Imagina France.

En ce mercredi 30 novembre 2016, c’est un match de ligue 1 (Bastia vs Bordeaux), capté pour le compte de la chaîne Bein Sports, qui fait office de support pour la démonstration des savoir-faire de Globecast et d’Imagina France. Symboliquement, la Corse a probablement été retenue comme terrain de jeu, en raison de son éloignement et de son insularité. Bien entendu, en parallèle de la réalisation à distance, c’est une production traditionnelle qui assurait la retransmission télé.

 

Sur site, juste le nécessaire

Dans l’enceinte Armand-Cesari, à Furiani, où s’entraîne et joue le club de Bastia, cinq caméras, identiques à celles utilisées lors d’une production classique, sont installées. En plus des cadreurs, l’équipe corse se compose d’un chargé de production, d’un chef de car et d’un assistant son et vidéo. Ces derniers interviennent principalement dans un véhicule relativement compact, de type Renault Master, dans lequel sont regroupés les encodeurs, la pré-amplification audio, le kit de connexion tally et intercom, ainsi que le CCU, pour la gestion télécommandée des équipements.

Le car principal de production est, quant à lui, parqué à Boulogne, aux pieds de la chaîne qatarie. C’est un des cars de Mediapro, exploité par sa filiale française, qui assure la réalisation délocalisée. Il s’agit du car OB-38, un poids lourd porteur de 12 tonnes intégrant un groupe électrogène et une antenne SNG.

À son bord, une équipe classique de production pour un Live de foot, sensiblement allégée néanmoins, puisqu’il s’agit là d’une simple présentation en condition. Le réalisateur, Frédéric Accorsi, utilise un mélangeur vidéo Panasonic 2M/E. Il échange avec les cadreurs via des réseaux intercom IP Black Magic et RTS. Un opérateur LSM se consacre au ralenti, tandis qu’une station graphique, dédiée à l’affichage des scores et des diverses infographies sportives, est gérée directement dans le car régie par un personnel spécialisé.

« L’ingé-vision a complètement la main sur les réglages colorimétriques et les ouvertures de diaph de chaque caméra positionnée dans le stade. Si l’audio est pré-amplifiée en Corse, c’est bien ici, dans le car de production, que l’ingé-son mixe les niveaux à partir de sa console Yamaha CL3 pourvue d’une interface Dante », tient à préciser Emili Planas, directeur des opérations de Mediapro.

 

Une architecture de transport simple et performante

Le réseau fourni par Orange est constitué d’une liaison de type Business Ethernet à 1 Gbps qui relie le stade de Bastia et la régie de Boulogne. Les signaux des caméras sont encodés en JPeg 2000 à 140 Mbps. À des fins de comparaison, deux signaux sont aussi traités en H.264 à 50 Mbps. Pour l’encodage, une interface Réseau Nimbra Net Insight N680 est implémentée dans le stade de Furiani, tandis que l’interface Net Insight N688 assure le décodage JPeg 2000 et H.264 dans le car principal de remote production.

L’architecture de transport, basée sur le réseau business Ethernet, est de type MPLS avec une real time vidéo qui garantit un taux de disponibilité de 99,7 % en 1+0. Ce réseau (RTD, ou Round Trip Delay) a une latence d’environ 20 ms. Chaque trame est encodée (pas de trames B ou P). La latence totale (encodage + transport + décodage) est d’environ 100 ms en Jpeg 2000, et de 350 ms en H264.

Un développement plus (ou moins) rapide que prévu ?

Cela fait bientôt trois ans déjà que la remote production est largement expérimentée en France. Depuis la même période, en Espagne, c’est l’ensemble du championnat de football qui est retransmis dans ces conditions ! Est-ce une différence culturelle de méthode de travail, ou simplement une approche économique divergente qui explique ce décalage entre les deux pays ?

Difficile de répondre à cette question avec exactitude. Une chose est certaine, la remote production va finir par se développer et s’imposer dans l’Hexagone, et cela peut-être à un rythme plus rapide que ce que l’on imagine. Si, pour les démonstrations, des cars régies ou des régies « fly » ont majoritairement été exploités en France, il se pourrait qu’à terme, ce soient des régies fixes de productions, installées à demeure chez les prestataires, qui prennent le relais.

On peut aussi se projeter un peu plus loin en se disant que les diffuseurs et les ayants droit des grandes compétitions auront peut-être envie de disposer de leurs propres régies de remote production, si le calcul financier se montre rentable, bien entendu.

 

 

DEUX QUESTIONS À FRÉDÉRIC ACCORSI, RÉALISATEUR

Frédéric Accorsi est un réalisateur de foot reconnu. Son témoignage est intéressant, car le match Bastia vs Bordeaux représentait sa première expérience de réalisation en remote production.

Mediakwest : Quelles sont vos sensations pour cette première expérience ?
Frédéric Accorsi : Je communique avec les cadreurs exactement de la même manière que si j’étais sur le site. Je ne vois pas trop de différence finalement. Je me surprends même à imaginer que nous sommes à proximité immédiate du stade.

Mediakwest : En ne vous rendant plus sur les compétitions, ne craignez-vous pas de perdre un peu de ce qui donne de sa saveur à votre métier ?
Frédéric Accorsi : C’est vrai que nous apprécions de côtoyer et d’échanger avec les différents acteurs du sport, y compris les arbitres par exemple. Cela pourrait me manquer un peu, effectivement. Maintenant, nous verrons comment tout cela va évoluer à l’avenir.

 

 

*Article paru pour la première fois dans Mediakwest #20, p.64-65. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.

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