Le « crime » du cinéaste iranien Keywan Karimi : avoir réalisé un documentaire sur les graffitis !

Près d’une trentaine d’organisations ou structures européennes du secteur cinématographique ont cosigné un appel à la libération du réalisateur iranien Keywan Karimi incarcéré depuis fin novembre dans son pays... Mobilisons-nous !
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L’appel que nous reproduisons ci-après a été lu, en présence de nombreux professionnels de la culture, ce 13 décembre au Cinéma des cinéastes (Paris) par Michel Hazanavicius, coprésident de L’ARP, l’une des nombreuses entités françaises signataires. Au cours de cette soirée, a été diffusé Writing on the city, documentaire de Keywan Karimi à l’origine de la condamnation.

 

« Libérez Keywan Karimi

Condamné par les autorités iraniennes à un an de prison ferme et 223 coups de fouet, Keywan Karimi a finalement été incarcéré. Son crime est de réaliser des films.

Keywan a 31 ans et la vie devant lui. Sa vocation est le cinéma, il vit pour raconter et partager des histoires. Son amour de l’Iran, il l’exprime à travers ses films, véritables témoignages, courageux et lucides, de la réalité de son pays et de son peuple. Writing on the city, documentaire sur les graffitis et messages inscrits sur les murs de Téhéran depuis la révolution de 1979 jusqu’aux mouvements de 2009, est aujourd’hui le motif de sa condamnation, et le symbole de son courage.

Car du courage, Keywan n’en manque pas. Encore libre, il savait, en tournant, les risques qu’il prenait, et les très lourdes peines qu’il encourait. Comme lui en effet, de trop nombreux artistes, journalistes et citoyens iraniens ont déjà été emprisonnés, persécutés car leur voix discordante dérangeait : trop politiquement incorrecte, trop ouverte au reste du monde. Ce n’est pas acceptable.

Qu’ils soient assénés en une ou plusieurs fois, personne ne peut résister à 223 coups de fouet. L’exécution de cet acte de barbarie, comme cet emprisonnement, montrerait à chacun, qu’il soit chef d’État ou simple citoyen, que les valeurs de la République Islamique d’Iran n’ont rien en commun avec les valeurs de la démocratie.

Après avoir, il y a sept mois jour pour jour lors du 69e Festival de Cannes, demandé la grâce de Keywan, nous demandons aujourd’hui solennellement sa libération au Président iranien, Monsieur Hassan Rohani. Par le passé, la République Islamique d’Iran avait ratifié la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme et le Pacte des Nations Unies relatif aux droits civils et politiques de 1966. Pourquoi l’Iran a-t-il décidé de tourner le dos à sa culture et à son histoire ?

On ne peut tolérer que ce pays, qui semble vouloir se rapprocher des autres nations, méprise au même moment des droits fondamentaux, toute liberté d’expression et de création.

Nous demandons aussi à la France, à l’Union européenne et à tous les gouvernements amis de la démocratie, d’intercéder en faveur de Keywan auprès des autorités iraniennes. Représentants de la société civile, nous avons besoin de vous pour le sauver et pour défendre, à travers lui, tous les créateurs dont la vie est en danger. »