Blacknut bouleverse l’offre du jeu vidéo

Olivier Avaro n’en est pas à ses premières idées géniales. Cet ancien ingénieur a travaillé dans les Lab d’Orange, notamment sur le codage d’images, participant à la création des standards permettant le développement et la digitalisation des médias audio et vidéo. Il dirige la création du format Mpeg-4 à l’ISO, puis a créé une spin-off d’Orange, Streamezzo. Il la développe jusqu’à son rachat par Amdocs, un groupe israélien, en 2010. Il part en 2014 et crée alors un fonds d’investissement privé, Skyrods, avec lequel il investit dans une dizaine de start-ups tournant autour de secteurs qu’il affectionne : les médias, l’entertainment et l’Internet, à l’instar de Kuloz qui a été racheté par Le Bon Coin. Aujourd’hui CEO de Blacknut il détaille les quatre étages de ce concept qui veut remettre la famille devant l’écran du salon en redynamisant l’expérience TV.
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Publié le 31/05/2018

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Mediakwest : Comment définiriez-vous le nouveau service par abonnement Blacknut ?

Olivier Avaro : Blacknut est un catalogue qui regroupe 175 jeux. Il se présente sous forme d’un logiciel qui s’installe sur Windows et Mac et bientôt sous Linux. Celui-ci sera préinstallé dans les boxs des opérateurs et pourra fonctionner sur toutes les télés connectées. Ce sont des environnements restreints en termes de carte graphique et de puissance de calcul.

L’intérêt de Blacknut est, notamment que les jeux sont tous stockés sur le cloud et diffusés en streaming. Nous proposons quatre nouveautés par mois. Pour jouer, l’utilisateur n’a besoin ni d’une console, ni d’un PC puissant, ni de stockage, ni de connectiques. Blacknut est proposé pour un abonnement de 14,99 euros par mois sans engagement, avec un mois d’essai gratuit. Cette application est actuellement en bêta. Nous l’avons ouverte au public pour recueillir les feed-backs. Plus de 2 500 personnes se sont inscrites.

 

M. : Quelle est la cible de Blacknut ?


O. A. : Notre cible est le grand public. La scène médiatique est dominée par des jeux destinés aux hardcore gamers, soit entre 5 et 10 % de la population. On parle d’e-sport, de jeux markettés de manière très agressive, les grosses licences, car ces blockbusters ont besoin d’être rentabilisés. De plus, les médias ont aussi une vision très négative des jeux vidéo : ils les présentent comme violents, addictifs… Blacknut est tout sauf cela ! Nous reprenons le jeu vidéo pour ce qu’il est, à savoir du jeu, donc un loisir pour s’amuser, se divertir, rêver, découvrir et même apprendre. Nous voulons vraiment mettre en lumière ses aspects positifs.

 

M. : Quels sont, selon vous, les côtés positifs des jeux vidéo ?


O. A. : L’aspect vidéo n’est qu’un côté technique. Le jeu est quelque chose d’ancré dans le cerveau humain, et même dans celui des animaux. Le jeu est fait pour s’amuser dans un univers virtuel. Blacknut ressemble à Netflix pour tout ce qui est modèle économique et dématérialisation. Mais ce qui nous caractérise le mieux se définit en termes de cible : nous sommes proches d’une Wii dématérialisée ; nous voulons toucher la famille avec des jeux éditorialisés et choisis avec soin. Plus de 100 jeux par jour sont mis en ligne sur Steam. Nous ne sommes pas là pour déverser un océan de jeux.

 

M. : Quels sont les critères de sélection des jeux que vous proposez sur Blacknut, par rapport, si l’on compare, à une plate-forme comme Steam ?

O. A. :  Sur les milliers de jeux qui sortent, nous en avons sélectionné 175. C’est un vrai choix. Nous ne sommes pas sectaires : nous ne bouderons pas un jeu qui a du succès ou une puissante force marketing. Nous ne sommes pas Arte, nous serions plutôt Canal+ de la grande époque ! Il y a de tout. On va trouver des jeux récents qui viennent de sortir, des jeux connus qui ont gagné leurs lettres de noblesse ou parce que le public les adore. Nous proposons aussi des jeux qui ont eu des prix et sont reconnus par les spécialistes, et qui ont remporté des awards, comme The Bridge. Nous avons deux spécialistes qui les choisissent et permettent de bâtir un catalogue dont nous sommes fiers. Chaque choix a été fait dans le sens de la qualité. Les jeux sont sélectionnés par Nabil Laredj, notre directeur licensing, et Oscar Barda, le directeur éditorial, le « Bernard Pivot du jeu vidéo ».

Nous proposons aussi des jeux sociaux, participatifs, constructifs. Nous voulons resocialiser le foyer en rendant les téléspectateurs actifs. Les habitudes de consommation de la télévision ont changé, nous ramenons de l’interactivité dans l’écran du salon. Nous voulons aussi proposer des propositions avec une vraie dimension artistique, voire politique, qui parle de la société et de la diversité. Tout cet aspect de curation et de simplication de l’accès au jeu vidéo est le premier étage de la fusée Blacknut. Le second est la data.

 

M. : En quoi consiste-t-il ?


O. A. : Nous allons ensuite construire une plate-forme big data qui va servir à fournir la meilleure expérience via un algorithme de recommandation, à optimiser l’utilisation, de bande passante etc., et enfin de transmettre aux éditeurs des informations sur ce qui se passe sur Blacknut. C’est très important. Ils pourront ainsi cogiter et développer les prochains jeux pour nos abonnés. Le troisième étage consiste à permettre de jouer en multijoueurs, de partager sa partie sur Facebook, voire de développer des parties d’e-sport casual. C’est un e-sport différent de celui des hardcore gamers que nous aimerions développer. Nous pouvons avoir un rôle à jouer dans cet e-sport amateur. Les premiers éléments de partage et de construction de communauté vont arriver dans les trois à six mois.

 

M. : Avez-vous envie, à l’instar de Netflix, de proposer des jeux « originals » Blacknut ?


O. A. : Tout à fait, c’est l’ultime étage de la fusée ! Nous aimerions coproduire avec des éditeurs, mais pas nous substituer aux éditeurs comme Netflix l’a fait. Nous travaillons déjà dessus. En France, nous sommes sur un territoire de jeux vidéo. Des institutions aimeraient bien que les jeux qu’ils financent soient plus diffusés. Un partenariat avec des instances comme le CNC aurait du sens.

 

M. : Enfin, comment les éditeurs sont-ils rémunérés ?


O. A. : Au plaisir, c’est-à-dire sur le temps de jeu. Nous avons des accords avec les éditeurs et en fonction du temps passé, ils touchent une portion de l’abonnement.

 

* Article paru pour la première fois dans Mediakwest #25, p. 90. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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