Creative Sound, création d’un auditorium compact autour de Avid S6

Initialement dédié au montage 5.1, le Studio 1 situé sur le site « Cambronne » de Creative Sound s’est dans un premier temps ouvert au montage et au mastering Dolby Atmos et DTS:X, puis tout récemment au mixage TV pour lequel une configuration architecturée autour de Pro Tools 12 et Avid S6 a été installée. L’occasion de faire le point sur cet ensemble en compagnie d’Alexis Marzin, ingénieur du son en charge de la technique et de l’ingénierie.
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Avec les sites Grand Pavois et Cambronne, tous deux situés dans le quinzième arrondissement de Paris, Creative Sound, proposera, une fois l’ensemble des travaux terminés, une quinzaine d’auditoriums et de régies dédiées au montage ou au mixage TV et cinéma. Localisé dans les 1 000 m2 du site Cambronne, le Studio 1 offre une surface de 31 m2 et un volume de 90 m3, des dimensions jugées un peu surdimensionnées pour effectuer uniquement des prestations de montage 5.1 pour lesquelles la concurrence est vive, d’où l’idée de valoriser cet espace différemment.

 

Montage, mastering et mixage in the box

Le Studio 1 a d’abord été mis à jour pour permettre le montage et le mastering Blu-Ray aux formats immersifs Dolby Atmos et DTS:X Home cinéma grâce à l’ajout de quatre enceintes au plafond. Le monitoring signé Focal est désormais extensible au format 9.1.4 pour le montage et 7.1.4 pour le mastering.

« Le fait que ce studio bénéficie de la lumière du jour et d’un traitement acoustique performant, nous a incités à monter en gamme en l’équipant pour le mixage de productions TV type téléfilm, publicité, série, ainsi que pour la préparation et le premix de long métrage au format Dolby Atmos », explique Alexis Marzin.

Le Pro Tools HD native, piloté par un ensemble Artist Control et Artist Mix, a ainsi laissé la place à une configuration comprenant une surface Avid S6 motorisée par un Pro Tools HDX2 et un Pro Tools HDX1 pouvant faire office de recorder. « Aujourd’hui, ce type de prestation n’a plus besoin de la puissance de feu d’une console et la S6 est une bonne solution pour le mixage in the box ».

Mais il restait à trouver un système capable de gérer simplement les assignations et les multiples configurations de monitoring adaptées aux différentes utilisations de ce studio. Assez rapidement, notre interlocuteur étudie de près le DX32 du Danois NTP Technology Digital Audio Denmark, un outil à la fois compatible EuCon, Madi et DigiLink, sorte d’hybride pouvant jouer le rôle de matrice et d’interface audio et qui semble une solution adaptée à ce cahier des charges. Cette utilisation du produit lui sera effectivement confirmée par Videlio-Cap’Ciné, le revendeur Avid Elite Solutions Partner choisi pour l’installation et l’intégration de l’ensemble.

« La configuration comprend le DAD DX32 sur lequel les Pro Tools sont connectés directement en DigiLink ainsi qu’un RME Madi bridge, ce qui nous permet de passer rapidement d’une configuration à une autre sans rien décâbler. Nous pouvons, par exemple, passer de 128 canaux à 64 sur le player, intégrer ou non le Dolby RMU (Rendering and Mastering Unit nécessaire à l’Atmos) sur le monitoring ou encore gérer le Pro Tools recorder », souligne Alexis Marzin. Le Studio peut ainsi passer d’un montage au format Dolby Atmos à un mixage TV 5.1 très rapidement.

Autre particularité de cette installation effectuée dans des délais très serrés, la mise en rack du nouveau Mac Pro « Tube » dans un châssis Sonnet RackMac Pro suggérée par Videlio-Cap’Ciné qui facilite grandement l’installation en nodal. En effet, le rack 19” au format 4U produit l’alimentation suffisante pour intégrer les cartes PCIe Avid Pro Tools|HDX, ainsi que les disques durs montés sur tiroir. On retrouve donc en façade les disques ainsi qu’un port USB tandis que le reste des ports du MacPro est accessible en face arrière.

 

Editorium ?

À mi-chemin entre Edit Room et Auditorium, le Studio 1 correspond parfaitement à ce que certains prestataires cinéma baptisent désormais « Editorium ». Ainsi, parmi les productions passées par le Studio 1 on compte le mastering Blu-Ray au format Atmos de blockbusters tels que Lucie, Taken 3 et Hungers Games, le mixage de la série TV Une famille formidable effectué par Florent Lavallée et diffusé sur TF1 ou encore le montage Atmos de la promo Reel du film Les saisons de Jacques Perrin.

D’autre part, bien que l’image et le volume soient de dimension plus réduite et l’écoute calibrée ici à 79 dB contre 85 dB en auditorium cinéma, la possibilité d’appliquer la courbe cinéma permet malgré tout d’effectuer des travaux de préparation, voire des mises à plat de films longs métrages, comme ce fut le cas pour Valley of Love de Guillaume Nicloux, film pour lequel Olivier Dô Hùu a effectué un rough mix afin de le présenter lors du 68e Festival de Cannes…

 

Une logique console

« Par rapport à une Icon, on est plus proche de la logique console », résume Alexis Marzin qui note au passage la montée en qualité des faders et poursuit l’inventaire détaillé des possibilités et de l’ergonomie proposée par la S6.

« Par exemple, lorsque l’on appuie sur le bouton EQ, les commandes se répartissent directement sur les encodeurs de manière très lisible avec les graphiques, sans avoir à naviguer sur plusieurs pages, et cette implémentation devient disponible sur un nombre de plug-in de plus en plus étendu, ce qui est une bonne chose. Alternativement, l’écran tactile joue le rôle d’AFU [Assignable Central Unit : commande centralisée multifonction, NDLR] et permet de visualiser l’ensemble des traitements de manière centralisée. On y retrouve également des fonctions de Control Room agrémentées des possibilités du DADX32 que l’on pilote via EuCon 3, ce qui permet par exemple d’écouter directement la sortie du player ou du recorder, de passer du LTRT au 5.1, de muter certains canaux d’enclencher l’atténuation comme sur une console. »

Autre utilisation du Master Touch Module, la gestion des panoramiques, mais aussi celle des soft keys programmables directement depuis la console via l’écran tactile. « On peut y trouver les principales commandes d’automation, mais également des macros avec une icône que l’on choisit. Par exemple j’ai programmé le shift-pomme-c/shift pomme-v qui permet de copier/coller les réglages de plug-in, un raccourci très utile pour dupliquer les EQ d’une voie sur une autre. Les mixeurs apprécient également la gestion des layers intégrés auxquels on peut de surcroît associer des configurations d’affichage de piste (grâce au rappel des memory location de Pro Tools NDLR) », explique l’ingénieur du son.

Parmi les avancées intéressantes de la S6 par rapport à sa devancière, Alexis Marzin cite également la visu des formes d’onde façon chenillard sur les écran TFT de la console, ou encore l’édition du clip gain ou le recalage d’un son accessible, là aussi sans passer par la souris et l’écran de Pro Tools.

 

Ne plus regarder l’écran et lâcher la souris

« D’une manière générale, la S6 s’adapte plutôt bien aux différentes façons de travailler que peuvent avoir les mixeurs free-lance qui viennent ici, résume Alexis Marzin. Comme sur une console traditionnelle, tout tombe sous la main, et avec un peu d’habitude, on ne regarde plus les touches et on peut parfaitement oublier la souris et le clavier… Après, il faut bien sûr apprendre à ne plus regarder les écrans, ce qui n’est pas toujours facile quand ceux-ci se trouvent à proximité. On pourra par exemple, pour ouvrir le retour d’une reverb sur une durée limitée, être tenté d’écrire l’automation de volume correspondante d’un coup de souris plutôt que de le faire traditionnellement au fader… Je constate que certains mixers ont parfois du mal à oublier l’aspect informatique des choses, mais c’est aussi lié aux types de projets courts qui sont faits ici… ».

 

Le point sur quelques fonctionnalités récentes de Pro Tools

Essentiellement dédiées au concept Avid EveryWhere, les premières versions 12 de Pro Tools n’apportaient pas grand-chose en terme de nouvelles fonctionnalités pour les utilisateurs non concernés par le cloud. Changement de cap avec les versions 12.3 puis 12.4 qui apportent successivement le batch fades, la transparence de la forme d’onde lors du placement de clip, et surtout les fonctions Track Bounce, Commit et Freeze qui, si elles peuvent paraître semblables à première vue, peuvent faire gagner un temps précieux, en musique comme en postproduction.

Explications : pour effectuer des sorties d’éléments en dehors de Pro Tools, les utilisateurs ont toujours connu le Bounce, complété plus récemment par son option Off-Line permettant d’aller plus vite que le temps réel. L’addition du Track Bounce effectuant la même chose au niveau d’une piste ou d’un groupe de pistes sans avoir à en repréciser le routing facilite grandement la production de stem à partir de voies Aux par exemple.

Cousin du Track Bounce, le Commit a été conçu dans l’idée d’appliquer les traitements en plug-in présents sur une ou plusieurs pistes entières, mais aussi au niveau d’un clip afin de continuer le travail au sein de la même session en ayant libéré la puissance processeur correspondante. Le menu laisse ensuite le choix de prendre ou pas l’automation, de garder ou de cacher les pistes initiales. Associé aux fonctions d’export, le Commit pourra également simplifier la création de Session ne contenant que les pistes déjà traitées à des fins de transfert ou d’archivage, ce qui assure que telle session pourra être ouverte dans dix ans ou passer d’un studio à un autre sans se soucier des éternelles questions liées aux plug-in.

Neveu du Commit, le Track Freeze s’effectue au niveau d’une piste entière. En fixant le signal traité par les plug-in sur la piste, il libère les ressources liées à ces traitements sans créer de nouvelle piste, mais en gèle l’édition. Notons que l’on peut dégeler et regeler facilement une piste et choisir éventuellement de ne geler qu’une partie des plug-in insérés sur une piste via la fonction « freeze up to this insert ». Voilà qui devrait être bien utile pour fixer les traitements de denoising toujours gourmands en CPU. Enfin, les pistes Instrument et Aux sont également « freezables », ce qui permettra de faire de grosses économies en ressources, notamment lors de l’utilisation de réverbération à convolution, largement utilisée en postproduction et qui a tendance à « mettre les machines à genoux ».

 

Pro Tools : licence perpétuelle ou abonnement ?

Ayant basculé brutalement vers une politique d’abonnement qui ne convenait pas à tous les profils d’utilisateurs, Avid a récemment fait machine arrière pour laisser le choix à ses clients d’acheter ou de louer le logiciel. Petit récapitulatif si vous avez manqué un épisode.

Le logiciel Pro Tools, livré avec ses soixante-quinze plug-in, peut aujourd’hui s’acheter en licence perpétuelle pour un prix de 559 € HT incluant MAJ et accès aux « bonus plug-in » (effets stomp boxes Eleven et la reverb à convolution Space) pendant un an. L’utilisateur a ensuite le choix de s’abonner pour 99 € par an ou d’effectuer une MAJ, quand il le souhaite, qui lui coutera 279 €.

De son côté, Pro Tools HD n’est aujourd’hui disponible que dans le cadre d’un bundle HD. Outre les « bonus plug-in », les traitements comprennent le bundle Serie Pro (Compressor, Limiter, Expander, Multibandand Dynamics et Subharmonic), ainsi que les réverbérations (Reverb One, ReVibe II et Space). L’ensemble est disponible pendant un an, après quoi l’utilisateur opte soit pour l’abonnement à 360 € par an, soit pour la licence perpétuelle à 900 € HT. 

 

L’équipement Studio 1

  • S6 M40 24 faders, quatre encodeurs par voix, dans un châssis 32 (pour permettre un agrandissement éventuel)
  • Avid Pro Tools HDX2 et HDX1 V 12.3
  • Avid Sync HD
  • Avid HD Madi
  • NTP Technology DAD DX32 (Import Areitec)
  • Interface RME Madi Bridge (Import SCV Hi-Tech)
  • Interface RME AD M32 DA (Import SCV Hi-Tech)
  • Horloge Antellope OSXV
  • Monitoring (9.1.4 en montage 7.1.4 en mastering) : Focal Solo 6 LCR +2 AR+ 4 CMS 40 au plafond 4 CMS 50 en Side.