Et pourquoi pas un mélangeur vidéo dans le cloud ?

Pour clore notre série d’articles/dossiers sur les mélangeurs vidéo IP, nous abordons une dernière catégorie de produits (plutôt de services), les mélangeurs vidéo dans le cloud fonctionnant en mode SaaS (Software as a Service).
Et pourquoi pas un mélangeur vidéo dans le cloud ? © DR

Publié le 14/04/2021

Et pourquoi pas un mélangeur vidéo dans le cloud ? © DR

Associant la transmission vidéo en streaming, des moteurs de rendu dans le cloud et une diffusion via les réseaux sociaux et les plates-formes « live », ils offrent les moyens de réaliser des émissions en direct sans aucun équipement de régie.

 

Dans le Mediakwest #39, nous avons présenté le fonctionnement des logiciels de mixage vidéo comme OBS, vMix ou encore Wirecast. Installés sur un ordinateur Windows ou Macintosh, grâce à leurs multiples interfaces physiques, ils acceptent comme sources d’images des caméras traditionnelles câblées en SDI ou HDMI, des smartphones, des caméras raccordées par réseau ou encore des webcams. Pour la diffusion en streaming, ils incorporent aussi les outils d’encodage et facilitent l’accès aux multiples services de diffusion en live.

Un service de mixage vidéo dans le cloud reprend peu ou prou les mêmes caractéristiques mais cette fois avec le logiciel de mixage vidéo installé dans le cloud. Pour réaliser l’émission, le seul outil indispensable est un simple ordinateur muni d’un navigateur Web qui affiche l’interface du mélangeur, les panneaux de configuration des sources et un monitoring multiview pour les visualiser ainsi que le preview et le final.

 

Quatre services de mixage vidéo dans le cloud

Quatre services de mixage vidéo dans le cloud sont commercialisés en France. Trois d’entre eux ont été imaginés et conçus par des start-up innovantes et imaginatives, à savoir Easylive, Dazzl et Vodalys, et plus surprenant Sony qui a lancé son service Virtual Production à l’été 2018.

Même si l’on peut être admiratif de l’exploit réalisé par les créateurs de ces services, il faut être conscient que le développement actuel des réseaux – malgré la puissance de calcul prodigieuse offerte par le cloud – et les capacités offertes par les outils de mixage vidéo restent modestes et ne sauraient concurrencer un puissant mélangeur vidéo avec hardware dédié, avec ses entrées vidéo multiples, une ou plusieurs barres d’effets et un habillage graphique sophistiqué.

La principale limitation réside dans le nombre de sources acceptées en entrée et qui sont comprises entre six et huit selon les offres. La gamme des effets spéciaux reste cantonnée dans une liste assez basique avec fondu, le PIP et l’incrustation de titres. Easylive est le service le plus complet en termes d’effets car chaque source peut être modifiée en niveaux et en couleurs, redimensionnée et positionnée dans l’écran de sortie.

Les images vidéo transmises par les caméras doivent parvenir au moteur de rendu installé dans le cloud. Cela impose de disposer sur le lieu de captation d’une connexion à Internet suffisamment performante et un débit en upload correspondant à la résolution et taux de rafraîchissement choisi (en général de 2 à 10 Mb/s par source). Utiliser un service de mixage vidéo dans le cloud pour diffuser un plateau multicam sur lequel toutes les caméras sont situées à proximité ne paraît pas être la solution la plus pertinente. Sur le marché, il existe une multitude de mélangeurs économiques dont l’usage est déjà maîtrisé par de nombreuses équipes de production.

 

Placer les caméras au-delà des limites du plateau

Mais pour certaines situations, l’obligation de passer obligatoirement par une connexion Internet pour se raccorder au mélangeur se révèle un atout décisif pour couvrir des événements se déroulant sur des aires géographiques étendues. Ainsi, les nombreux sports pratiqués en extérieur (la course à pied, le ski de fond, la voile…) ou des activités organisées à l’échelle d’une ville, d’une région ou même d’un pays… Un raccordement à Internet qu’il soit filaire, wi-fi ou en 4G suffit pour acheminer les images quelle que soit l’emplacement de la caméra dans le monde.

Autre configuration dans laquelle les mélangeurs dans le cloud offrent une réponse adaptée : les plateaux avec des invités qui dialoguent à distance. Ce type de duplex, largement popularisé par les réunions organisées en télétravail via Zoom ou Teams, mais aussi dans de nombreux talk-shows TV lors du confinement, est beaucoup plus facile à mettre en place via ces services de mixage dans le cloud. D’autant qu’il est possible de les enrichir avec une mise en page et un habillage plus original que la simple vue plein cadre ou en mode galerie. Ces fonctionnalités autorisées par le streaming et le protocole WebRTC, maintenant largement disponible, évitent de recourir à des liaisons dédiées de type SNG ou autres beaucoup plus coûteuses.

 

Une régie vidéo sans aucun investissement

L’un des atouts du mixage vidéo dans le cloud réside dans l’absence de mise en place d’une régie avec tous les équipements nécessaires à son fonctionnement. Pour les séquences enregistrées à diffuser en cours de plateau, il suffit de les télécharger à l’avance depuis leur lieu de production sans avoir besoin de les transférer physiquement vers la régie, le service de mixage vidéo prenant en charge leur éventuelle conversion dans le format de réalisation.

Comme dans les dispositifs de remote production, la séparation complète entre le ou les lieux de captation et la régie de production supprime les déplacements de l’équipe de réalisation sur les lieux de tournage. Lors d’un match à l’extérieur, de nombreuses équipes professionnelles de football utilisent ce type de service pour retransmettre les conférences de presse de leur entraîneur et les ambiances d’avant match et d’après match.

En éliminant l’installation des équipements dans une régie vidéo, les services de mixage vidéo dans le cloud suppriment les investissements initiaux et la charge financière correspondante. Les coûts des services sont facturés sur une base horaire correspondant aux heures réellement diffusées et deviennent des coûts d’exploitation liés à la production.

Un autre avantage du mode SaaS concerne l’évolution régulière des fonctionnalités sans devoir passer par des mises à jour logicielles fastidieuses. Dès la mise en route du service, l’utilisateur est assuré d’utiliser la version la plus récente du service, régulièrement enrichie de nouvelles fonctionnalités.

Enfin la dernière fonction que proposent tous ces services concerne la diffusion en streaming avec des outils d’encodage intégrés et des liens préconfigurés vers les principaux services de diffusion en direct. Plus besoin de se prendre la tête avec les multiples paramètres d’un encodeur de streaming, ni de dimensionner un débit en upload depuis la régie de production, les liens vers les services de diffusion étant établis directement depuis la plate-forme de cloud.

 

Une multitude de sources d’images en direct

Tous les services de mixage dans le cloud acceptent en entrée des sources live transmises avec le protocole RTMP, largement répandu et disponible sur une multitude de matériels. Parmi ceux-ci, il y a toutes les caméras connectées de production, disponibles chez Sony (la gamme XDCam Air), JVC ou Panasonic. Pour les caméras traditionnelles munies de sorties HDMI ou SDI, un encodeur portatif du type Teradek Vidiu ou équivalent fournira le signal RTMP. De nombreuses caméras sur tourelle PTZ sont également munies de sorties réseau avec encodage en streaming RTMP. Il est également possible d’utiliser des drones.

Avec sa caméra interne et ses fonctions de communication 4G ou wi-fi, un smartphone constitue aussi une source d’images pour ces services de mixage vidéo. Trois des quatre services proposent l’utilisation de l’application Larix Broadcaster, mais toute autre application disposant d’un encodage RTMP peut convenir. Dazzl de son côté a conçu une application dédiée, disponible pour iOS et Android. Elle se connecte directement sur le mélangeur avec les identifiants du compte. Malgré sa simplicité, elle offre une fonction « tally » et une liaison intercom avec le réalisateur.

Pour les chaînes TV ou les équipes de production qui ont investi dans des Dos 4G (LiveU, Aviwest…), ceux-ci peuvent constituer aussi des sources d’images pour des services de mixage vidéo dans le cloud, d’autant que leur mode de transmission multi Sim/multi-opérateurs offrent des liaisons performantes et très fiables. Le serveur de réception installé dans la chaîne ou exploité dans le cloud, effectue une redirection du flux vers le service de mixage vidéo choisi.

Easylive a intégré ces redirections dans son service et facilite ainsi l’exploitation des unités LiveU et Aviwest. Il est à noter que ce service offre la plus large palette de sources et de codages en entrée en y ajoutant des pages préconfigurées destinées à faciliter la réception des flux.

Sur demande Vodalys et Dazzl offre le même type de connexion. Sony, de son côté, offre un lien direct vers son serveur de réception de ces caméras connectées XDCam Air. Une majorité de services offrent aussi une compatibilité avec les flux encodés en SRT, nouveau protocole plus performant et plus fiable que le RTMP.

Pour pallier les aléas de transmission par Internet et les éventuelles ruptures d’images, Dazzl et Easylive ont mis au point un système d’insertion automatique d’images de secours avec un panneau d’excuses configurable. Easylive peut même basculer automatiquement sur un autre flux live de secours.

 

Webcam et partage d’écrans

Pour les interventions en direct d’un invité à distance, les plates-formes de mixage vidéo offrent également des outils de duplex, type visioconférence, équivalent à la fonction vMix Call. Ils s’appuient sur le protocole WebRTC maintenant largement répandu. Le réalisateur sélectionne cette fonction dans le panneau de configuration des sources, puis indique l’e-mail de l’intervenant. Ce dernier reçoit un lien de connexion vers le mélangeur et sera filmé par la webcam de son ordinateur ou de son smartphone.

Cette procédure est également exploitée pour le partage d’écran afin de récupérer la fenêtre d’un logiciel afin d’en diffuser le contenu. Ces fonctions sont largement employées pour la diffusion en direct de conférences ou la retransmission d’assemblées générales.

 

Les contenus multimédias préenregistrés

Au-delà des prises de vues en live, tous les services proposent de les compléter avec des images fixes et des séquences vidéo enregistrées. Les fonctionnalités et les procédures varient selon les services. Pour les contenus multimédias, un téléchargement au préalable des éléments à diffuser sur le site du service devra être effectué. Il faut noter que ces sources sont prises en compte dans le nombre de sources maximales, sauf pour Sony qui offre deux players vidéo indépendants en plus des sources live, avec une gestion de playlist assez complète.

Pour la lecture des séquences vidéo, il est possible de caler des points « In » et « Out » pour limiter la durée de diffusion avec en option, une lecture en boucle et un démarrage en mode autoplay.

Une fois les sources sélectionnées et configurées, l’enchaînement des images et la sélection des effets s’effectuent à travers une interface assez similaire à celles des mélangeurs vidéo : affichage en mode preview/programme, sélection de l’effet de transition (cut, fondu ou volets éventuels). La partie habillage permet d’incruster un logo, un titre ou sous-titre. Trois services de mixage dans le cloud (Sony, Easylive et Dazzl) offrent un accès aux outils d’habillage de la plate-forme Singular Live.

 

Streaming en multidiffusion

Tous les services fournissent une interface de connexion simplifiée pour accéder aux plates-formes de streaming. Ils proposent tous au minimum un accès à Facebook Live et à YouTube Live. Selon les services, elles sont complétées par d’autres comme Twitter, Twitch, Dailymotion. Mais cela ne constitue pas une contrainte car tous offrent une page de configuration générique pour accéder à des CDN ou d’autres services plus spécifiques.

Comme pour les sources, Easylive offre la palette la plus étendue de services préconfigurés car la société a développé, par ailleurs, un outil de multidiffusion fort complet. Chez Sony, le nombre de services de diffusion simultanée est limité à trois, tandis que Dazzl, Easylive et Vodalys offrent des capacités de diffusion plus extensives jusqu’à une trentaine de services.

Parallèlement à la diffusion live, tous les services ont la possibilité d’enregistrer le programme final dans le cloud pour un usage ultérieur : VOD, version résumée du live, etc. Selon les cas, il est possible d’effectuer un enregistrement des sources en mode divergé en plus du final. Easylive y ajoute un outil de clipping au cours d’un direct pour préparer un extrait pouvant être repris immédiatement dans le live ou bien diffusé vers un réseau social.

Dazzl de son côté annonce de nouvelles fonctionnalités prochainement dont l’ajout d’un outil de clipping en complément des fonctions classiques d’enregistrement de son service.

 

Combien ça coûte ?

Tous ces services de mixage vidéo dans le cloud sont facturés à l’usage selon des modalités assez variées. Pour Sony Virtual Production, l’utilisateur achète un crédit d’heures qu’il utilise à son rythme, au fur et à mesure de ses diffusions en ligne. Plusieurs paliers sont proposés en fonction du nombre d’heures de direct, une heure (49 euros HT), puis cinq, vingt et cinquante heures (1 700 euros HT). Plusieurs émissions peuvent être réalisées et diffusées simultanément avec un cumul du temps consommé.

Dazzl ne propose pas de tarif public pour son service. Les responsables commerciaux préfèrent chiffrer une proposition en fonction de la demande spécifique du client et du niveau de support technique. Leurs services sont facturés sous forme d’un abonnement mensuel avec un volume horaire de diffusion, calculé à partir d’une base de 200 euros/mois pour cinq heures de direct. Dazzl offre également une prestation complète clés en main incluant la prise de vues, les cadreurs et le réalisateur.

Vodalys facture ses services selon un système de crédits à acheter à l’avance sous forme de packs de 180 unités à 1,20 euro HT pièce, soit 216 euros HT. Elle structure son offre avec plusieurs profils de diffusion : standard, premium, conférence ou sport avec des fonctionnalités et des capacités adaptées à chaque situation. Ces profils sont facturés de 30 à 60 crédits/heure. Certains services sont facturés en option. Vodalys commercialise aussi ses services via un réseau de revendeurs et d’intégrateurs qui offrent alors une prestation complète. La société intervient également comme prestataire pour assurer la retransmission d’événements comme le récent OVH Cloud Summit qui s’est déroulé cette année entièrement à distance.

Easylive facture l’accès à son service avec un coût de licence de 99 euros HT/mois, auquel s’ajoute un montant de 29 euros HT par heure diffusée. Deux niveaux de support technique sont proposés selon le type d’assistance offerte, à 300 et 600 euros HT/mois. L’abonnement à la licence peut être souscrit sur une base mensuelle ou bien avec une facturation annuelle avec gratuité de deux mois. Pour des clients exploitant un mélangeur classique, Easylive propose deux autres services : Multistreams pour effectuer une multidiffusion vers plusieurs plates-formes à partir d’un seul flux de streaming et Playlist, un service de playout pour mettre en place une diffusion en continu de contenus enregistrés avec programmation et gestion de liste de diffusion. Easylive a signé un partenariat avec TRM qui commercialise aussi ces services selon des modalités différentes dans des bundles associant le service Easylive, des équipements complémentaires de prise de vues et de transmission et une assistance technique.

Pour se faire une idée plus précise des possibilités offertes par ces nouveaux services, les quatre fournisseurs proposent une période d’essai gratuite pour une durée limitée avec toutes les fonctions opérationnelles et un marquage sur la sortie programme.

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #40, p. 64-67. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.

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