L’IA ouvre désormais la voie à des reconstitutions visuelles jusqu’à présent impossibles à produire dans le documentaire historique…
Dans cette perspective, pour la société du groupe Satisfaction, l’IA n’est ni un gadget technologique ni un outil destiné à remplacer les créateurs : elle permet avant tout de raconter des histoires impossibles à produire jusque-là.
| L’APPROCHE de AH! PRODUCTION EN BREF | |
|---|---|
| Usage principal de l’IA | Reconstitution visuelle |
| Objectif | Produire des récits impossibles à illustrer |
| Méthodologie | Workflow hybride IA + 3D + postproduction classique |
| Positionnement | L’IA reste un outil au service des auteurs |
| Enjeu économique | Produire des contenus inaccessibles autrement |
| Impact métier | Émergence de nouveaux profils créatifs |
Reconstituer l’Histoire autrement
L’aventure démarre il y a un an et demi autour d’une série documentaire consacrée au Masque de fer, produite pour Planète+ et Canal+. Face à un défi de taille – illustrer une intrigue historique dense sans disposer des budgets d’une grande fiction historique – l’équipe décide d’expérimenter les outils d’IA générative naissants.
Résultat : Le Masque de fer, l’énigme du Roi Soleil, une série de quatre épisodes de 30 minutes intégrant environ 110 minutes de reconstitutions générées par IA. Un projet pionnier à l’époque, alors que Midjourney faisait encore figure d’outil expérimental.
Pour Ah! Production, cette première expérience révèle rapidement le véritable potentiel de l’IA : donner une représentation visuelle à des récits jusque-là impossibles à mettre en images.
L’IA ne remplace pas les documentaristes
Enora Contant insiste sur un point essentiel : l’intelligence artificielle n’écrit pas les documentaires de la société. L’IA intervient principalement sur la génération visuelle.
Le travail éditorial, historique et narratif reste porté par les réalisateurs, documentalistes, historiens et équipes de production. L’objectif n’est pas d’automatiser la création mais d’ajouter une nouvelle couche d’outils capables d’enrichir la représentation du réel.
Cette distinction est centrale dans la philosophie d’Ah! Production : les films ne sont pas “faits par l’IA”, ils sont produits avec des outils d’intelligence artificielle.
Des récits impossibles deviennent enfin accessibles
L’IA ouvre désormais la voie à des sujets auparavant inexploitables pour des raisons budgétaires ou techniques. Enora Contant cite notamment un documentaire consacré aux animaux de la Rome antique, retraçant les gigantesques massacres d’animaux organisés pour les jeux du cirque.
Rhinocéros, ours, fauves, scènes de foule, architecture antique… Sans IA, la production d’un tel univers aurait nécessité des moyens de fiction monumentaux.
Grâce aux nouveaux workflows hybrides mêlant IA, 3D et postproduction traditionnelle, ces récits deviennent enfin envisageables.
IA et patrimoine : retrouver le passé avec précision
Après les premiers essais, Ah! Production comprend rapidement qu’une approche purement générative atteint ses limites. Pour garantir la véracité historique des reconstitutions, les équipes réintroduisent des outils de 3D classiques dans leurs pipelines de fabrication.
Cette méthodologie hybride est notamment utilisée sur une série autour des cités médiévales ou encore sur un documentaire consacré à Dinan et Bertrand Du Guesclin diffusé sur Novo19.
L’objectif : recréer les villes et monuments avec une fidélité suffisante pour provoquer un véritable sentiment d’immersion historique.
Le retour du public local marque d’ailleurs particulièrement les équipes : certains spectateurs ont eu l’impression de “marcher” dans la ville médiévale comme dans leur quotidien contemporain.
Une révolution qui a un coût…
Contrairement à certaines idées reçues, l’IA ne réduit pas forcément les budgets de production. Enora Contant explique même que certaines productions génératives coûtent davantage qu’une fabrication 3D traditionnelle.
Aux abonnements et crédits des plateformes s’ajoutent de nouveaux besoins :
- sound design renforcé,
- bruitage spécifique,
- temps humain accru,
- supervision artistique,
- nouveaux métiers hybrides.
La série Le Masque de fer aurait ainsi coûté plus cher qu’une précédente trilogie historique reposant sur 60 minutes de 3D classique.
L’enjeu économique n’est donc pas de “faire moins cher”, mais de produire des contenus auparavant impossibles à financer.
IA et documentaire : de nouveaux métiers émergent
La généralisation de l’IA transforme également le périmètre des compétences recherchées dans les équipes de production.
Ainsi, Ah! Production fonctionne aujourd’hui comme un véritable laboratoire créatif où se croisent spécialistes IA, artistes 3D, monteurs, théoriciens du cinéma et documentalistes.
Selon Enora Contant, les professionnels capables de penser la narration, les échelles de plans ou le rythme cinématographique sont essentiels pour l’efficacité des workflows IA. Car avec l’intelligence artificielle, “on ne code pas, on écrit”, souligne la productrice.
Cette évolution favorise ainsi l’arrivée dans les équipes de profils hybrides, capables de mêler culture cinématographique et maîtrise des nouveaux outils génératifs.
L’IA comme accélérateur de nouveaux récits documentaires
Plus largement, l’intelligence artificielle agit aujourd’hui comme un déclencheur de projets. Des sujets longtemps jugés impossibles a pousser à l’écran (ré)apparaissent dans les salles d’écriture.
Ah! Production travaille par exemple sur un documentaire autour de l’Odyssée d’Homère, pensé comme une porte d’entrée pédagogique vers ce récit fondateur de la culture occidentale.
Grâce aux outils génératifs, la production peut en effet désormais envisager de visualiser des monstres mythologiques, des voyages antiques ou des univers maritimes complexes tout en intégrant toujours l’oeil critique et impartial d’historiens et de spécialistes.
L’IA devient ainsi un outil narratif susceptible d’ouvrir de nouveaux territoires au documentaire, en particulier au documentaire historique.
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