Le bonus-malus parité du CNC remplacera le bonus instauré en 2019 pour les films de fiction, d’animation et les documentaires.
Adopté par le conseil d’administration du Centre national du cinéma et de l’image animée le 7 juillet 2026, ce nouveau mécanisme introduit une dimension jusqu’ici absente : l’insuffisance de femmes aux postes d’encadrement aura désormais une incidence financière.
Le principe est simple. Les productions employant au moins 40 % de femmes sur une liste de postes clés pourront bénéficier d’une majoration de 10 % du soutien investi par la société de production. À l’inverse, celles qui resteront sous un seuil minimal verront le soutien généré minoré de 10 %.
Un bonus qui ne suffisait plus à faire progresser la parité
Cette évolution intervient alors que les effets du précédent bonus semblent marquer le pas. En 2025, seuls 33,5 % des films remplissaient les conditions permettant d’en bénéficier, contre 37,3 % en 2024 et 39,9 % en 2023.
La place des réalisatrices demeure elle aussi limitée. Leur part est retombée à 24 % des films en 2024, son niveau le plus bas depuis 2019. Plus largement, cet indicateur n’a que faiblement progressé au cours de la dernière décennie.
L’écart se mesure également dans les moyens accordés aux projets. En 2025, le devis moyen des films réalisés par des femmes était inférieur de 44 % à celui des œuvres mises en scène par des hommes.
Face à cette stagnation, le CNC change donc de logique. La politique de parité ne repose plus uniquement sur une incitation positive : elle devient un critère susceptible de diminuer le soutien financier d’une production.
Un objectif de 40 % de femmes aux postes clés en 2030
Le dispositif doit encourager les sociétés de production à recruter davantage de femmes dans les fonctions d’encadrement et à atteindre, d’ici 2030, une proportion de 40 % de postes clés occupés par des femmes.
Le barème à points actuellement utilisé disparaîtra au profit d’une liste unique de métiers adaptée à chaque catégorie d’œuvre. Le bonus sera attribué à partir de six postes occupés par des femmes pour les films de fiction et les documentaires. Les listes comprendront respectivement quinze et treize fonctions.
Pour l’animation, qui mobilise des équipes et des métiers différents, vingt-et-un postes seront pris en compte en 2D et vingt-quatre en 3D. Le bonus sera déclenché à partir de neuf postes occupés par des femmes pour une œuvre en animation 2D et de dix pour une production en animation 3D.
Cette méthode doit rendre le calcul plus lisible pour les producteurs tout en concentrant la mesure sur les responsabilités qui structurent réellement la fabrication d’un film.
Une montée en charge progressive du malus
Si les seuils du bonus s’appliqueront dès 2027, le malus suivra une trajectoire progressive afin de laisser aux producteurs le temps d’adapter leurs recrutements.
À compter du 1er janvier 2027, une fiction comptant moins de trois femmes parmi les postes retenus sera concernée par la minoration de 10 %. Le seuil initial sera fixé à cinq postes pour l’animation et à deux pour le documentaire.
Ces niveaux augmenteront par paliers jusqu’en 2030. Ils rejoindront alors ceux du bonus : six postes pour la fiction et le documentaire, neuf pour l’animation 2D et dix pour l’animation 3D.
Entre les deux seuils, une zone intermédiaire permettra aux productions d’éviter le malus sans pour autant accéder au bonus. Cette progressivité transforme néanmoins la composition des équipes en paramètre concret du montage financier des films.
La parité devient un enjeu de production
Pour les sociétés de production, la mesure implique d’anticiper plus tôt la répartition des responsabilités. Direction de production, image, son, montage, décors ou autres fonctions d’encadrement ne pourront plus être envisagés indépendamment de leur incidence sur le soutien généré.
Le dispositif ne garantit pas, à lui seul, une progression de la place des réalisatrices ni une réduction des écarts de budget. Il agit en revanche sur un levier directement maîtrisé par les producteurs : la constitution des équipes.
En faisant de la parité un critère à la fois incitatif et pénalisant, le CNC entend ainsi accélérer un mouvement que le seul bonus n’est pas parvenu à inscrire durablement dans les pratiques de production.
Source : communiqué officiel du CNC du 22 juillet 2026.