État de l’art des outils de montage cloud ou hybrides (Partie 1)

Le temps où les créateurs définissaient et contrôlaient totalement l’expérience de consommation de leurs contenus, est définitivement révolu. La démocratisation des smartphones et des tablettes a dopé le visionnage de vidéos sur de nouveaux écrans, obligeant les groupes médias à revoir leurs stratégies de diffusion et de distribution, pour garder le contact avec leurs audiences désormais « connectées ». Pour prendre en charge la postproduction de ces nouveaux contenus, de nouvelles fonctionnalités de systèmes existants, ou de nouveaux outils voient le jour. Plus simples, moins chers et collaboratifs en sont les maîtres-mots. Ces outils de montage cloud ou hybrides sont-ils la réponse aux nouveaux circuits de production et de diffusion ? *
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Au-delà de l’aspect quantitatif, ces nouveaux écrans, sur lesquels règnent aussi les géants des médias sociaux, ont favorisé l’apparition de nouveaux modes de consommation des médias : en mobilité, dans de nouveaux lieux ou moments de la journée, faisant la part belle à l’interaction et au partage, jusqu’à redéfinir l’implication et le statut du spectateur, et faire éclore de nouvelles formes d’écriture. Le sujet est roi !

Avec la baisse significative des coûts de production, l’utilisation de contenus audiovisuels n’est plus réservée aux acteurs broadcast, aux grands médias et aux plus puissants des annonceurs. La vidéo quitte le monde du spectacle pour s’imposer petit à petit comme un support de communication du quotidien, entre les entreprises et leurs clients. Tutoriels et prises de paroles de people ou de youtubeurs anonymes, teasings et communications séquencées, brand-contents, pastilles, « bruts », formats courts, vidéos « sans son avec sous-titres » : la production de contenus n’a jamais été autant soutenue, diversifiée, créatrice de buzz, et elle s’affranchit de plus en plus des habitudes en matière de télévision linéaire.

Si tous les téléspectateurs ne se sont pas transformés en producteurs audiovisuels professionnels, ils sont désormais une partie intégrante de la médiatisation d’un contenu ou d’une œuvre et, de plus en plus, une source d’images précieuse pour les groupes médias qui veulent couvrir une actualité sur le terrain, garder une proximité avec le public.

 

L’ADAPTATION DES WORKFLOWS MÉDIAS

Les fabricants de matériels et les fournisseurs de moyens techniques de tournage se sont déjà adaptés, en offrant désormais des caméscopes équipés d’interfaces réseau et d’encodeurs de streaming, en se rendant compatibles avec les contraintes et les formats de smartphones, de drones… qu’ils soient premiums/professionnels, ou grand public.

Pour répondre aux attentes d’un public « connecté », s’équiper en nouveaux matériels plus efficaces dans l’exécution de certaines tâches ou compatibles avec des formats techniques ne suffit pas. Les entreprises audiovisuelles doivent non seulement fournir un nombre considérable d’heures de programmes mais aussi, et surtout, adapter leurs circuits de production et de distribution.

Aujourd’hui, en plus des contenus d’antenne, les groupes médias fabriquent des contenus propres destinés au web et surtout au mobile (sites Internet, réseaux sociaux). Au sein de cet environnement réactif, multi-sources et multi-destinations, les professionnels des médias ne doivent plus être contraints de travailler exclusivement depuis leur bureau. Les outils nécessaires à la création, au partage, à l’optimisation et à la distribution des contenus doivent être accessibles par tous, depuis n’importe quel endroit. Les workflows opérationnels actuels des chaînes de télévision, favorisant les processus de gestion en interne avec un niveau de sécurité optimal, ne sont pas adaptés à ce contexte.

Cette transition vers des workflows collaboratifs fonctionnels et transparents est déjà amorcée avec l’émergence de solutions accessibles à tous et permettant de créer et distribuer des contenus sur une seule et même plate-forme intégrée. Un certain nombre d’outils « web oriented » ou directement intégrés avec les médias sociaux se sont développés pour tenter de répondre à ces besoins.

 

WOCHIT MET L’ACCENT SUR LA PUBLICATION VERS LES RÉSEAUX SOCIAUX

Wochit est une entreprise basée en Israël qui propose une solution de montage en ligne depuis 2012. Il s’agit d’une solution hébergée dans le cloud, fonctionnant avec le navigateur Chrome et qui ne nécessite l’installation d’aucun applicatif sur son poste de travail. L’accompagnement de l’utilisateur dans la fabrication de sa vidéo se fait par un séquençage des tâches très directif. Les interfaces des différents espaces de travail, associés aux différentes étapes du workflow sont simplifiées à l’extrême.

 

Première étape : l’acquisition des images. L’utilisateur doit remplir sa « lightbox », c’est-à-dire l’endroit où sont stockées les vidéos qui seront utilisées dans son montage. Il peut uploader ses propres vidéos, à condition de respecter les limites de poids et débit de la plate-forme, et d’utiliser le format mp4, ce qui limite le recours à des matériels professionnels. Sur le plan collaboratif, une fonctionnalité permet à plusieurs utilisateurs de partager leurs clips, dans une « newsroom ». Il est aussi possible d’intégrer simplement des vidéos hébergées sur YouTube.

La principale source est constituée de banques d’images négociées par Wochit, auprès des agences presse dont l’AFP, Reuters, Getty, Bloomberg, AP, et que l’utilisateur paiera en proportion du nombre de visionnages de son sujet. En plus des images, des posts Facebook, Twitter ou Instagram peuvent être insérés. Mais la limitation ici tient dans une notion : les posts qui sont affichés sont des posts populaires vus sur Facebook, via une recherche par mots clés. Il n’est pas question ici de pouvoir afficher un post via une URL de son choix.

Deuxième étape : le son ! La mise en place d’une voix off est rendue simple par l’affichage à l’écran du texte que vous souhaitez enregistrer. Aucun réglage, ni aucune coupe n’est disponible. Les hésitations en début d’enregistrement ou les erreurs nécessiteront, le cas échéant, une nouvelle prise. Une musique est automatiquement ajoutée au montage depuis la banque de sons libres de droits proposée par l’éditeur. L’utilisateur peut également charger sa propre musique.

Le travail du son reste très limité. On ne peut pas ajuster manuellement le volume des différents éléments, en dehors de réglages automatiques, associés aux différents éléments sonores : « muted sound » (non lu), « background sound » (volume faible, la musique et les voix off sont en avant), « sound bite » (volume fort, les autres éléments sont en sourdine).

Troisième étape : les effets et l’habillage. Les effets ci-après sont disponibles, pour chaque plan image : « crop » (zoomer dans l’image et la déplacer), « texte » (à placer dans une mini timeline avec choix d’animations prédéfinies), « crédit », « super » (animations un peu plus évoluées) et « sous-titres » (si la vidéo est définie comme « sound bite »). Ces effets ne s’appliquent que sur un plan image et disparaissent avec le plan image suivant.

Les sous-titres s’insèrent très facilement et sont automatiquement répartis sur le plan image. En revanche, on ne pourra pas les faire coïncider précisément avec un discours.

Quatrième étape : la publication. L’utilisateur choisit d’adapter son montage au ratio d’image de différents médias sociaux comme le format carré pour Facebook et vertical pour Instagram. En phase finale, dans l’espace « preview » and « produce my video », l’utilisateur a la possibilité de consulter le résultat final. Il peut ensuite télécharger la vidéo en format mp4 ou la publier directement sur ses comptes de réseaux sociaux.

Wochit est une solution particulièrement adaptée à la fabrication et la publication de vidéos pour les réseaux sociaux, pour une population de journalistes issus de la presse écrite et désireux de publier rapidement des sujets vidéo courts vers ces plates-formes. Pour les organisations déjà abonnées aux fils d’agence, l’addition mensuelle peut s’avérer élevée et redondante avec l’existant.

 

BIGVU, UN STUDIO DE CRÉATION DE CONTENUS DANS LA POCHE

Fondée en 2016 à New York – notamment par un cofondateur historique de Dalet – la société BigVu a développé une solution de fabrication de vidéo qui s’adresse aux journalistes n’ayant pas de connaissance dans ce domaine.

La totalité des éléments (médias et métadonnées associées) est stockée dans le cloud, et la plate-forme, accessible par un navigateur web ou une application mobile, propose une approche fonctionnelle et une expérience utilisateur très en rupture avec les codes et usages en la matière, avec le smartphone comme élément central de captation d’images.

L’utilisateur commence par rassembler tous les éléments nécessaires à la fabrication de sa vidéo, dans son « desk », un espace de travail dédié, auquel il se connecte par identifiant et mot de passe. Un utilisateur peut avoir accès à plusieurs « desks », de même qu’un « desk » peut être commun à une équipe, pour favoriser le travail collaboratif.

Dans le « desk », l’utilisateur peut créer deux types d’éléments :

• les « scripts » qui contiennent les données éditoriales du sujet ;

• les « drafts », correspondant au montage vidéo du sujet, qui pourra être partagé une fois terminé.

 

Première étape : préparation du montage. Dans un « script », le rédacteur indique le titre du sujet (« headline »), puis détaille les différentes informations nécessaires à la couverture du sujet. Il peut ensuite partager ce « script » avec un journaliste ou un correspondant sur le terrain, grâce à la fonctionnalité « send to reporter ».

Deuxième étape : l’acquisition des images. Le journaliste peut filmer une scène depuis son smartphone, grâce à l’application BigVu, disponible sur iOS et Android. Lors de la captation, le « script » apparaît en transparence sur l’écran, pour être utilisé comme prompteur ou guide d’instructions de tournage.

La vidéo est ensuite envoyée sur les serveurs hébergés de BigVu, pour être disponible sur le « desk » du journaliste, qui pourra ainsi l’intégrer directement dans son projet (« draft »). Une fois la vidéo chargée, il est également possible d’incruster automatiquement le synthé du présentateur sur l’image.

BigVu propose également le chargement de vidéos (upload), et l’intégration d’éléments externes, comme des images libres de droit (banque Pixabay, avec une recherche facilitée par mots clés) et des tweets, avec une intégration directe et automatique de l’infographie, depuis un lien Twitter.

Troisième étape : le montage. Sur la page dédiée à l’édition d’un projet vidéo (« draft »), on peut sélectionner le format de la vidéo (16/9, carré, vertical), les deux pistes audio du montage (« main track » et « music bed ») qui ne peuvent être modifiées après import, et la transition (unique) qui s’appliquera entre les différents éléments du projet. Un lecteur vidéo permet de prévisualiser le montage en cours, à n’importe quel moment. Au bas de la page, s’affichent les différents éléments qui composent le montage : images, vidéos, textes, tweets, etc. Il est possible d’agir sur la durée de lecture de chaque élément, et choisir si on affiche un logo ou un commentaire.

Quatrième étape : l’habillage. Le logo est préenregistré par un administrateur, tout comme les modèles de titrage. On peut par exemple choisir que le texte entre astérisques sera jaune, modifier la police, la taille (mais pas l’aspect ratio). Les alphabets non latins – arabique et cyrillique – sont compatibles.

Cinquième étape : export et publication. Une fois le montage de la vidéo terminé, il faut utiliser la fonction « save & make clip » afin de créer la vidéo à part entière. Cette vidéo s’affiche alors dans le « desk » et l’utilisateur peut agir dessus. Il peut notamment exporter la vidéo et déclencher la publication sur les environnements numériques tels que Twitter, Facebook ou encore YouTube.

BigVu propose une approche projet tout à fait singulière et cohérente. Cependant la jeunesse de la solution s’illustre sur des fonctionnalités fondamentales telles que l’audio avec l’impossibilité d’enregistrer une voix-off, ou l’absence d’effets vidéo comme le zoom ou les fondus.

Les nouvelles solutions de montage et de publication hébergées n’ont, semble-t-il, pas vocation ou l’envie de s’intégrer dans les workflows des rédactions broadcast traditionnelles : absence de traitement du MXF, pas d’API d’intégration, ou limitation de la taille des vidéos à 80 Mo au maximum.

 

*Article paru pour la première fois dans Mediakwest #23, p.48-51Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.

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