FCP X : Témoignage, un an après

Alexandre Médan dirige une société de production. Il fait partie de ceux qui ont fait la démarche de passer sur FCPX plutôt que de rester sur 7. Rencontre.
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– Une rapide présentation de votre activité et de votre société ?

Je dirige Tout&Bo Productions, une société de productions créée en 2006.
Nous produisons essentiellement des films Corporate dédiés à une diffusion web. Nous construisons aussi de plus gros projets, notamment en slow-motion, ou en réalisations live.

– Pouvez-vous nous dresser votre profil utilisateur de Final Cut (nombre de films, type de montage, depuis combien de temps) ?

Nous travaillons essentiellement pour des groupes de presses et dans les domaines de la beauté, de la gastronomie et du design à travers des agences de communications.
Ce sont donc des films « esthétiques » assez courts (2 à 8 minutes) qui s’apparentent soit à des reportages (même contraintes que l’ENG, y compris pour les délais), soit à des fictions (mise en scène, casting…).
Nous en produisons une centaine par an. Notre spécialité est de livrer, dans des délais très courts, comme une opération de communication sur le design en 2011,
pour laquelle nous avons filmé et livré 15 reportages de 2 minutes en moins de 24 heures. La productivité du logiciel de montage est donc cruciale. Je monte personnellement sur FCP depuis 6 ans… Ce qui fait donc plus de 600 films édités avec ce soft.

– Votre réaction quand vous avez découvert FCP X?

J’ai été assez peu surpris par la sortie de FCP X car il fallait une évolution majeure à FCP 7, ne serait-ce que pour simplifier la gestion des nouveaux formats d’enregistrement et prendre en charge le 64 bits, comme la concurrence sur PC.
En revanche, j’ai été – comme tout le monde – stupéfait d’apprendre qu’il n’y avait aucun lien possible entre les deux versions. À vrai dire, les deux logiciels n’ont absolument rien en commun. J’ai vite compris que pour utiliser le X, il fallait désapprendre le 7.
Ainsi, pendant mes vacances, j’ai décidé d’acheter des tutoriels en vente sur l’Appstore pour apprendre ce logiciel que je ne comprenais pas.
Je me suis dit qu’avant de prendre en compte l’éventualité de switcher, j’allais donner sa chance à FCP X. Et après quelques heures de cours, très bien faits (quand on comprend l’anglais), j’ai pu mesurer l’incroyable évolution de la notion même de montage qu’impose FCP X.

– Pourquoi, comme la majorité des utilisateurs, n’êtes-vous pas finalement resté sur FCP7 ou n’avez-vous pas switché sur un autre logiciel (Premiere Pro, Media Composer 6, tous sur Mac et salués)?

FCP 7 commençait à être dépassé. Ses fonctions n’évoluaient plus depuis la version 5. N’étant pas monteur de formation mais journaliste, j’avais envie d’un programme qui ne s’encombre pas de fonctions inutiles pour moi. Le Web n’est pas exigeant en termes de finishing, d’étalonnage poussé ou de gestion avancée du son. Un logiciel « simple » est donc plus adapté à nos besoins, même si, pour les gros projets (non web), je fais appel à des collaborateurs travaillant sur d’autres plateformes plus puissantes, notamment CS 5.5 pour la liaison Premiere/After Effects. Pour autant, je déteste les programmes « usines à gaz » dans lesquels il y a trop d’options possibles dès le premier menu. Je ne me suis pas beaucoup intéressé aux concurrents de FCP car globalement, je suis satisfait de ce que j’ai.
De plus, je pense que ces programmes adopteront un jour ou l’autre certaines des fonctionnalités de FCP X. Notamment le système de visionnage automatique des clips, la synchro auto du son de plusieurs caméras par analyse…

– Qu’appréciez-vous sur FCP X ? Votre plus gros gain de temps ?

Sans conteste, la Timeline magnétique. La sécurité de ne plus risquer d’avoir un plan « noir » dans un montage, d’avoir les plans de coupe reliés, c’est un bonheur absolu. Et ça n’existait pas sous 7. Quand on sait s’en servir, c’est difficile de revenir en arrière après.
Plus besoin de faire de la place à une séquence au milieu d’un montage, tout s’ajuste automatiquement. Il y a aussi cette possibilité de classer ses rushs, et encore mieux, de sélectionner des marqueurs à l’intérieur des rushs à l’aide de mots clés. Le fait de pouvoir continuer à travailler alors que le programme importe des rushs ou calcule des rendus.
Le fait que les rushs et les disques de montage soient détectés tout de suite. C’est déroutant quand on vient de 7, mais dès qu’on a compris la logique, ça marche redoutablement bien.
Il y a aussi les effets très nombreux et intéressants que l’on peut tester directement en passant la souris dessus. On peut même les modifier dans Motion, ajouter des fonctions, les faire évoluer ou les combiner.
Sans oublier les plans composés : fini les timelines à étage : quand une partie d’un film est montée, on en fait un plan composé et on n’y touche plus.
ça devient un bloc que l’on peut déplacer, sans aucun risque de modification. Cette sécurité est vraiment très appréciable pour moi.
Enfin, l’énorme avantage de X sur le 7, c’est qu’en cas de plantage du programme (ça arrivait sur le 7, ça arrive encore beaucoup trop sur le X), rien ne se perd jamais. On a toujours le montage tel qu’il était la seconde avant le plantage. Ayant tellement ragé sur des montages perdus, suite à un plantage, ça m’a changé la vie.

– Que détestez-vous, votre pire galère ?

FCP X est encore un programme très jeune. Les améliorations depuis sa sortie ont été importantes, même s’il reste encore beaucoup de marge.
Je trouve globalement le programme assez lent. J’ai l’impression de passer ma vie à attendre qu’il arrête de calculer, alors que j’ai une bonne configuration (processeur i7 à 2,3 Ghz et 8 Go de RAM). L’export est, à mon sens, le point négatif du programme. Je ne comprends pas pourquoi l’export ne peut s’effectuer en tâche de fond, pourquoi on ne peut pas sélectionner une partie de son montage à exporter comme dans le 7, et pourquoi il faut passer par Compressor (un programme que je déteste) pour avoir un minimum d’option d’export. Quand on voit la concurrence, on se demande pourquoi Final Cut n’est pas à niveau sur ce point.
Du coup, j’exporte en pleine qualité et je recompresse via un autre programme ensuite. Ce qui est très agaçant. Sans parler des exports sur Vimeo / Youtube etc., par exemple. Qui durent des heures et peuvent aussi mobiliser la machine.
L’autre gros problème que j’ai évoqué précédemment, c’est la stabilité et les ralentissements (même si il y a eu des améliorations avec les versions).
Je ne sais pas comment ça se passe chez les autres, mais, chez moi, c’est encore insuffisant.

– Des attentes pour une version XI?

J’aimerais qu’il y ait encore plus de souplesse dans la gestion des projets et des événements. Encore plus de possibilités de classement. Je pense aussi qu’un effort pourrait être fait pour simplifier le montage son. Pour le moment, c’est encore fastidieux, je trouve.

– Pensez-vous changer de soft ou persister et signer?

Je n’envisage pas de changer, car les avancées du X me satisfont. D’autant plus que je n’ai pas trop été gêné par ses insuffisances. Comme je travaille essentiellement pour le web, l’absence d’un moniteur de contrôle n’était pas trop gênante (ça a été réglé depuis).
Je n’avais pas non plus besoin de récupérer sur le X des montages du 7.

– Votre synthèse sur le sujet? Pensez-vous qu’Apple vous a abandonné ou que c’est une nouvelle manière d’apprendre à monter?

FCP X est déroutant. Aucun doute là dessus. Je déconseille fortement à un monteur pro venant de FCP 7 de s’aventurer sur le X sans prendre le temps de se former.
La différence est énorme. Ne serait-ce que dans la conception même du montage.
Il est plus intéressant sur le X de prendre du temps en dérushage, de bien classer ses séquences par mots clés, que de faire un ours comme avant.
En fait, le X ne devrait pas s’appeler Final Cut puisqu’il s’inspire plus de iMovie que de FCP 7. Apple a pris un risque énorme de perdre les pros avec ce programme. Je me rends bien compte qu’il ne s’adresse pas vraiment au montage broadcast ou cinéma,
mais plutôt à des profils comme le mien : avec des films pour le web.
Je mesure chaque jour à quel point je gagne du temps avec le X. Mais il m’a fallu pas mal d’apprentissage et d’astuces pour y arriver.
En matière de logiciels de montage, les goûts sont très personnels. Seul compte le résultat.

D’autres témoignages d’utilisateurs professionnels (en anglais), sur le site de Philip Bloom (DP)