France Télévisions 2020: vers un service public plus agile ?

Suite à la remise au gouvernement d’une étude sur les enjeux et missions de France Télévisions supervisée par Marc Schwartz, Conseiller référendaire à la Cour des comptes, Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics, Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique et Fleur Pellerin, ministre de la Culture et de la Communication avaient hier convié la presse afin de dresser un bilan de santé du service publique audiovisuel français. Cette invitation anticipe de quelques mois nomination du successeur de Remy Pfimlin à la présidence du groupe France Télévisions par le CSA, le mandat de ce dernier s’achevant le 22 Août 2015 …
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Plus personne n’ignore que l’économie du paysage audiovisuel français s’est métamorphosée, avec 25 chaînes gratuites contre 6 il y a encore 10 ans, avec l’arrivée de nouveaux entrants comme Youtube, Dailymotion, Netflix, et l’avènement des réseaux sociaux, la télévision d’aujourd’hui ne ressemble plus du tout à celle d’hier.

 

Afin de lister les problématiques complexes auxquelles se confronte France Télévisions, un travail d’analyse s’imposait, un diagnostic éclairant des principaux défis à relever pour la télévision publique, c’est l’objet du rapport coordonné par Marc Schwartz qui porte le nom de « France Télévisions 2020, le chemin de l’ambition ».

 

Fleur Pellerin a ouvert la conférence en rappelant que France Télévisions avait besoin d’un projet audacieux, en prise avec son époque et qu’outre le triptyque « éduquer, informer, distraire », la télévision publique se devait d’enrichir ses missions de 3 nouveaux verbes : comprendre, raisonner et participer.

 

« Le prochain dirigeant de France Télévisions devra enrayer le vieillissement continu de l’audience, faire en sorte que la diversité de la société française, de sa population et de ses préoccupations, apparaisse sur l’écran de la télévision publique ». Elle a également souligné les enjeux du multiscreen : « Cet écran, d’ailleurs, parlons en. A l’avenir, il s’agira de moins en moins d’un écran de télévision, et de plus en plus de celui d’une tablette ou d’un téléphone. Voila pourquoi, il apparaît indispensable que ce futur dirigeant poursuive et réussisse la mutation numérique de l’entreprise publique… Beaucoup de choses intéressantes ont déjà été faites. Je pense par exemple à culturebox ou à Ludo » a-t-elle poursuivi en précisant que l’étude dirigée par Marc Schwartz avait été rédigée par un groupe d’expert avec, avant tout, le dessein de dresser une analyse stratégique utile pour préparer l’avenir…

A l’issue sa lecture, la ministre semble particulièrement attachée a développer une offre plus adaptée en termes de fond et de forme à l’attention des jeunes, avec des valeurs d’usage différentes. Elle a également évoqué le souhait d’un canal totalement dédié à l’information… 

 

Au cours de la conférence, Emmanuel Macron a rendu hommage au travail de l’équipe actuelle de France Télévisions qui s’acquitte de sa tâche dans un contexte conjoncturel particulièrement difficile en parvenant néanmoins à surmonter bien des obstacles et a développer une véritable stratégie numérique ainsi que de nouveau formats. « Le service public bénéficie des faveurs des français puisque un sondage révèle que 69% d’entre eux ont une image positive des chaînes publiques, une opinion favorable de 8 points supérieure à celle qu’ils se font des chaines privées », a-t-il souligné.

 

Mais la réalité de France Télévisions c’est également une audience qui a baissé de 25% sur ces 10 dernières années et sur France 2, France 3 et France 5 une moyenne d’âge 58-60 ans… Un vrai problème pour une télévision qui se doit d’adresser en tant que service public toute la population mais également un souci majeur pour séduire les annonceurs !

 

Pour le ministre de l’Économie, le rapport supervisé par M. Schwartz aura servi à mettre en évidence 5 points :

– Le gouvernement devrait définir les priorités du paysage audiovisuel français avec une plus grande clarté

– La prise de risque liée à d’innovation devrait être plus importante

– La synergie entre les différents acteurs publics devrait aussi être plus importante et s’accompagner de stratégies coordonnées

–  France Télévisions devrait passer d’un fonctionnement sous l’égide d’une logique de tutelle à un fonctionnement davantage apparenté à une logique actionnariale car le contrôle du gouvernement étouffe parfois sa capacité d’entreprendre

– France Télévisions devrait clarifier sa gouvernance interne et ce dernier point devrait d’ailleurs être examiné dès le printemps.

 

En faire toujours plus avec le même budget…

Michel Sapin, ministre des Finances et des Comptes publics a rappelé que le budget de France Télévisions était actuellement de 2,5 milliard d’euros par an, un budget qui devrait rester, au minimum, sensiblement identique jusqu’en 2017 dans la mesure où l’état doit faire mettre en œuvre un plan d’action de 50 milliards d’économie jusqu’à cette date. Malgré cette annonce, qui résonne presque comme une sanction, le gouvernement ne reviendra néanmoins pas sur la décision de l’interdiction de la publicité sur le service publique après 20:00. Aussi sera-t-il indispensable, comme le précisait Emmanuel Macron de mutualiser mieux et davantage les ressources du service public mais aussi de plancher sur une très attendue réforme de la redevance…

 

Favoriser un cap stratégique grâce à plus de stabilité…

Si l’on devait mettre en exergue l’une des recommandations émise par Marc Schwartz hier, ce serait sans doute celle de favoriser une plus grande stabilité de la ligne politique et stratégique que les gouvernements imposent à France Télévisions. Depuis 15 ans, le groupe s’est vu remettre 3 contrats d’orientation et 6 avenants, soit un changement de cap tous les 2 ans et demi… Un tel contexte représente obligatoirement un frein à une stratégie de développement cohérente sur le long terme et engendre forcément des problèmes de rentabilité. Cette recommandation qui semblait très pertinente sera sans doute un peu plus compliquée à mettre en œuvre… En tous cas dans la durée !

 

En conclusion, les politiques ont souligné que le rapport représentait guide pour envisager la ligne stratégique globale de France Télévisions mais n’avait pas pour vocation d’être un mode d’emploi opérationnel ni un vademecum éditorial …