« Le fils de Saul »: de la pellicule au master numérique 4K

Le studio hongrois Filmlab a fait appel à Baselight pour l’étalonnage subtil et complexe du Fils de Saul, long-métrage multi-récompensé.
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Le fils de SaulSaul Fia dans la version originale hongroise – est le premier long métrage du réalisateur László Nemes. Il s’agit d’une histoire crue, qui se déroule au milieu de l’horreur d’Auschwitz en 1944. Après avoir remporté le Grand prix du Festival de Cannes et le Golden Globe du Meilleur Film Étranger, le film a été récompensé à la 88e cérémonie des Oscars par l’Oscar du meilleur film en langue étrangère.

Pour capturer les émotions brutes exprimées au fil de l’histoire, László Nemes a adopté un workflow qui semble aujourd’hui révolutionnaire, passant du format argentique au numérique. Il a tourné le film sur pellicule (pellicules Kodak dans des caméras Arri 245 et LT), mais il a également réalisé la finition et le passage en revue du film sur pellicule… Mais ce n’est pas pour autant que le coloriste László Kovács et le système d’étalonnage Baselight chez Magyar Filmlabor à Budapest (Filmlab de Hongrie) ont chômé.

Bien qu’ayant reçu de nombreux prix, Le fils de Saul a été produit avec un budget serré d’environ 1,5 million de dollars. Les principaux travaux de prises de vues ont été achevés en vingt-huit jours, et quelque quatre-vingt-dix minutes de rushes au total ont été filmés sur pellicule 35 mm. Les contenus ont été numérisés en 4K pour plus de sécurité à l’aide du scanner FilmLight Northlight, et un premier étalonnage a été réalisé pour le montage.

Le négatif a été traité et monté à partir de l’EDL en vue d’un développement manuel traditionnel étalonné. Filmlab disposait des installations permettant de traiter, d’étalonner et d’imprimer le film, permettant au coloriste numérique László Kovács et à l’étalonneuse photochimique Viola Regeczy d’être présents aux séances de passage en revue avec le réalisateur et avec le directeur de la photographie, Mátyás Erdély. Contrairement au processus habituel, les responsables de l’étalonnage numérique ont eu pour tâche de reproduire l’étalonnage photochimique du film.

« Les premières images que nous avons vues avec le réalisateur étaient les rushes développés, explique Mátyás Erdély. László Kovács a toujours été présent, et il a suivi tout le processus : lorsqu’il a été temps de réaliser le DI, il comprenait déjà le film et les résultats que nous souhaitions. Sa participation dès le début du projet a été un véritable atout. »

La nature choquante du film a dicté la manière dont László Nemes a abordé le tournage – le film dure 107 minutes et ne compte que 85 scènes –, et les choix réalisés en termes de décoration ont permis de capturer l’environnement austère sur la pellicule. Le film n’a ainsi exigé aucun effet spécial.

« Nous cherchions à obtenir un résultat très brut, très simple. Il fallait que tous les éléments visuels donnent une impression de neutralité, poursuit Mátyás Erdély. Ce n’était pas un film beau à voir, que nous voulions réaliser. En fait, je ne dirais même pas qu’il s’agit d’un « look » particulier. László a abordé cette question avec un soin minutieux, et j’ai été très impressionné par les résultats auxquels nous sommes parvenus. »

Une fois obtenue l’apparence souhaitée sur la version argentique, le coloriste László Kovács s’est employé à la recréer dans Baselight. « Même lors de l’étalonnage numérique, nous avons fait notre possible pour nous appuyer avant tout sur la correction des couleurs primaires, commente Mátyás Erdély, soulignant le côté cru du film. Nous souhaitions n’utiliser que les outils essentiels. »

En une semaine, László Kovács a créé un master numérique du film en 4K et une version DCP 2K ; même les cinéphiles chevronnés, que sont László Nemes et Mátyás Erdély, ont dû reconnaître que le résultat était étonnamment proche. « Même si le format ne me séduit pas, je suis très satisfait du DCP que nous avons créé au final,  indique Mátyás Erdély. C’est incroyable que nous ayons eu suffisamment de temps, de ressources et de savoir-faire pour exploiter au mieux les versions argentique et numérique. Tout cela, c’est grâce à l’équipe de Filmlab. »

Rendant hommage à son coloriste, Mátyás Erdély ajoute : « Visuellement, le film a l’air très simple, mais le procédé était en fait très complexe. Notre objectif pour ce film, c’était que les spectateurs ne pensent même pas qu’il a été étalonné, et László Kovács a donc dû adopter une approche très subtile. Il a déployé une créativité et un talent considérables, mais le résultat ne le laisse pas paraître ! »

Le DP a été satisfait, lui aussi, de ce que le système Baselight permette simplement au coloriste d’attendre le résultat souhaité par toute l’équipe. Ce dernier, László Kovács, indique de plus : « C’est un outil très rapide, qui fait ressortir mon côté créatif. Je n’ai jamais perdu de temps à attendre que le système finisse un traitement, ou prépare un rendu, ou autre chose. »

Fondé en 1964, Magyar Filmlabor a toujours été un pionnier des technologies modernes. Il fut l’un des premiers à adopter les outils d’étalonnage des couleurs FilmLight : le numéro de série de son système Baselight One est 4 ! Depuis, le studio a investi dans un système Baselight Four pour les grands projets comme Le fils de Saul. Filmlab possède également un scanner Northlight et un système Flip pour une utilisation sur le lieu de tournage.

« Je tiens à souligner que ce studio dispose de ressources uniques, indique Mátyás Erdély. En tant que directeur photo, c’est le genre de relation que j’ai toujours espéré avoir. Ils sont là pour les cinéastes, et ils soutiennent nos décisions, même les plus farfelues ! Ils nous disent « aucun problème, si vous voulez découper vos négatifs vous pouvez le faire, mais nous allons tout numériser en 4K par précaution. » En tant que cinéaste, c’est une approche que je respecte beaucoup. »

Et Mátyás Erdély de conclure : « Je voudrais ajouter une dernière chose. Ce qui est vraiment extraordinaire, c’est que lorsque Le fils de Saul a été traité chez Filmlab, au moins trois autres films hongrois ont décidé de suivre le même procédé : filmer sur pellicule, puis finir en numérique. L’équipe d’une grande production française a également vu notre film à Cannes. Ils savaient qu’ils allaient tourner en Hongrie, et après avoir vu notre film ils ont décidé de filmer sur pellicule et de confier le traitement à Filmlab… qui est en train de développer leurs rushes en ce moment même ! Le fils de Saul a eu une grande influence. »