L’offre d’Avid face au Covid-19

Jean-Philippe Aguer, « solutions specialist » Avid, présente ici brillamment les différentes solutions mises en place par l’historique et emblématique éditeur face à la crise sanitaire.
Production audio à distance avec les outils Avid. © Avid

Quelle a été votre démarche face à l’événement sanitaire du Covid-19 ?

Dès le début du confinement, nous avons mis en place des licences Avid Media Composer gracieuses de 90 jours pour nos utilisateurs afin de leur permettre de travailler à domicile pendant les mois de mars et avril. Nous avons déployé des moyens importants pour accompagner nos utilisateurs.

 

Peux-tu nous présenter les différentes méthodes permettant de travailler à distance en postproduction avec les outils Avid ?

La méthode la plus basique, c’est le Media Composer Sneaker Net, autrement appelé réseau basket ou méthode sans réseau informatique ; 80 % de la postproduction s’est déroulée comme ça pendant le confinement. C’est simple à mettre en œuvre : il suffit d’une machine de montage, un outil tel que Zoom, Team ou Discord pour les échanges « verbaux » avec le réalisateur, des disques durs et du temps pour les déplacements du coursier. Il y a bien sûr des solutions plus intelligentes proposées par exemple par Teradici pour se connecter sur une machine physique ou virtuelle sur un site de production via un super client de bureau. Il n’y a pas besoin de puissance sur la machine client, en revanche les échanges de médias sont difficiles. La gestion des médias reste sur le site de production.

Les antennes régionales de France 3 ont choisi cette solution pour travailler à distance pendant la crise sanitaire, avec les solutions PCoIP fournies nativement avec les ordinateurs HP.

L’inconvénient de cette solution, c’est l’absence de boîtiers d’entrée/sortie ou de retour vidéo. Le protocole NDI permettrait de partager la vidéo via Internet, mais il est aujourd’hui limité à une centaine de kilomètres. Avec cette solution, la bande passante minimum nécessaire du côté client est de 10 Mbits/s, car une grande partie de l’interface ne bouge pas et environ 25 Mbits/s pour une installation double écran. Les débits augmentent jusqu’à 50 Mbits/s lorsque la vidéo est lue en plein écran.

 

Vous êtes partenaire de Teradici qui met en avant la puissance de son codec. Peux-tu nous en parler ?

Sa solution logicielle est très intéressante. La marque propose également des cartes à installer sur le site distant pour soulager la puissance de l’ordinateur. Avec le logiciel HP, l’utilisateur peut limiter la bande passante ; Teradici propose de son côté une solution adaptative. Simples à mettre en œuvre, ces outils sont économiques en matière d’infrastructures.

Chez Avid on propose une autre option nommée Media Composer Cloud Remote. Il s’agit d’un logiciel Avid Media Composer synchronisé avec un site de production distant ; ce dernier doit être équipé de la plate-forme Avid Media Central. Avid Media Composer Standard est installé sur le poste distant, nous y ajoutons le composant Cloud Remote pour le connecter à la plate-forme Avid Media Central. Cette dernière va créer à la volée un flux « streamable » des médias qui sera lu par Media Composer. Le débit nécessaire est de l’ordre de 5 Mbits/s. Le monteur peut ajouter ses propres médias à son montage, ceux-ci seront alors automatiquement envoyés sur le site distant en tâche de fond sans impact sur le travail en cours.

Il est également possible de rapatrier les médias nobles depuis le site de production vers la station de l’utilisateur. Cette méthode présente plusieurs avantages : le travail peut se faire en local et en déporté ; un boîtier vidéo avec un vrai retour vidéo peut être installé. Plusieurs stations Avid Media Composer peuvent travailler à distance de manière synchronisée, en bénéficiant de véritables possibilités d’échanges de médias. France Télévisions envisage d’exploiter cette solution sur la série Apocalypse.

 

Comment gérez-vous la sécurité ?

Actuellement, nous conseillons fortement d’utiliser un VPN, ce qui peut être complexe, nos clients nous le signalent régulièrement. Nous travaillons sérieusement à la mise en place de solutions « VPN-les », sans VPN. Un expert de la sécurité des réseaux a rejoint les équipes d’Avid en janvier, le timing était parfait. Les inconvénients de la solution Avid Media Composer Cloud Remote se situent dans l’infrastructure, le site de production doit être équipé d’Avid Media Central et sur la machine distante du monteur le logiciel Avid Media Composer doit être installé ainsi que les composants de synchronisation.

C’est une solution qui fonctionne cependant particulièrement bien. France 3 Corse ViaStella travaille de cette manière depuis environ trois ans autour d’une installation déployée par CTM, les utilisateurs se connectent sur le site de France 3 Provence-Alpes-Côte d’Azur pour récupérer les éléments. La bande passante est un peu moins élevée qu’avec les solutions Teradici. En partageant uniquement les proxys, la bande passante nécessaire oscille entre 5 et 10 Mbits/s. Les besoins peuvent aller à 30 mégas maximum pour échanger des médias haute résolution.

 

Il me semble que vous proposez également une nouvelle solution totalement dématérialisée ?

Notre dernier outil pour travailler à distance, Avid-Edit-On-Demand, est en test depuis janvier. On comptait l’annoncer au NAB 2020, mais de nombreux utilisateurs l’ont déjà testé. Avec cette solution, les clients s’abonnent à un environnement de postproduction complet, que l’on construit pour lui dans le cloud public Microsoft Azur. Les utilisateurs accèdent à des machines virtuelles Avid Media Composer, à un stockage Avid Nexis hébergé dans le cloud ainsi qu’à un logiciel de transfert des médias et de connexion à distance.

Plusieurs formules sont proposées via le compte Avid Link, par exemple une station Avid Media Composer et 5 To de stockage ou cinq machines et 25 To. L’utilisateur dispose de 2 To de chargement mensuel à partir des 25 To de stockage et de 1 000 heures de montage. Comme dans toute infrastructure cloud, l’envoi des médias est gratuit et le rapatriement payant : c’est ce qui explique la limitation de 2 To. Nous fournissons un lien à l’utilisateur pour installer le client de connexion à distance Teradici et le logiciel de transfert File Catalyst.

Aujourd’hui le monteur utilise des machines virtuelles surpuissantes avec douze cœurs virtuels, 56 Go de RAM et une carte graphique sur base tesla M60 ou M40. Le monteur dispose d’une expérience utilisateur plus puissante que celle qu’il peut avoir sur les stations fixes habituelles. Afin d’équilibrer les coûts, nous envisageons une plus grande granularité. Les stations Media Composer et le stockage Nexis partageant le même cloud, les échanges sont très fluides. Les préconisations sont les mêmes que pour une connexion PCoIP traditionnelle avec une latence « invisible » pour les utilisateurs.

 

La latence dans l’utilisation d’Avid-On-Demand est-elle gênante ?

Je dispose d’une application pour tester la latence. En dessous de 60 ms, l’expérience est très fluide. Généralement elle oscille autour de 20 ms sur le cloud à Amsterdam ; à Paris, elle est prévue autour de 12 ms.

 

L’utilisateur dispose-t-il d’un retour plein écran ?

Pour l’instant, l’utilisateur ne dispose pas d’un retour vidéo, mais il peut passer en mode plein écran et calibrer son moniteur informatique pour un meilleur respect des couleurs.

 

Peux-tu nous donner une idée du coût de la solution Avid-On-Demand ?

La souscription à Avid-On-Demand pour cinq Media Composer avec 870 heures de montage (estimation basée sur une utilisation quotidienne de la station huit heures par jour), 25 To de stockage cloud gratuit et un téléchargement payant au-delà de 2 To est facturé 13 400 €. L’infrastructure complète est déployée en trois heures. Tous les clients à qui on a démontré la solution ont été impressionnés !

Nous souhaitons proposer un abonnement non plus mensuel mais hebdomadaire. Il sera possible de fabriquer un environnement de production dans le cadre d’un projet magazine par exemple, il sera très simple d’ajouter une machine en dernière minute en cas de besoin.

 

Pourquoi Avid a-t-il choisi Microsoft Azur pour déployer sa solution ?

Cela fait maintenant six ans que nous collaborons avec Microsoft Azur. Ce sont les premiers qui nous ont accompagnés dans le transfert de nos plates-formes dans le cloud, avec des résultats convaincants. De nombreux clients disposent également de solutions chez Microsoft Azur. Nous avons développé David Nexis dans le cloud pour l’adapter aux solutions Microsoft Azur blob Storage à base de disques SSD. Pour les utilisateurs français, les solutions Microsoft Azur sont hébergées en Europe, sur deux sites parisiens ou à Amsterdam.

 

Vos clients sont-ils prêts à mettre leurs médias dans le cloud ?

Il y a deux écoles, mais l’événement sanitaire a accéléré la transition. Nos clients ont dû assurer la continuité de la production, nos solutions le permettent. La sécurité de Microsoft Azur les rassure également. Les monteurs sont épatés de pouvoir monter de chez eux sur leurs vieux ordinateurs sans aucune latence.

 

Comment l’archivage est-il géré ?

Les médias sont synchronisés entre le cloud et la structure sur site. Une fois le film fini, l’AAF (fichier d’échange léger sans les médias) ou éventuellement l’export sont transférés, il n’y a pas besoin de rapatrier les médias. Ce qui est très intéressant avec Avid-On-Demand, c’est que c’est une passerelle entre les deux mondes : les solutions sur sites et les outils de travail à distance entièrement dans le cloud.

Lorsque les clients n’ont plus accès à leur site comme avec la crise du Covid-19, Avid propose des solutions de copie des médias dans le cloud ou dans un cloud privé. Disney a été un de nos premiers clients à exploiter cette solution l’an dernier. Aujourd’hui ils disposent d’une dizaine de sites aux États-Unis, toute la postproduction est fabriquée dans le cloud.

 

Et pour conclure ?

Aujourd’hui, pour synthétiser l’offre d’Avid, il y a Avid Media Composer Classique, Avid Media Composer Cloud Remote ou Avid Media Composer Cloud VM et Avid-On-Demand : Avid Media Composer virtualisé sur une machine dans le cloud.

 

Extrait de notre dossier « Postproduction & Cloud » paru dans Mediakwest #37, p. 82-102. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.