La Cité Créative, futur pôle des arts numériques à Montpellier

La Métropole de Montpellier met en place la Cité Créative, un nouveau pôle dédié aux industries culturelles et créatives, rassemblant entreprises, écoles et indépendants. L’objectif : faire de la ville une place forte de la création digitale à l’horizon 2020.*
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Paris a sa Cité du Cinéma, Montpellier aura sa Cité Créative ! Il y a 12 mois, la Métropole de Montpellier a dévoilait  son grand projet de pôle économique autour des industries culturelles et créatives. D’ici cinq ans, ce cluster accueillera indépendants, start-up, PME et grands comptes, autour de zones de bureaux, de lieux de rencontres, d’un campus de 1 400 étudiants et d’une salle mixte spectacles-cinéma de 450 places.

Le site n’a pas été choisi au hasard : l’écosystème prendra place au cœur de l’ancienne École d’application de l’infanterie, dont plusieurs bâtiments sont conservés, dans un esprit de friche urbaine. Philippe Saurel, président de la Métropole, rêvait d’en faire le « Cinecittà à la Montpelliéraine ». Mais les élus ont compris que les forces de Montpellier sont ailleurs : 3D, numérique, effets spéciaux, jeu vidéo… Comme le symbolise la présence de 80 entreprises sur son territoire, dont Ubi Soft. « Nous souhaitons mettre le paquet sur les entreprises créatives », souligne Philippe Saurel. « C’est un secteur porteur pour l’avenir, un gisement d’emplois pérennes et qualifiés. »

 

Des équipements uniques

Première « locomotive » de ce pôle digital : le Campus créatif, un bâtiment de 16 000 mètres carrés pensé par l’architecte catalan Josep Lluis Mateo (musée du Cinéma de Catalogne). À l’horizon 2020, il regroupera quatre écoles : l’École supérieure des métiers artistiques de Montpellier (ESMA, Animation 3D/effets spéciaux, design, illustration…) ; une antenne de l’ETPA Toulouse (jeux vidéo, photo) ; une antenne de Cinecréatis Nantes (cinéma Live Action) et l’Ipesaa (Game Art, illustration, arts graphiques…).

Au total, 1 400 élèves sont attendus. « Ce sera le premier campus intégralement dédié aux métiers de la création et du numérique en France », annonce Karim Khenissi, fondateur de l’ESMA et porteur du projet. « Notre objectif est d’offrir à la fois des conditions idéales à nos étudiants, mais aussi de créer des passerelles entre nos filières grâce à des projets transversaux. »

Pour y parvenir, le Campus créatif sera doté d’outils high-tech « uniques pour une école en France » : un studio cinéma modulable de 600 mètres, avec motion capture et fond vert, quatre studios d’enregistrement professionnels, un fablab, une salle de projection professionnelle de 450 places… « Les élèves pourront travailler à l’école dans des conditions professionnelles. Ce qui les rendra plus vite opérationnels pour les recruteurs. » Selon le directeur, « le seul équivalent de ce projet en Europe, c’est peut-être la Filmakademie de Stuttgart. »

 

Se tourner vers les entreprises

L’ambition affichée : grâce à des conditions de travail optimales, les filières pourraient obtenir « une réussite équivalente à celle de la section 3D/effets spéciaux » qui, si elle est régulièrement classée troisième école française (et septième école mondiale), derrière Les Gobelins et Supinfocom Rubika, bénéficie aussi d’une visibilité unique : depuis trois ans, c’est la seule école au monde dont plusieurs films d’étudiants intègrent la prestigieuse liste complémentaire des « Oscars nominated short films ».

Mais le Campus créatif veut « aller au-delà d’une approche scolaire », en s’ouvrant aux entreprises. « Ces équipements ne seront pas utilisés en permanence par les étudiants », analyse Karim Khenissi. « L’idée est donc de les mettre à disposition, à un tarif très accessible, aux entreprises. Pour beaucoup, les besoins existent, et investir dans ces outils serait impossible. »

En ciblant les studios d’animation, de jeu vidéo, de cinéma, et toutes les entreprises œuvrant dans l’audiovisuel, le directeur voit aussi un intérêt pour ses étudiants. « Si des entreprises viennent dans nos murs pour nos outils, des rencontres et collaborations ponctuelles pourraient se mettre en place avec les étudiants. C’est bon pour leur réseau. » D’ailleurs, le campus intègrera aussi un préincubateur, pour stimuler et accompagner des projets entrepreneuriaux.

 

Attirer les studios internationaux

Mais la Cité créative veut offrir bien plus que de la formation. À quelques mètres du Campus, la société Illusion & Macadam porte « Les Boîtes dans la boîte », projet de tiers lieu regroupant les indépendants du jeu vidéo et des industries créatives. Au menu : incubateur, espaces de coworking, lieux de rencontre et d’animation, et hébergement de start-ups.

« Notre offre s’adapte aussi aux entreprises plus grandes », ajoute la Métropole. Rénovés, plusieurs bâtiments visent à attirer, pour des besoins ponctuels ou pérennes, les PME et grands comptes du secteur. Et en coulisses, on assure que « plusieurs studios européens et américains se montrent intéressés par la dynamique qui s’enclenche et par la qualité de vie du sud de la France ».

 

* Article paru pour la première fois dans Mediakwest #21, p.38. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.


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