PAD fichier vers l’extinction de la cassette, 1ère partie

La cassette vidéo est un anachronisme, tous en conviendront. Elle a quasiment disparu des architectures modernes de production, postproduction et diffusion. Investir dans le renouvellement de machines tournantes est exclu. Cependant, si certaines chaînes acceptent déjà les fichiers PAD, les programmes longs sont encore majoritairement livrés sur cassette. 
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Publié le 08/12/2015

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PAD Fichier : la situation

Pour faire le point de la situation, nous avons interrogé : Albert Sellem (Directeur des Opérations, Canal+) et Christophe Rémy-Neris (Directeur SI Édition, Canal+), Matthieu Parmentier (Direction Innovations & Développements, France Télévisions), Mathias Bejanin (Directeur Technique, Groupe M6) & Alexis Bureau (Direction des Moyens Technologiques, Chef de Projet Ingénierie, M6), Cédric Drapeau (Directeur Technique Pôle TV, NRJ), Yves Davot (Président Commission Technique HD Forum, Direction Centrale Technique TF1) & Philippe Petitpont (Ingénierie & Projets, TF1), Xavier Brachet (Responsable Laboratoire Numérique, Mikros Image), Jean-Christophe Coin (Directeur Technique, Groupe Transatlantic), Jean-Sébastien Petit (COO, Arkena).

A l’automne, seuls Canal+ et NRJ systématisent déjà le PAD fichier pour les programmes longs, sans avoir encore banni complètement la cassette. Les autres chaînes ne sont pas en reste et se préparent activement, notamment dans le cadre de la commission technique du HDForum.

Les premiers travaux du HDForum sur le sujet ont débuté en 2008. C’est sur la base de ceux-ci que Canal+ a ouvert aux fichiers PAD fin 2012, une fois la modernisation de son infrastructure achevée (projet MIT). NRJ a débuté il y a quelques mois, avec des modalités similaires à celles de Canal+.

France Télévisions a fait développer par Mikros Image l’application PADdef. Il s’agit bien de livraison PAD mais pour des besoins internes au groupe, visant une économie de plusieurs centaines de k€ pour les seuls supports. France TV a également mis en place avec le Groupe Transatlantic une solution de fabrication-livraison dématérialisée de ses bandes annonces. Il s’agit également d’un cas spécifique.

Les chaînes n’ayant pas encore ouvert au PAD fichier ouvriront dès les indispensables adaptations internes finalisées. Les diffuseurs ont spécifié collectivement le PAD fichier. Il est important de rappeler qu’il s’agit explicitement d’un format « Prêt A Diffuser » et non d’un format pivot.

 

Format de fichier

Le format de conteneur retenu est de type MXF Op1A. Il est déjà normalisé par l’AMWA dans un « shim » du standard AS10 : « AS10 1.1 shim high_hd_2014 ». L’essence vidéo HD dans ce conteneur MXF est de type XDCAM au standard SMPTE RDD9, soit du MPEG2 long GOP avec un débit de données fixe de 50 Mbps.

Ce choix peut surprendre, vu l’âge de la famille MPEG2 ou comparé au choix de l’AVC-Intra 100 Mbps par le DPP britannique. Apple ProRes était exclu car non normalisé. Les diffuseurs revendiquent un choix ultra-pragmatique : la famille MPEG2 est totalement normalisée ; tous les serveurs de diffusion traitent le XDCAM sans problème ; le débit raisonnable de 50 Mbps réduit la sensibilité aux contraintes de bande passante ou de stockage ; bien qu’il s’agisse d’un format long GOP, l’expérience a montré qu’il est en pratique qualitativement sûr. Une autre essence devra être spécifiée pour l’UHD. Le fichier contient 8 pistes audio AES3 (24 bits 48KHz). Les chaînes ayant une diversité de besoins quant au mapping audio, un mapping unique ne peut être spécifié. La description du mapping audio fait donc l’objet de métadonnées éditoriales.

 

Métadonnées

Le schéma de métadonnées a suscité des débats plus intenses. En simplifiant, deux hypothèses étaient envisageables. D’une part, le minimum vital de métadonnées, mimétique de la traditionnelle fiche de bande améliorée, reflété par le schéma issu des travaux du HDForum, MétaPADtv. D’autre part un schéma plus ambitieux, générique et prospectif : EBUCore. Il permet des métadonnées riches, pouvant par exemple nourrir l’éditorialisation de l’offre de programmes ou les moteurs de recommandation. Mais cette richesse est au prix d’une complexité élevée. Les ambiguïtés et les confusions possibles sont porteuses de risque et nécessiteraient un gros travail de clarification avant dissémination. Les travaux de France TV et Mikros Image pour PAD- def ont révélé ces difficultés.

Le collectif s’oriente donc vers métaPADtv, déjà mis en œuvre par Canal+ et NRJ. Les métadonnées sont présentées dans un fichier compagnon XML, là encore par pragmatisme. Tous les systèmes d’information des chaînes peuvent ingérer du XML. Générer un fi- chier XML simple est à la portée de tous. Canal+ fournit d’ailleurs un utilitaire Excel générant un XML conforme à partir de données tabulées. Les métadonnées comprennent obligatoi- rement un « house ID », qui identifie le programme pour la chaîne et est fourni par celle-ci en amont.

 

Transport

La question du transport des fichiers est plus délicate et encore ouverte. Canal+ et NRJ ne peuvent être livrés que via Arkena (anciennement SmartJog), un choix qui ne restera pas nécessairement exclusif. Cette approche met à profit les méthodes déjà mises en œuvre autour des serveurs d’Arkena et règle – en partie – la question de la bande passante. Sous l’impulsion de Canal+ et NRJ, Arkena peut mettre à disposition des labos une version web serverless, qui ne nécessite pas l’abonnement avec serveur mais est donc peu industrialisable. Les autres chaînes privilégient une approche 100% Internet, augmentée d’accélération type Aspera ou Signiant.

Dans tous les cas, l’hypothèse d’un simple FTP est exclue, en raison des risques associés et des charges de gestion et supervision d’une multitude de comptes.

 

Traitement des fichiers entrants

Le traitement des fichiers entrants est conceptuellement similaire dans toutes les chaînes. Ils sont détectés, notifiés et soumis à un contrôle de conformité automatique. Celui-ci porte sur la conformité du fichier aux spécifications et non sur la qualité substantielle du contenu audio ou vidéo. Les rapports sont fournis aux étapes en aval, voire à la source du programme.

En aval, un contrôle qualité humain, extensif ou par sondage, est toujours appliqué, le contrôle automatique venant en assistance ou en préparation à ce contrôle humain. Les règles varient selon les chaînes, leur profil et leur expérience antérieure du contrôle qualité automatique. Les interactions internes entre la technique, la logistique antenne, la vérification, les unités de programme et les services juridiques, et externes avec les sources de programme, sont modifiées, ce qui a représenté et représente encore un effort important de conduite de changement.

 

Le contrôle qualité

Toutes les chaînes interrogées utilisent Baton d’Interra. Ce qui leur permet le partage d’expérience et la mutualisation de presets ou de requêtes d’évolution. Cela réduit le risque de divergences dans l’analyse, d’autant plus dangereuses qu’elles sont subtiles.

Dans le contexte du PAD fichier, le contrôle qualité est un enjeu particulier. Le développement du contrôle automatique – conformité ou qualité – met en évidence le besoin impératif d’une terminologie commune et partagée par tout l’écosystème, ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

 

À quand la généralisation du PAD fichier ?

Les chaînes que nous avons rencontrées seront prêtes d’ici quelques semaines à quelques mois. L’effort encore à fournir porte sur les évolutions techniques proprement dites, sur les réglages et sur l’information et la pédagogie internes. Les chaînes procèdent à des tests d’interopérabilité en s’échangeant des golden files : fichiers de référence pour la conformité et fichiers présentant des erreurs intentionnelles.

Dans la continuité de leur effort d’harmonisation, une communication commune dans le cadre du HDForum, en interaction avec la Ficam, est probable.

Les spécifications du PAD fichier s’appuient sur des normes publiées et déjà exploitées. Leur appropriation est donc facilitée. Dans tous les cas, une certification par la chaîne est nécessaire. Canal+ puis NRJ ont déjà fourni un gros travail pédagogique. Il devra nécessairement être poursuivi pour atteindre tout l’écosystème, notamment les petits contributeurs. Albert Sellem (Canal+) en a fait l’expérience. Les 20% du nombre de fournisseurs qui représentent 80% des programmes entrants sont incomparablement plus facile à convertir efficacement que les 80% qui fournissent une faible quantité de programmes.

Pour chaque chaîne, l’ouverture ne peut qu’être progressive, par type de programmes et par fournisseur. Dans un monde idéal, pour Yves Davot, Président de la commission technique HDForum, « Si les menus des applications courantes offrent l’option “save as AS10 1.1 shim high_hd_2014”, la banalisation se produirait naturellement. » Il faudra cependant s’assurer que ces fonctionnalités continue de respecter les spécifications version après version, sans régression. 

 

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