
La plupart des organisations audiovisuelles , à commencer par la SACD et La Scam critiquent ouvertement et vivement le rapport Alloncle, qu’elles jugent dangereux pour l’audiovisuel public et la création…
Le rapport alloncLe En bref
- Volume : 80 recommandations pour l’avenir du secteur
- Stratégie : Réduction du périmètre de l’audiovisuel public
- Gouvernance : Réforme structurelle des instances de direction
- Économies : Baisse significative des financements
- Opérationnel : Réorganisation globale des chaînes du groupe France Télévisions
Pour la SACD, les conclusions du rapport s’inscrivent dans une logique destructrice … « un projet de démantèlement sans précédent et de ruine du service public audiovisuel », souligne son communiqué
Les préconisations de Charles Allondes dessineraient, selon la société d’auteurs, une réduction drastique du périmètre de l’audiovisuel public, tant dans ses missions que dans ses moyens. Parmi les mesures pointées : la suppression de France 4, la fusion de France 5 avec France 2, ainsi qu’une baisse budgétaire estimée à un milliard d’euros.
Selon la SACD, toutes ces orientations feraient de la création audiovisuelle et cinématographique « l’une des premières victimes » d’un plan qui fragiliserait un acteur jugé indispensable à l’émergence des œuvres et à la diversité culturelle.
Une remise en cause du rôle démocratique
Au-delà des enjeux de création, la SACD estime que le rapport touche à un pilier démocratique. Elle dénonce notamment trois orientations majeures :
- l’absence de réflexion stratégique sur les enjeux contemporains, notamment la jeunesse et le numérique
- une proposition de nomination des dirigeants de l’audiovisuel public par le président de la République
- une dynamique qui préparerait, selon elle, le terrain à une privatisation
Dans un contexte de mutation rapide du secteur — concurrence accrue des plateformes, évolution des usages, tensions économiques — la SACD appelle à une vision stratégique de long terme plutôt qu’à ce qu’elle qualifie de « faux débat ».
Vers une refonte drastique de France Télévisions
Le rapport de Charles Alloncle propose une restructuration profonde du paysage audiovisuel public. Parmi les 69 recommandations, on retient la volonté de supprimer France 4 et l’offre numérique France TV Slash.
Le projet vise également à rationaliser les antennes en fusionnant France 2 et France 5 au sein d’une unique entité généraliste, tout en regroupant Franceinfo TV et France 24 pour créer un pôle d’information unifié.
La Scam évoque pour sa part un « désarmement » stratégique
De son côté, la Scam adopte un ton tout aussi critique. Dans son communiqué, elle estime que « ce rapport ne vise pas à sauver le service public, il vise à le désarmer ».
L’organisation replace le débat dans un contexte international marqué par la désinformation et la fragmentation des audiences. Elle rappelle que la France est l’un des pays les plus exposés aux campagnes de désinformation et considère que l’affaiblissement de l’audiovisuel public constituerait une « faute stratégique majeure ».
La Scam critique également la méthode du rapport, estimant que celui-ci s’appuie sur des exemples jugés anecdotiques au regard des plus de 110 000 heures de programmes diffusées sur la période étudiée.
Un modèle à contre-courant des dynamiques européennes
L’organisation souligne par ailleurs un décalage avec les politiques menées ailleurs en Europe. Elle rappelle que les budgets de l’audiovisuel public atteignent environ 5,7 milliards d’euros pour la BBC et plus de 10 milliards pour les groupes publics allemands.
À l’inverse, avec un budget d’environ 4 milliards d’euros, la France ne sur-financerait pas son audiovisuel public mais le sous-financerait, selon la Scam.
Elle met également en avant les conclusions de la Cour des comptes, qui attribuent les fragilités financières de France Télévisions non pas à sa gestion, mais à des insuffisances de pilotage de l’État, notamment en matière d’engagements budgétaires.
Le cas France 5 au cœur des inquiétudes
Parmi les mesures les plus contestées figure la fusion envisagée de France 5 avec France 2.
La Scam rappelle que 38,6 % de la grille de France 5 est consacrée au documentaire et 32,2 % à des magazines d’information, de science ou de culture. Sa disparition représenterait, selon elle, une perte significative pour le pluralisme éditorial et pour l’ensemble de la filière documentaire.
France 5 assure à elle seule environ deux tiers de la programmation documentaire de France Télévisions, ce qui en fait un acteur structurant pour la création dans ce domaine.
Un angle mort sur les mutations du secteur
Autre critique majeure : l’absence, dans le rapport, de prise en compte des transformations en cours. La Scam souligne notamment :
- l’absence de réflexion sur la désinformation
- le rôle des plateformes mondiales dans la captation des audiences et des revenus
- l’impact de l’intelligence artificielle sur les modèles de production
- les enjeux de pérennité de la création française et européenne
Pour l’organisation, ces omissions fragilisent la portée stratégique du document.
Un enjeu qui dépasse le paysage audiovisuel
Au-delà des aspects économiques et industriels, la Scam insiste sur le rôle sociétal de l’audiovisuel public : financement du journalisme d’investigation, accès à une information vérifiée, diffusion d’événements culturels et sportifs, transmission de la connaissance. « L’audiovisuel public n’est pas un coût. C’est une infrastructure stratégique », affirme le communiqué de la Société Civile des Auteurs Multimédia
Une réforme contestée
Si le Parlement est légitime à interroger l’avenir de l’audiovisuel public, les deux organisations convergent sur un point : le rapport Alloncle, dans sa forme actuelle, ne constitue pas une base de réforme consensuelle.
Entre enjeux de financement, indépendance éditoriale et transformation des usages, le débat sur l’avenir du service public audiovisuel s’annonce désormais brûlant dans les mois à venir…







