Six questions à Stéphane Dery, fondateur de Get-Live 

Get-Live est la synthèse d’un parcours professionnel de plus de vingt ans menée dans le secteur du broadcast, du sport business et des nouvelles technologies. Stéphane Derhy a, au cours, de sa carrière professionnelle, approché toutes les facettes de l’industrie, notamment au sein d’une marque leader dans le domaine de la captation et plus récemment en intégrant un prestataire vidéo mobile et plateau, il y a de cela quatre ans.
Get LiveGet Live ©DR

 

« Le monde dans lequel nous évoluons ces dernières années voit le besoin d’images augmenter très fortement avec une démultiplication des canaux de diffusion. Pour faire face à cette inflation de la demande, il est nécessaire de faire preuve d’agilité. Dans ce cadre, la fusion des technologies de pointe avec des méthodes de travail innovantes peut être très utile. Cette approche m’a naturellement porté à créer la première société française entièrement dédiée à l’intégration et la distribution de caméras automatiques. », souligne Stéphane Dery en introduction de notre rencontre…

 

1/ La caméra automatique, qu’est-ce que c’est ?

Une caméra automatique permet de réaliser, à l’aide d’une caméra unique, une production complète avec ou sans opérateur. Le concept est simple, il reprend le principe des smartphones que nous connaissons tous. Sur nos téléphones actuels, la définition est suffisamment élevée pour pouvoir zoomer dans l’image, voire la recadrer sans perdre en qualité.

La caméra automatique 4 axes de Pixellot affiche une résolution 6K/8K avec un système de stitching interne. À cette caméra très haute définition est couplé un système à base d’intelligence artificielle à qui l’on a appris à réaliser une production via des milliers d’heures passées aux côtés de réalisateurs live. À partir de là, le logiciel va recadrer l’image en fonction des zones d’action du match, comme le ferait une équipe de tournage. La résolution de la caméra permet de conserver, malgré les zooms dans l’image, une qualité HD irréprochable.

 

2/ Pouvez-vous nous présenter Pixellot en quelques mots, son histoire et les raisons de son développement rapide ? 

Pixellot est une société high tech fondée à Tel-Aviv en 2014 par des passionnés d’image et, plus particulièrement, de sport. Le constat de départ est simple : aujourd’hui encore, seul 1% des compétitions sportives dans le monde fait l’objet d’une diffusion. La raison principale de ce faible taux est liée au coût d’accès à la production broadcast, intouchable pour les compétitions non-premium.

L’idée de Pixellot est de rendre visibles, via tous les supports, des millions d’heures de programmes qui autrement n’auraient jamais trouvé de public. Le système est extrêmement simple à mettre en œuvre, nécessite très peu de personnel et répond aux normes de qualité des plus grandes compétitions.

Le résultat ne s’est pas fait attendre, avec des chiffres inédits dans un domaine d’activité aussi récent : plus de 80 000 heures de programmes sportifs sont produits chaque mois via les solutions Pixellot dans le monde, 8 000 sites sont équipés de caméras et l’entreprise double son chiffre d’affaires chaque année depuis sa création.

Deux causes principales expliquent ce succès fulgurant. La qualité de fabrication des caméras qui constituent la pierre angulaire du système, bien sûr, mais aussi et surtout l’intégration d’une intelligence artificielle extrêmement perfectionnée permettant, non pas de suivre l’action, mais de l’anticiper. D’où une immersion beaucoup plus grande du spectateur, avec notamment le recours à des plans moyens et serrés proches d’une réalisation classique.

Enfin, Pixellot n’est pas qu’une solution d’automatisation de la captation : il est possible d’intégrer le logiciel sur des systèmes virtuels ou plus traditionnels (Vmix, Simply Live…) et de gérer un flux multicaméras en complétant le dispositif avec des tourelles, voire des cadreurs ENG. Cette spécificité unique ouvre la porte aux productions plus premium.

 

3/ Quels seront les enjeux à relever et les missions à mener au sein de Pixellot ?

La tâche est lourde car l’implantation des caméras automatiques au sein du marché français est encore très faible. Un véritable travail d’éducation reste donc à mener pour que ce mode de production soit intégré dans l’esprit des producteurs, réalisateurs et ayants-droit. L’offre Pixellot est large, avec des solutions allant du 25i au 50i, un ensemble de logiciels permettant de gérer des highlights, des statistiques, de manière automatisée. Récemment, Pixellot a même lancé un nouveau concept «Bring your own device » qui permet à son utilisateur de se servir de sa caméra personnelle, d’uploader sur le cloud Pixellot son fichier, et de récupérer quelque temps après un programme entièrement réalisé, intégrant même l’habillage et les meilleurs moments du match.

 

4/ Depuis quelques années, on parle de « technologies disruptives » dans la chaîne de production de contenus, surtout sur les étapes de traitement des contenus, de postproduction, de diffusion. Là, il s’agit de tournage. Quels sont ici les bénéfices de la technologie ?

Ils sont multiples. Financiers tout d’abord, car une captation automatisée permet d’obtenir un coût de production entre deux et quatre fois moindre par rapport à une production traditionnelle. Ensuite, cette technologie permet de démocratiser l’accès à l’image : un club, une ligue, une fédération, voire un diffuseur, peuvent installer à demeure ce type de solution et bénéficier d’une captation broadcast à distance de façon permanente. C’est pourquoi nous comptons parmi nos clients aussi bien de grands clubs, comme le Barça ou le Bayern, que de petites compétions semi-amateurs, en passant par des noms aussi prestigieux que Amazon, ESPN ou IMG Group.

 

5/ Pixellot a un ancrage fort dans le sport, d’autres secteurs et marchés de développement sont-ils envisagés ?

Bien entendu, la technologie sur le papier rend tout à fait possible l’utilisation de caméras automatiques sur des programmes de flux, voire du spectacle vivant. Tel n’est pas à ce jour la priorité de la marque, mais la demande est très importante. L’avenir nous réserve certainement quelques surprises…

 

6/ La crise sanitaire a impacté la production des contenus. La voyez-vous comme un catalyseur pour adopter de nouvelles méthodes ?

La crise sanitaire que malheureusement nous traversons est clairement un accélérateur d’adoption de ce type de technologies : le tournage peut être réalisé sans personnel sur site, avec une gestion pensée pour la remote-production et des systèmes intégrés de distribution de signal et de stockage. La production doit s’adapter à ce nouveau monde. L’accès aux solutions automatisées constitue une véritable opportunité pour nos clients et, je l’espère, pour Get-Live !