Sunny Side of the Doc 2017 – Retour sur une édition riche en échanges

La 28e édition des Rencontres professionnelles du documentaire a été marquée par une augmentation assez sensible du nombre de visiteurs et d’exposants. Elle a de nouveau permis de faire un tour d’horizon de la production française et internationale, mais aussi de saisir l’évolution des attentes des diffuseurs.*
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Les équipes d’Yves Jeannot, créateur du Sunny Side et commissaire général des marchés, ont le sourire aux lèvres au terme de la cérémonie de clôture qui dévoilait les palmarès 2017. En effet, selon les chiffres qui nous ont été communiqués, non moins de 2 100 professionnels issus de 60 pays se sont rendus à l’espace Encan de La Rochelle du 20 au 22 juin dernier.

« Ce qui est également à retenir, c’est le nombre de décideurs français et internationaux qui ont fait le déplacement. Ils étaient 350 », ajoute fièrement Yves Jeannot. Pour en finir avec les chiffres, notons également un nombre supérieur d’exposants par rapport aux années précédentes. Quelque 500 sociétés étaient représentées par l’intermédiaire de 113 stands.

Ces chiffres en disent long sur l’importance constante du documentaire pour la télévision et l’ensemble des outils digitaux, de la réalité augmentée et virtuelle. Cependant, ils ne doivent pas cacher la préoccupation du secteur quant au bon financement des productions.

L’augmentation du nombre d’exposants est aussi liée à l’apparition cette année d’un nouvel événement baptisé PiXii. Sur une surface de 400 m2, des dispositifs interactifs de réalité virtuelle, réalité augmentée et expériences immersives étaient proposés aux visiteurs.

 

L’histoire à l’honneur

Sujet très en vogue depuis quelques années déjà, le documentaire historique était cette fois encore mis en avant. Le genre ne cesse de se réinventer, en termes de réalisation, afin d’intéresser toujours un plus large public.

« La thématique Histoire, qui a pris une résonance toute particulière dans cette période troublée, a offert aux professionnels un éclairage bienvenu autour des enjeux de coproduction de séries de portée internationale et de l’usage des archives historiques », poursuit le patron du Sunny Side.

Si le docufiction apparaît moins présent, la série Apocalypse a, semble-t-il, fait entrer dans les mœurs la colorisation des images d’archives en noir en blanc (pour les productions qui en ont les moyens, bien entendu). Mais les films historiques, ce sont aussi des portraits de femmes et d’hommes qui ont marqué leur temps.

Un projet pitché a rencontré un vif succès dans plusieurs catégories de soutien. Il s’agit de The Rise and Fall of Bhutto, autour du destin de l’homme d’État pakistanais Zufikar Ali Bhutto, qui a obtenu notamment le prix du Meilleur Projet Histoire.

Outre les films, long et courts, proposés en projection ou chez les distributeurs, ce sont les chaînes qui ont exposé leurs politiques de coproduction et d’acquisition dans le domaine historique. En dehors des grands diffuseurs du genre que sont France Télévisions et Arte, une petite chaîne (appartenant au groupe TF1 tout de même) a attiré l’attention des participants du Sunny Side. La chaîne Histoire soufflait en effet ses 20 bougies.

 

Des « petites chaînes » aussi dans la boucle

Première à ouvrir le bal des présentations des prochains films diffusés sur ses antennes, France Télévisions a apporté un peu de positivisme à l’événement. En effet, le groupe a confirmé, à cette occasion, ses garanties d’investissements dans la filière (environ 101 millions d’euros), ainsi que les efforts portés sur les coproductions et préachats des réseaux régionaux.

Pour Canal+, Diego Bunuel (en charge des documentaires) est à son tour monté à la tribune de l’Auditorium Encan (avec la décontraction qu’on lui connaît) afin de présenter à nouveau la politique documentaire de la chaîne à péage. De nombreuses questions de producteurs ont porté sur la baisse de 20 % des apports Canal appliqués systématiquement aux productions documentaires.

« Il m’a été demandé par la direction de faire des efforts financiers sur nos budgets. Je suis conscient que cela n’est pas sans conséquence pour les producteurs. Sachez que nous étudions la possibilité de pallier cette baisse de budget par la participation plus active de nos équipes internes et de nos moyens techniques, en termes d’apports industries », rétorquait Bunuel.

Bien entendu, ce fût également le tour des présentations d’Arte ou encore des chaînes Planètes+. Le Sunny Side accueillait pour la deuxième année RMC Découverte qui cette fois avait elle aussi accès au grand auditorium.

RMC Découverte, lancée en 2012, est, selon Guénaëlle Troly, directrice générale adjointe de la chaîne : « en constante progression et toujours en construction ». Passée première chaîne, en termes de consommation de documentaires, devant France 5 en 2016, RMC Découverte projette d’investir davantage encore dans le genre qui fait son succès. La chaîne consacre d’ores et déjà 70 % de son chiffre d’affaires à la production inédite, ce qui a permis de proposer 234 heures de production l’an passé. 250 heures sont prévues pour 2017. 90 % de ces programmes proviennent de sociétés de production françaises, 9 % de la production européenne et 1 % de la production mondiale.

RMC Découverte a annoncé vouloir investir davantage dans les séries et collections documentaires, telles que Hors de contrôle, La France des mystères, ou encore Champs de bataille, déjà diffusés sur la chaîne.

Le groupe AB a marqué cette année par davantage de présence. AB semble aussi revoir ses ambitions à la hausse en termes de documentaires. Richard Maroko, président de AB Thématiques, et Marie de Maublanc, directrice des documentaires et des productions, ont explicité les moyens financiers mis à disposition par les différentes chaînes du groupe (Toute l’Histoire, Science & Vie TV, AB Moteurs…).

Enfin, notons, la présentation d’une nouvelle chaîne distribuée dans le bouquet basique de Canal. Museum TV, la chaîne de l’art visuel, qui se veut différente, est prête pour une diffusion 4K. Rachetée il y a quelques années par Bruno Lecluse (elle était baptisée alors Purscreen Museum), la chaîne fonde aujourd’hui de nouvelles ambitions autour du documentaire de création et d’innovation, avec une thématique dédiée à l’ensemble des arts visuels (peinture, photo, dessin, street art…).

 

Syndicats et sociétés d’auteurs sur le qui-vive

La Société des compositeurs et auteurs multimédia présentait, comme à l’accoutumée, le palmarès de ses étoiles qui viennent récompenser les meilleurs documentaires de l’année. La SCAM se félicitait également de la nouvelle case consacrée aux documentaires sur France 2. Les équipes de France Télévisions ont réitéré leur intention, dans le cadre de cet espace de création, de s’inscrire dans la lignée de la 25e heure, émission phare dans l’histoire de la chaîne. Selon les responsables éditoriaux, une place sera accordée aux documentaires innovants sur la forme et les sujets traités.

La société d’auteurs a aussi exprimé ses souhaits de relancer le débat et les négociations sur la chronologie des médias. Elle a également émis l’idée (qui va dans le sens actuel du gouvernement) de n’habiliter que les conseils d’administration des groupes publics à nommer leurs dirigeants, cela afin d’éliminer toute incursion politique.

Bien entendu, il a été question également de la réforme du CNC qui, rappelons-le, s’est mise en place dès 2014, en ce qui concerne, notamment, les attributions des aides automatiques du documentaire.

La réforme avait prévu le maintien du soutien, sous conditions, à des documentaires spécifiques définis comme « empruntant aux codes d’écriture du magazine et du reportage. » Dix-huit mois après la mise en œuvre de cette réforme, la définition de ce genre de documentaires demeurait encore trop imprécise, générant des incertitudes néfastes pour les professionnels concernés.

En juin 2016, Frédérique Bredin, présidente du CNC, avait confié une mission à Yves Jeanneau, Laurent Duret (Bachibouzouk) et Arnaud Hamelin (Sunset Presse). Les trois « experts » devaient donc s’attacher à proposer des critères simples, dont le premier d’entre eux semblait devoir être celui de la valeur ajoutée artistique et culturelle, permettant de marquer l’ambition de ces documentaires, et donc un éventuel soutien accru du CNC.

 

Le Syndicat des agences de presse audiovisuelles revendique quant à lui la poursuite de la « réforme des réformes » du CNC. L’organisation regroupe une cinquantaine d’agences de presse, de tailles et de contenus éditoriaux différents. C’est elle qui a fait appel au Conseil constitutionnel afin de finalement invalider la volonté du CNC de différencier les œuvres de création et les documentaires empruntant aux fameux codes du reportage et du magazine.

Depuis, le CNC a été obligé de revoir sa copie en ne distinguant plus les genres documentaires, mais en attribuant des coefficients de bonus tenant compte, par exemple, de l’encadrement de spécialistes pour les tournages historiques, de la masse salariale ou encore des temps de rémunération des réalisateurs.

« Pour le documentaire d’investigation, outre le travail du réalisateur, doit également être considéré celui des journalistes. En effet, les enquêtes longues et difficiles sont souvent menées en équipe avec des journalistes qui ne sont pas nécessairement les réalisateurs », affirme Arnaud Hamelin, président du Satev. Les revendications des agences de presse se poursuivent donc, non sans bruit…

 

Le Syndicat des producteurs indépendants se montre lui plutôt satisfait des améliorations concernant les réformes du CNC, mais continue à œuvrer afin de proposer d’autres aménagements. Emmanuel Priou, président du SPI (qui rassemble près de 430 producteurs), tirait tout de même la sonnette d’alarme sur le fait que la production de films a chuté de 10 % l’an passé, ce qui représente une baisse de 15 % sur deux ans.

Le SPI a annoncé poursuivre les discussions avec le CNC afin de limiter les effets néfastes de certains aspects de la réforme. Le syndicat a également listé un certain nombre d’enjeux qui lui semblent déterminants pour l’avenir du documentaire. Parmi eux, on retrouve la volonté de calquer le système de crédit d’impôt sur celui du cinéma, et surtout une réforme de la contribution à l’audiovisuel public.

« Le nouveau président de la République a annoncé souhaiter mettre fin à la taxe d’habitation (qui inclut la redevance sur les téléviseurs). Il faut en profiter pour remettre à plat son mode de fonctionnement. Dans l’esprit, nous aimerions que l’ensemble des contribuables participe, en fonction des niveaux de revenus de chacun, au financement de l’audiovisuel public. Avec ce mode de fonctionnement, le montant global augmenterait considérablement, tandis que 80 % des personnes aujourd’hui concernées (celles qui déclarent posséder un téléviseur) verraient leur contribution baisser largement », nous confiait un membre du bureau du SPI.

Enfin, lors de la présentation des chiffres de la saison passée, et des dernières modifications et ajustements de la réforme, le CNC est largement revenu sur ce que l’organisme appelle les « documentaires difficiles », à savoir ceux qui ne bénéficient souvent que d’un apport industrie d’un diffuseur, mais pas d’apport numéraire.

Anne Préchac, chef de service du soutien au documentaire au CNC, rappelait à ce propos que des efforts étaient consentis : « Pour toute production pour laquelle la part diffuseur est inférieure à 12 000 euros/heure, le passage en soutien automatique n’est plus possible. Une passerelle est cependant accessible pour une étude en commission sélective. Ces programmes ne génèrent pas non plus de compte de soutien automatique. Par contre, afin de faciliter au mieux le montage financier de ces programmes, le seuil maximum des aides publiques passe de 50 à 80 % du budget total. »

 

Produire en région

« L’augmentation d’investissement du groupe France Télévisions dans le documentaire va également profiter à l’ensemble des antennes régionales de France 3. Aujourd’hui, l’apport financier et industrie des stations correspond en moyenne à 10 400 euros par heure de programme. Notons que la qualité des documentaires coproduits en région a été mise en avant par l’attribution de 4 étoiles de la SCAM cette année », indique en préambule de son intervention Olivier Montels, directeur délégué de France 3, en charge du réseau régional.

Quelque 250 films documentaires sont produits chaque année par les antennes locales de FTV. Depuis la réforme territoriale (qui est intervenue quasiment en même temps que celle du CNC) les quatre pôles qui regroupaient 24 antennes se sont transformés en 13 directions de France 3 Régions. Cependant, l’orientation du troisième canal de FTV tendrait à laisser davantage d’espace aux régions, sans doute une bonne nouvelle pour certains.

Selon les sources fournies par la direction de France 3, plus de 55 % des producteurs qui collaborent avec les chaînes (nationale et locales cumulées) sont à demeure hors Ile-de-France. « Lorsque l’on parle de production en région, il ne faut pas uniquement penser aux antennes de France 3. Avec ma société, nous produisons majoritairement pour des chaînes nationales comme Arte ou d’autres », intervient au cours de la discussion un producteur implanté dans l’ouest de la France.

N’oublions pas que les conseils régionaux, qui distribuent beaucoup de moyens pour la production audiovisuelle, aiment également à soutenir des projets issus de professionnels « du coin ». Il y va, là également, de l’essor de l’activité locale.

Maintenant les chiffres restent parlants. Les dernières enquêtes montrent qu’en 2015, seuls 12 % des programmes produits pour le groupe France Télévisions le sont par des sociétés qui se situent hors Ile-de-France. Ce chiffre s’élève à 13 % pour Arte France. Les prochaines études sur le sujet permettront sans doute d’y voir plus clair sur le développement de la production en région.

 

Le Sunny Side à l’international

Pas moins de 40 producteurs canadiens étaient présents à La Rochelle ; parmi eux, de nombreux Québécois, déjà venus en nombre l’année passée. Mais l’édition 2017 du Sunny Side a également souligné le retour d’une délégation chinoise via un pavillon dédié. Après le succès d’Asian Side of the Doc à Bangkok en 2016, la Thaïlande a confirmé sa présence en Charente-Maritime grâce à une aide conjointe du ministère du Commerce et de l’Industrie et du Thailand Convention & Exhibition Bureau. L’annonce d’Asian Side of the Doc 2017 devrait donc renforcer les liens avec ce marché émergent.

 

La prochaine édition du Sunny Side of the Doc sur le sol français se tiendra, quant à elle, à nouveau à La Rochelle du 25 au 28 juin 2018. Les équipes d’Yves Jeannot sont déjà sur le pont.

 

* Article paru pour la première fois dans Mediakwest #23, p.102-104Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.


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