Avec l’Ursa Cine Immersive de Blackmagic Design, la fondation The Explorers expérimente une nouvelle façon de filmer les sites du patrimoine de l’UNESCO. Après une première série de tests dans les rues de Paris, les équipes ont investi le château de Chambord afin d’évaluer le potentiel de l’Apple Immersive pour documenter, préserver et transmettre les lieux inscrits au patrimoine mondial.
Documenter le monde en très haute définition, raconter la planète à hauteur d’exploration, rendre sensibles des lieux d’exception, depuis ses débuts, The Explorers poursuit un même objectif : celui d’un inventaire visuel du vivant, des territoires et des cultures. Avec l’arrivée de l’Apple Vision Pro et des formats Apple Immersive, cette ambition rencontre un nouveau terrain d’expression.
Pour son équipe composée d’explorateurs, de scientifiques, d’artistes et de professionnels des médias, l’enjeu n’est pas seulement technique. Le format incite à repenser la façon de mettre en récit un lieu avec un spectateur qui peut entrer dans l’image.
Pour expérimenter ce nouveau langage, The Explorers a choisi deux terrains très différents : Paris, dans son foisonnement urbain, puis le château de Chambord, site inscrit au patrimoine mondial de l’Unesco et monument majeur de la Renaissance française.
« Nous voulions tester l’Ursa Cine Immersive et son workflow dans des environnements distincts », explique Olivier Chiabodo, fondateur de The Explorers. « Paris en juin et juillet, puis Chambord en septembre dernier… Nous avons ainsi acquis une véritable expérience avant de passer à des projets plus importants. »
Paris, premier laboratoire de l’immersion
Le tournage parisien a été pensé comme une déambulation cinématographique. L’objectif n’était pas seulement de collecter des vues mais aussi de comprendre comment un spectateur équipé d’un casque habite une scène. Quels espaces supportent l’immersion ? Quels rythmes de mise en scène restent confortables ? Quels détails déclenchent une émotion nouvelle ?
L’équipe a privilégié des lieux riches en profondeur, en texture et en mouvement organique. Ici, le cadre immersif ne se contente pas de montrer, il installe une présence qui s’incarne aussi bien dans les monuments que dans les interstices du quotidien, dans la circulation des passants, dans la densité des rues ou dans la proximité des gestes.
Deux séquences ont particulièrement marqué les équipes : une montée en ascenseur à la tour Eiffel et le tournage dans la cuisine d’un chef triplement étoilé. Dans ces environnements très contraints, l’immersion relève d’une expérience inédite…
Le changement de perception représente l’un des apports majeurs du format… En 2D, la narration repose sur le cadre, le hors champ, la coupe. En immersif, le rapport au récit bascule. Le spectateur n’observe plus la scène depuis l’extérieur ; il y prend place.
« Après avoir visualisé les images immersives en Apple Vision Pro, nous avons découvert des émotions que nous n’avions jamais ressenties en 2D », confie Olivier Chiabodo. « Les formats traditionnels s’appuient sur le cadrage pour guider les spectateurs, tandis que le format immersif vous place directement au cœur de l’espace. Ce basculement change la manière dont vous ressentez l’histoire. »
Si Paris a servi de terrain d’essai, c’est à Chambord que cette première expérience a trouvé un prolongement plus structuré avec un dispositif de production plus ambitieux…
Un monument pensé comme une expérience

À Chambord, le sujet n’était plus la circulation d’un tissu urbain, mais la découverte d’un chef-d’œuvre architectural. Ici, l’espace imposait une autre écriture. Ce château n’est pas un décor parmi d’autres : il absorbe le regard, structure la perception, dicte le tempo…
« À Chambord, la contemplation vous saisit », résume Olivier Chiabodo. « Ce château est une star, nous avons donc envisagé une écriture capable d’accompagner cet espace sans le contraindre. Alors qu’à Paris, c’était le contraire, les rues étaient bondées, l’avant-plan était toujours chargé et c’est le mouvement naturel des gens et du trafic qui menait l’histoire. »
L’immersion ne se conçoit pas comme un filtre appliqué à un tournage classique, et ce déplacement de grammaire visuelle s’est avéré crucial.
À Chambord, la production devait en outre répondre à un double objectif : il s’agissait de produire une expérience immersive, tout en générant des contenus exploitables en format 2D.
Deux caméras, deux écritures, un même projet
Pour répondre à cette exigence hybride, The Explorers a tout simplement envisagé un tournage à deux caméras. L’équipe a capté les images immersives avec l’Ursa Cine Immersive, en parallèle d’un tournage classique avec l’Ursa Cine 12K LF.
« Nous avons produit deux formats, l’un pour l’Apple Vision Pro et l’autre pour constituer une banque d’images exploitables en documentaire, en exposition ou en communication », explique Olivier Chiabodo.
L’Ursa Cine Immersive a été utilisée au poing pour saisir des scènes pensées pour une restitution spatialisée. En parallèle, l’Ursa Cine 12K LF, équipée d’optiques 16 et 50 mm, a produit une image traditionnelle très définie, avec une grande latitude de recadrage en postproduction.
Cette approche complémentaire est particulièrement intéressante pour les lieux patrimoniaux… Un même tournage peut ainsi nourrir des expériences immersives sur site, des écrans de médiation, des films courts promotionnels ou des contenus broadcast.
Le placement de la caméra, enjeu clé de l’Apple Immersive
Pour Gregory Martoglio, directeur de la photographie, la première révolution de la prise de vues immersive concerne la place même de la caméra. En immersif, on ne choisit plus seulement un cadre. On choisit l’endroit exact où le spectateur va exister.
« J’ai essayé de choisir des positions où l’action passe naturellement devant la caméra et où le spectateur a le temps de comprendre l’espace. »
Cette approche a eu des conséquences directes sur le rythme du tournage. Il fallait éviter les panoramiques trop rapides, les déplacements agressifs, les ruptures de perception. Le confort de visionnage est devenu un paramètre de mise en scène à part entière…
« Il faut être prudent avec le mouvement », envisage Gregory Martoglio. « Si nous bougions, c’était avec un but précis et à une allure naturelle pour le corps. »
Autre enjeu de taille : la latitude d’exposition. La déambulation imposait de passer d’un intérieur historique à une cour extérieure, puis à une zone boisée. Les transitions de lieu s’accompagnaient de grandes variations lumineuses. Pour conserver une liberté de tournage sans sacrifier la souplesse de traitement, l’équipe s’est appuyée sur des préréglages et sur l’enregistrement en Blackmagic RAW 12 bits.
« Nous avons utilisé les modes de préréglages afin de pouvoir nous déplacer plus rapidement, tout en gardant la possibilité de corriger les transitions en postproduction plus tard », mentionne Gregory Martoglio.

Patrimoine, exposition, diffusion : des usages multiples
Dans la mesure où la captation de Chambord s’inscrit dans une logique de valorisation élargie du patrimoine, l’équipe a largement filmé les extérieurs, les cours et le parc, ainsi que les cerfs évoluant dans le domaine, afin de collecter des images adaptées à plusieurs supports et plusieurs usages.
The Explorers a ainsi pu livrer une vidéo Apple Immersive de quatre minutes pour un visionnage sur site, une boucle 12K de neuf minutes destinée aux écrans d’exposition, un montage promotionnel de deux minutes, ainsi que des archives pour des usages futurs.
Les masters immersifs ont été exportés en ProRes pour Apple et en Apple Immersive Video Utility (AIVU) pour une lecture directe sur appareil. En parallèle, des livrables standards ont été préparés en SDR, HDR et HD minimum, afin de garantir la plus grande souplesse de diffusion.
Une nouvelle voie pour la médiation patrimoniale
Pour des institutions culturelles, des sites classés ou des opérateurs de diffusion, l’intérêt d’une double production est évident. Un même projet peut nourrir à la fois une expérience sur casque, une exposition, un dispositif pédagogique et une diffusion plus conventionnelle. À condition, bien sûr, d’intégrer très tôt les contraintes des deux formats.
L’Apple Immersive ouvre ici une piste concrète pour la médiation culturelle et patrimoniale : faire ressentir l’épaisseur d’un espace, la matérialité d’un monument, la singularité d’une atmosphère…
À ce titre, l’Ursa Cine Immersive devient dans les mains de The Explorers, l’outil d’une écriture où l’image immersive cesse d’être gadget pour devenir langage. Et dans un lieu comme Chambord, cette promesse prend une résonance particulière : celle d’un patrimoine qui ne se contemple plus seulement, mais qui se traverse…
En outre, The Explorers démontre qu’une captation immersive peut alimenter simultanément plusieurs dispositifs : expériences sur casque, écrans monumentaux, expositions, documentaires, archives ou contenus promotionnels. Cette logique de production multi-livrables pourrait devenir un nouveau standard pour les musées, les sites UNESCO et les institutions patrimoniales qui souhaitent toucher des publics présents sur site comme à distance…
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #67, p.24-26