À Cannes, certains prix accompagnent la reconnaissance artistique. D’autres préparent déjà la rencontre avec le public. Le Prix à la Diffusion de la Fondation Gan appartient à cette deuxième famille car il soutient son distributeur français dans le travail décisif qui commence après le festival.
Cette année, la dotation de 20 000 euros revient à Pyramide Films pour La Deuxième Fille de Zou Jing, présenté parmi les sept films de la Compétition de la Semaine de la Critique. Ce choix confirme l’attention de la Fondation Gan aux œuvres dont la fragilité apparente cache une forte puissance de récit.
Le film suit une jeune Chinoise de ses 6 ans à ses 18 ans. Elle traverse trois familles, trois noms, trois existences possibles. Derrière ce parcours intime se dessine une question plus vaste, celle de l’appartenance lorsque l’enfance a été marquée par l’abandon, le déplacement et l’incertitude.
Hélène Auclaire, Déléguée générale de la Fondation Gan
Une trajectoire intime portée par un regard social
La Deuxième Fille semble avancer sur une ligne sensible. Le récit familial y rejoint une réalité sociale plus large, sans perdre de vue son personnage principal. C’est sans doute là que le film trouve sa force, dans cette capacité à faire tenir ensemble l’émotion d’une trajectoire individuelle et le portrait d’un pays.
Zou Jing revendique d’ailleurs une origine personnelle à cette histoire. La cinéaste explique avoir été inspirée par sa grand-mère paternelle, abandonnée peu après sa naissance en 1936, puis recueillie dans une autre famille. Ce point de départ donne au film une densité particulière. Il ne s’agit pas seulement d’imaginer une enfance blessée, mais de regarder ce que cette absence peut produire dans une vie entière.
Pour Pyramide Films, le prix intervient donc à un moment stratégique. Il apporte un soutien financier, mais aussi un signal éditorial. Dans un paysage de sorties très dense, ce type de distinction aide un film à exister au-delà de son passage cannois.
Pyramide Films accompagne une révélation
Le commentaire de Grégory Coutaut dans Le Polyester parle d’une « vague d’émotions » difficile à anticiper. Cela dit bien ce que ce type de film peut provoquer lorsqu’il trouve son rythme et son public. La Deuxième Fille ne semble pas chercher l’effet immédiat. Il avance plutôt par attachement progressif à une héroïne qui tente de reprendre possession de son histoire.
La Fondation Gan inscrit ainsi son prix dans un geste cohérent. Soutenir la diffusion, c’est reconnaître qu’un film ne se termine pas avec sa sélection. Il commence aussi dans les salles, dans la manière dont un distributeur le défend, le présente et lui donne le temps d’être découvert.