La production immersive pour l’Apple Vision Pro impose son lot d’exigences, du placement de la caméra à la gestion du rythme, du son spatial à la postproduction…
L’avis de la rédaction
Altitude101 documente progressivement l’émergence d’une véritable grammaire du récit immersif. Placement du spectateur, durée des plans, continuité spatiale, son directionnel ou gestion du mouvement : autant de paramètres qui pourraient devenir demain les équivalents des règles de montage et de mise en scène qui structurent aujourd’hui le cinéma traditionnel.
Si les technologies de captation immersives progressent rapidement, les règles de narration, de mise en scène et de montage restent en grande partie à inventer. C’est précisément ce chantier qu’explore Altitude101 à travers ses différentes productions et notamment il y a peu avec KICK, un film consacré à trois skieurs français partis dans les Alpes à la recherche du saut parfait pour réaliser un double backflip.
Tourné avec la Blackmagic URSA Cine Immersive dans le format Apple Immersive Video, le projet représente un laboratoire grandeur nature pour tester les mécanismes qui permettent réellement au spectateur de se sentir présent au cœur de l’action.
Une production immersive Apple Vision Pro encore en quête de standards
Pour Amaury Pierlot, cofondateur d’Altitude101, la situation actuelle rappelle les débuts d’autres médias audiovisuels.
La vidéo immersive dispose aujourd’hui d’outils performants, mais les conventions narratives restent largement à construire.
« La production immersive n’en est encore qu’à ses débuts », explique-t-il. « Nous voulons écrire les règles qui définiront ce média à l’avenir. »
Cette réflexion nourrit l’ensemble des projets du studio, qu’il s’agisse de Echoes of the Middle East, tourné dans des déserts, sous l’eau et en montagne, ou de KICK, consacré aux sports extrêmes.
Chaque tournage devient l’occasion de tester de nouvelles hypothèses sur la manière dont un spectateur perçoit l’espace, l’échelle et le mouvement dans un casque immersif.

Penser d’abord au spectateur
L’un des principaux enseignements tirés par Altitude101 concerne la position du spectateur.
Contrairement au cinéma traditionnel, où la caméra peut adopter une infinité de points de vue, l’immersion impose de réfléchir en permanence à la place occupée par celui qui regarde.
Pour KICK, Antoine Baille a ainsi appliqué une règle simple : considérer que le spectateur est assis et positionner la caméra à hauteur de ses yeux.
Dans les Alpes, cette approche s’est révélée particulièrement intéressante. En maintenant systématiquement l’horizon droit alors que les pentes étaient extrêmement inclinées, l’équipe a renforcé la perception de la verticalité et de l’altitude.
Le résultat permet au public de ressentir plus fortement les reliefs et l’immensité du paysage.
Le mouvement ne doit pas devenir une distraction
Autre sujet central : le mouvement… Dans un projet consacré au ski extrême, la tentation était grande de multiplier les déplacements de caméra. Pourtant, Altitude101 a choisi une approche mesurée.
Seuls 10 % environ des plans comportent des mouvements significatifs. Altitude101 s’est fixé l’objectif non de reproduire une sensation de caméra embarquée permanente mais d’utiliser le mouvement comme un outil narratif ponctuel capable de renforcer certains moments clés.
Au final, cette retenue contribue à préserver le confort visuel tout en augmentant l’impact des séquences les plus spectaculaires.
Cette réflexion nourrit un débat qui interroge l’industrie de la réalité mixte, à savoir, comment maintenir l’immersion sans provoquer de fatigue cognitive ou de désorientation ?
Le rythme devient un enjeu de mise en scène
L’un des aspects les plus intéressants du retour d’expérience d’Altitude101 sur la production immersive Apple Vision Pro concerne aussi le montage.
Dans les productions immersives, les règles héritées du cinéma classique fonctionnent rarement.
Les coupes rapides peuvent devenir problématiques puisque le spectateur a besoin de temps pour explorer son environnement et comprendre l’espace dans lequel il se trouve.
Pour KICK, la plupart des plans durent entre cinq et huit secondes. Ce choix offre suffisamment de temps pour observer l’environnement tout en conservant un rythme compatible avec un film sportif.
L’équipe a également développé une méthode spécifique de raccord destinée à guider naturellement le regard du spectateur. Lorsque l’action quitte le champ sur un côté de l’image, le plan suivant démarre dans la même zone afin de faciliter la continuité visuelle.

Le son spatial devient un outil narratif
Si l’image occupe naturellement une place centrale dans les discussions autour de l’Apple Vision Pro, Altitude101 rappelle que le son joue un rôle tout aussi important.
Le studio a travaillé avec un spécialiste du son spatial afin d’utiliser l’audio comme un véritable outil d’orientation.
Dans une expérience immersive, le son peut attirer l’attention vers un point précis de l’espace, accompagner un mouvement ou préparer une action hors champ.
Cette fonction devient particulièrement précieuse lorsque le spectateur dispose d’une grande liberté de regard.
Quand la production immersive rencontre les contraintes du terrain
Au-delà des questions créatives, le tournage de KICK a également mis en évidence plusieurs contraintes très concrètes.
L’une des plus importantes concernait la gestion des ombres.
Avec un champ de vision à 180 degrés et un environnement enneigé particulièrement réfléchissant, il était indispensable d’éviter que l’ombre de la caméra ou du trépied ne vienne perturber l’expérience immersive.
La gestion des données représentait un autre défi majeur.
Comme toutes les productions immersives haute résolution, KICK a généré des volumes considérables de fichiers. Chaque soir, les rushes étaient sauvegardés via un Blackmagic Media Dock relié en Ethernet 10G à un MacBook Pro et à une baie de stockage de 48 To avant d’être intégrés dans un workflow DaVinci Resolve.
La postproduction ne peut pas tout réparer
L’une des certitudes les plus fortes exprimées par Amaury Pierlot concerne le rôle de la postproduction…
Dans le cinéma traditionnel, certaines imperfections peuvent être corrigées après le tournage. En vidéo immersive, cette logique atteint rapidement ses limites.
« La règle du “on corrigera en post-production” ne s’applique pas », explique-t-il.
Cette réalité renforce l’importance de la préparation, du repérage et de la réflexion préalable sur la mise en scène. Plus que dans d’autres formats, la qualité de l’expérience finale dépend directement des décisions prises sur le terrain.

Un laboratoire pour le futur du cinéma immersif
Avec KICK, mais aussi Echoes of the Middle East ou son futur projet The Longest Day, consacré à la préparation d’un triathlète amateur, Altitude101 poursuit une démarche qui dépasse largement la simple production de contenus.
Le studio construit progressivement un langage audiovisuel spécifique aux casques immersifs et aux formats Apple Immersive Video.
À mesure que les dispositifs XR et les technologies immersives gagnent en maturité, les enseignements tirés de ces expérimentations pourraient contribuer à définir les standards narratifs de la prochaine génération d’expériences audiovisuelles.
| KICK — CHIFFRES ET CARACTÉRISTIQUES | |
|---|---|
| Captation & Format | Tournage réalisé avec la caméra Blackmagic URSA Cine Immersive au format Apple Immersive Video pour l’Apple Vision Pro. |
| Production & Contenu | Deux jours de tournage intensifs en haute montagne, mettant en scène trois skieurs français au cœur du récit. |
| Workflow post-production | Chaîne de traitement complète opérée sous DaVinci Resolve. |
| Sécurisation & Stockage | Sauvegarde centralisée via un système Blackmagic Media Dock adossé à une capacité de stockage de 48 To. |
| Diffusion | Disponible |