Le baromètre 2026 de La Scam consacré à la production documentaire met en évidence des relations plus apaisées entre auteurs et producteurs mais une transparence encore insuffisante…
Les relations auteurs-producteurs s’améliorent
Les relations auteurs producteurs documentaire apparaissent globalement plus apaisées qu’il y a deux ans. Selon l’enquête menée auprès de 826 auteurices ayant signé un contrat de production audiovisuelle depuis 2018, 69 % jugent leurs relations avec la production satisfaisantes ou excellentes.
Cette progression se retrouve également dans la collaboration créative. La part des répondants se déclarant satisfaits des échanges artistiques atteint 56 %, contre 46 % lors de la précédente édition du baromètre.
Les relations jugées excellentes progressent même sensiblement, passant de 15 % à 23 %. À l’inverse, les situations où les relations sont inexistantes reculent légèrement.
Pour La Scam, ces indicateurs témoignent d’une évolution positive des pratiques professionnelles, même si certains dispositifs mis en place ces dernières années restent encore insuffisamment connus.

Une rémunération toujours jugée insuffisante
Derrière cette amélioration du dialogue, les difficultés économiques persistent.
La rémunération médiane globale pour un documentaire de 52 minutes reste stable à 14 000 euros brut, exactement au même niveau qu’en 2024. En tenant compte de l’inflation, cette stabilité équivaut à une baisse du pouvoir d’achat des auteurs.
Le constat est sévère : 71 % des répondants estiment être sous-rémunérés.
L’enquête montre également que le temps consacré à l’écriture ou à la réalisation influence peu le niveau de rémunération obtenu. Plusieurs mois de travail supplémentaires ne se traduisent pas nécessairement par une valorisation financière plus importante.
Autre enseignement : les progrès observés sur la rémunération de l’écriture semblent s’être effectués à enveloppe constante, les augmentations accordées à certaines étapes étant compensées par des diminutions sur d’autres postes.

Les effets encore limités des accords professionnels
LaScam identifie néanmoins quelques avancées.
L’accord professionnel étendu en 2023 sur la rémunération minimale du dossier de présentation semble avoir produit des effets visibles. La proportion d’auteurices rémunérés moins de 1 000 euros pour cette étape passe de 42 % à 32 %.
Mais cette amélioration reste incomplète.
Le minimum prévu par l’accord est fixé à 2 000 euros sous certaines conditions de financement. Or les données recueillies suggèrent que cet accord ne serait toujours pas respecté dans au moins 20 % des situations observées.
Plus préoccupant encore : seuls 38 % des répondants déclarent connaître l’existence de cet accord.

La transparence reste le principal point noir
C’est probablement le résultat le plus marquant de cette édition 2026.
Concernant leur dernier contrat signé depuis 2023, 68 % des auteurices déclarent ne pas avoir reçu les comptes de production définitifs de leur film. Pourtant, cette transmission constitue une obligation légale pour les œuvres soutenues par le CNC.
La situation est encore plus préoccupante sur le long terme :
- 75 % des répondants affirment recevoir rarement ou jamais les comptes de production ;
- 65 % déclarent ne jamais recevoir les comptes d’exploitation ;
- 63 % n’ont pas accès au budget prévisionnel du film.
Pour LaScam, ces chiffres traduisent un déficit persistant de transparence économique dans la filière documentaire.
Des auteurs encore peu associés au suivi de leurs œuvres
Le baromètre met également en évidence une faiblesse dans le suivi des films après leur diffusion.
Seuls 28 % des auteurices ont reçu un retour du diffuseur concernant les performances de leur œuvre auprès du public. Lorsque ces informations sont communiquées, elles concernent principalement les audiences linéaires télévisées. Les données liées aux usages numériques restent très peu partagées.
Cette situation contraste avec l’évolution des modes de consommation des contenus et l’importance croissante des plateformes numériques dans l’économie audiovisuelle.
Un besoin de suivi plus structuré des engagements
Pour La Scam, ces résultats soulignent la nécessité de renforcer le suivi des accords professionnels signés ces dernières années avec les organisations de producteurs et les diffuseurs.
La progression de certains indicateurs montre que les négociations peuvent produire des effets concrets. Mais l’écart observé entre les textes signés et leur application sur le terrain plaide pour la mise en place d’outils de contrôle plus réguliers.
L’organisme estime ainsi qu’un véritable comité de suivi des accords professionnels pourrait contribuer à améliorer leur connaissance, leur appropriation et leur respect au sein de la filière documentaire.
En bref
Les principaux enseignements de l’enquête
69 % des auteurices satisfaits de leurs relations avec les producteurs, un indicateur qui traduit une amélioration des échanges au sein de la filière.
Malgré une rémunération médiane stable de 14 000 € pour un documentaire de 52 minutes, 71 % des répondants estiment être sous-rémunérés.
Les accords professionnels progressent mais restent insuffisamment connus : seuls 38 % des auteurices déclarent connaître l’accord signé en 2023.
La transparence demeure un point faible : 68 % n’ont pas reçu les comptes de production définitifs de leur dernier film et 65 % ne reçoivent jamais les comptes d’exploitation.
LaScam appelle à renforcer le suivi des accords professionnels afin de garantir leur application effective sur le terrain et d’améliorer durablement les conditions de travail des auteurices.