Un accord CANAL+ cinéma français signé le 27 juillet fixe un cadre d’investissement jusqu’en 2032. Applicable aux services CANAL+ et CINÉ+ OCS, il porte l’engagement financier du groupe à 980 millions d’euros sur cinq ans en faveur des œuvres françaises et européennes.
Sa durée constitue l’une de ses principales caractéristiques. Alors que l’accord précédent couvrait trois années, de 2025 à 2027, le nouveau texte engage le diffuseur et la filière sur cinq ans à compter de 2028. Une visibilité particulièrement recherchée dans une période marquée par l’évolution des usages, la fragmentation de la diffusion et les tensions qui entourent le financement de certaines catégories de films.
« En investissant un niveau historique de près d’un milliard d’euros, pour une durée inédite de cinq ans, nous sommes très fiers de réaffirmer notre soutien au 7e art, à sa puissance, à sa créativité et à sa diversité », déclare Maxime Saada, président du directoire de CANAL+.
Un engagement annuel moyen de 196 millions d’euros
Répartie sur cinq ans, l’enveloppe représente un engagement moyen de 196 millions d’euros par an. À titre de comparaison, le précédent accord prévoyait au minimum 480 millions d’euros entre 2025 et 2027, soit une moyenne annuelle de 160 millions d’euros.
La comparaison fait apparaître une progression de 22,5 % de l’engagement annuel moyen. Elle doit cependant être considérée avec prudence : le communiqué ne détaille ni la ventilation annuelle des 980 millions d’euros ni les mécanismes précis de calcul associés aux obligations des différents services.
Ce nouvel accord a été signé par CANAL+, le Bureau de liaison des industries cinématographiques — BLIC —, L’ARP et les premiers signataires issus du Bureau de liaison des organisations du cinéma — BLOC. Parmi eux figurent la Société des réalisatrices et réalisateurs de films, le Syndicat des producteurs indépendants, l’Union des producteurs de cinéma, les Distributeurs indépendants réunis européens, le Syndicat des distributeurs indépendants et AnimFrance.
Des garanties pour toutes les échelles de production
L’accord ne porte pas uniquement sur le volume global d’investissement. Les signataires y ont intégré des garanties destinées à répartir le soutien entre plusieurs segments de la création.
CANAL+ s’engage notamment à renforcer son accompagnement des nouveaux auteurs, des nouvelles écritures, des premiers films et des talents émergents. Le texte identifie également les films de la diversité et les œuvres d’animation parmi les catégories prioritaires.
Les films dits « du milieu » occupent une place particulière. Situées entre les productions à faible budget et les projets les plus coûteux destinés à un large public, ces œuvres sont régulièrement présentées comme indispensables à la diversité de la production et au renouvellement des talents. Elles restent pourtant exposées à un équilibre financier fragile, notamment lorsque leur potentiel commercial est plus difficile à anticiper.
À l’autre extrémité du spectre, l’accord prévoit aussi de soutenir les œuvres les plus ambitieuses destinées au grand public. Il cherche ainsi à couvrir différentes économies de production plutôt qu’à privilégier une seule catégorie de films.
La visibilité des œuvres au-delà du préfinancement
Les engagements qualitatifs annoncés concernent également l’exposition des films. Le communiqué ne fournit pas encore le détail des volumes, fenêtres ou modalités de mise en avant, mais affirme une volonté de renforcer la visibilité des œuvres et la diversité des cinématographies proposées aux abonnés.
Cet enjeu dépasse désormais la seule diffusion linéaire. Dans des catalogues numériques toujours plus étendus, la présence d’un film sur une plateforme ne garantit pas qu’il rencontre son public. Son éditorialisation, sa promotion et sa durée d’exposition deviennent donc des composantes importantes de la relation entre diffuseurs et ayants droit.
En associant CANAL+ et CINÉ+ OCS, l’accord couvre plusieurs espaces de programmation et de diffusion. Il doit permettre au groupe de continuer à proposer des films français, européens et internationaux six mois après leur sortie en salles.
La fenêtre de six mois reste stratégique
Cette diffusion à six mois découle de la place de CANAL+ dans le financement du cinéma et des équilibres établis par la chronologie des médias. Elle constitue un avantage éditorial important face aux plateformes soumises à des fenêtres plus tardives.
« Le meilleur du cinéma est sur CANAL+ dès six mois après sa sortie en salles et le restera encore pour de nombreuses années », affirme Maxime Saada.
Le nouvel accord ne règle toutefois pas à lui seul l’avenir de la chronologie des médias. Les signataires appellent à poursuivre les discussions avec l’ensemble des acteurs pour préserver un dispositif qu’ils considèrent comme essentiel au financement de la création.
Le sujet reste sensible : chaque modification des fenêtres de diffusion agit sur les positions respectives des salles, des éditeurs vidéo, des chaînes payantes, des diffuseurs en clair et des plateformes de vidéo à la demande.
Cinq années de visibilité pour la filière
Pour les producteurs, distributeurs, auteurs et réalisateurs, la durée de l’accord doit offrir une meilleure prévisibilité. Cette stabilité peut influer sur le développement des projets, les plans de financement et la capacité des sociétés à engager des œuvres dont la fabrication s’étend sur plusieurs années.
Le passage d’un accord triennal à un cadre quinquennal donne également davantage de visibilité aux organisations professionnelles. Il ne supprime ni les incertitudes économiques ni les difficultés propres à chaque film, mais fixe un socle d’investissement au-delà des fluctuations annuelles du marché.
Cette continuité participe aussi de la stratégie éditoriale de CANAL+, dont le cinéma constitue historiquement l’un des principaux marqueurs d’abonnement. En sécurisant sa relation avec la filière jusqu’en 2032, le groupe protège à la fois son accès rapide aux œuvres et la place du cinéma au sein de son offre.
Le texte signé le 27 juillet pose ainsi un cadre économique de long terme, mais aussi un principe : maintenir un lien direct entre le niveau d’investissement dans la création et la rapidité d’accès aux films. Dans un paysage où les modèles de diffusion continuent de se recomposer, cet équilibre restera au centre des prochaines négociations sur la chronologie des médias.
Le montant de 980 millions d’euros retient naturellement l’attention, mais la portée de cet accord réside aussi dans sa durée. En engageant les parties jusqu’en 2032, il offre une visibilité rare dans un secteur où le développement et le financement des œuvres s’inscrivent dans des cycles longs.