“l’IA peut garder les artistes au centre de la création”, soutient Aton Soumache… Depuis la création d’Onyx Films en 1996, le producteur a accompagné plusieurs bascules majeures de l’animation française.
Le passage au numérique, la 3D, la motion capture ou encore la CGI ont profondément transformé les méthodes de fabrication. Pour lui, l’IA s’inscrit dans cette continuité : une nouvelle rupture technologique qui oblige la filière à se réinventer, mais qui peut aussi lui redonner de l’agilité.
De la CGI à l’intelligence artificielle, il défend une ligne constante : adopter les outils pour servir les histoires, accélérer la fabrication et ouvrir de nouvelles possibilités créatives, sans déplacer les artistes du centre du processus…
En bref
L’IA, une rupture de plus dans une industrie habituée à se réinventer
Pour Aton Soumache, l’animation n’a jamais cessé d’absorber de nouvelles technologies. La question n’est donc pas de sanctuariser les anciens workflows, mais de comprendre ce que les nouveaux outils peuvent réellement apporter aux créateurs.
L’enjeu se déplace : si l’IA permet de rendre la fabrication plus rapide, plus itérative et moins lourde, elle peut élargir le champ des possibles. Mais pour le producteur, sa valeur ne se mesurera qu’à une condition : continuer à placer les artistes, l’émotion et la qualité des histoires au centre des projets.
Trente ans d’innovation au service des histoires
Aton Soumache situe d’abord l’IA dans une histoire technologique beaucoup plus longue. Lorsqu’il est entré dans l’industrie de l’animation, au milieu des années 1990, l’animation basculait progressivement vers de nouveaux outils numériques avec, comme ambassadeur de l’image de synthèse, le film Toy Story…
Photoshop, 3D, motion capture, CGI : à chaque étape, les technologies ont toujours modifié les gestes et les workflows. Mais le producteur insiste sur un point : il n’a jamais abordé l’innovation comme une fin en soi. IL s’approprie les outils disponibles, puis les mettre au service d’histoires, de talents et de projets capables de voyager à l’international.
Cette logique traverse sa filmographie, de Renaissance, film réalisé avec la motion capture, jusqu’à Miraculous. Pour Aton Soumache, le fil rouge reste le même : ambition, innovation, émotion et prise de risque.
Avec l’IA, accélérer la fabrication sans déplacer les artistes
Face à l’arrivée de l’intelligence artificielle générative, Aton Soumache adopte une position résolument pragmatique. Les producteurs et artistes de l’animation sont, selon lui, particulièrement bien placés pour comprendre cette nouvelle vague, précisément parce qu’ils travaillent depuis longtemps avec des images fabriquées par ordinateur.
Les inquiétudes existent. Les écoles devront évoluer, les métiers se transformer et les talents apprendre de nouveaux gestes. Cependant, il voit aussi dans l’IA une réponse possible à une faiblesse historique du secteur : la lenteur et la lourdeur de fabrication.
Des outils plus rapides et plus itératifs pourraient permettre de tester davantage, de raccourcir certains cycles et de libérer du temps pour la création. Sa ligne rouge reste néanmoins claire : l’intérêt de ces technologies disparaît si les artistes ne restent pas au centre du processus créatif. Une belle image ne suffit pas. Au bout de la chaîne, le public juge toujours une histoire, des personnages et une émotion.
L’IA peut-elle renforcer l’identité de l’animation française ?
L’entretien aborde également la question de l’exception culturelle et de la souveraineté. Pour Aton Soumache, chaque nouvelle technologie apporte sa part d’opportunités mais aussi de risques.
Pourtant, il refuse de considérer les outils mondialisés comme nécessairement incompatibles avec une identité française forte…
Il s’appuie sur trente ans d’évolution du secteur… Dans les années 1990, peu de studios français produisaient des séries capables de toucher un public mondial. Or les outils numériques ont permis à de nombreux talents français d’exprimer une identité singulière en s’exportant à l’international.
Miraculous est un exemple emblématique : un univers créé en France et porté par des talents français, qui a trouvé une audience mondiale… De la même manière, il estime que l’IA peut être détournée, appropriée et travaillée par les créateurs français pour inventer des images, des formats et des récits qui ne ressembleront pas à ceux des autres marchés.
Magical Society : retrouver l’agilité de la création artisanale
Cette recherche d’agilité explique aussi la nouvelle étape engagée avec Magical Society. Après avoir développé puis cédé son groupe à Mediawan, Aton Soumache est aujourd’hui président d’honneur de Mediawan Kids & Family. Avec Magical Society, il a retrouvé une forme de création plus artisanale et plus légère.
En s’entourant d’ artistes comme Joann Sfar ou Sylvain Chomet, il s’accompagne de talent au sein d’une structure capable d’expérimenter rapidement et de se réinventer au gré des projets. L’arrivée de l’IA renforcera, souligne-t-il son agilité…
Pour ce producteur qui a traversé plusieurs révolutions technologiques, le désir de raconter de belles histoires avec des talents singuliers sera toujours bel et bien la priorité !
Cette interview a été réalisée à l’occasion du SATIS 2025.