Après trois journées à Amsterdam, Mickaël Casse retient surtout une impression : le broadcast est toujours en pleine transformation. Les grands standards se stabilisent, le logiciel gagne du terrain et l’intelligence artificielle quitte progressivement le registre de la démonstration pour entrer dans les opérations.
Mais il n’existe pas de modèle unique… Au contraire, l’IBC 2026 dessine un paysage plus hybride, où les diffuseurs arbitrent entre IP, software-defined, cloud, satellite et infrastructures traditionnelles selon leurs besoins, leurs coûts et leurs contraintes de souveraineté.
L’IBC 2026 confirme un broadcast de plus en plus hybride
Pour Mickaël Casse, le salon ne consacre pas une technologie unique mais la coexistence de plusieurs modèles : ST 2110, production logicielle, cloud, satellite, 5G ou encore agents IA.
Le vrai changement se joue désormais dans la capacité à orchestrer ces briques et à choisir, pour chaque usage, le bon compromis entre performance, coût, flexibilité et souveraineté.
Le ST 2110 arrive à maturité, le software-defined accélère
Premier constat : après une décennie de déploiements, le ST 2110 a gagné en maturité. Les offres se sont diversifiées et ne se limitent plus aux infrastructures les plus lourdes. Selon Mickaël Casse, des solutions plus abordables permettent désormais à des profils très différents d’envisager une migration IP.
Dans le même temps, l’étape suivante se précise avec les architectures software-defined. Mickaël Casse met notamment en avant le Dynamic Media Facility (DMF), porté par l’EBU et l’AMWA, et MXL – Media eXchange Layer. Le principe consiste à faire communiquer les applications médias directement dans l’environnement informatique, afin de rendre les infrastructures plus flexibles et plus dynamiques.
Cette logique permet d’adapter les ressources au besoin réel de chaque production : augmenter ou réduire la capacité de calcul, faire évoluer les fonctions et éviter de dimensionner systématiquement les systèmes pour le cas le plus exigeant. Dans cette perspective, le software-defined devient aussi un levier d’agilité économique et environnementale.
Distribution : vers des architectures de plus en plus hybrides
Deuxième mouvement observé à Amsterdam : la distribution ne repose plus sur une seule technologie. Le satellite traditionnel conserve ses atouts en matière de robustesse, mais son coût pousse les acteurs à étudier des combinaisons plus souples.
Satellite en orbite basse, IP, 5G et, à terme, 6G peuvent désormais être associés selon les besoins. Mickaël Casse cite notamment la présence d’AWS Leo à l’IBC comme un signe de l’intérêt croissant de l’industrie pour les constellations LEO.
L’objectif n’est donc pas nécessairement de remplacer le satellite, mais d’ajuster les moyens de contribution et de distribution à chaque situation. Là encore, le modèle devient hybride : plusieurs technologies coexistent et peuvent être combinées en fonction du niveau de service, du budget ou de la localisation.
De l’orchestration aux “unified operations”
Cette multiplication des briques rend l’orchestration de plus en plus stratégique. Longtemps associée au ST 2110, elle s’étend désormais au streaming, au cloud, à la distribution et à l’intelligence artificielle.
Mickaël Casse note d’ailleurs un glissement du vocabulaire vers les “unified operations”. L’idée : disposer d’une interface commune réunissant les tableaux de bord techniques, mais aussi les indicateurs économiques, financiers et cloud.
Cette évolution transforme le rôle de l’orchestration. Il ne s’agit plus uniquement de router des flux ou d’affecter des ressources, mais de piloter une infrastructure en arbitrant simultanément disponibilité, qualité et coût.
L’IA passe du prototype à des usages plus opérationnels
Sur l’intelligence artificielle, le contraste avec l’IBC 2025 est particulièrement visible. Les démonstrations ne se limitent plus au speech-to-text ou à l’analyse de texte. Mickaël Casse observe désormais des agents capables d’automatiser des tâches et d’interagir directement avec certaines fonctions des systèmes broadcast.
Sur plusieurs stands, ces dispositifs prennent la forme d’assistants virtuels ou d’“ingénieurs broadcast virtuels”. Via des interfaces conversationnelles, ils peuvent renseigner sur l’état d’une infrastructure ou déclencher certaines opérations.
Toutefois, l’industrialisation reste incomplète. Les agents demeurent souvent cantonnés à l’écosystème d’un seul éditeur. La prochaine étape consistera donc à faire communiquer plusieurs applications et surtout à standardiser la manière de leur fournir du contexte. Sans ce contexte, rappelle Mickaël Casse, l’IA perd rapidement en pertinence.
Compute, cloud et souveraineté : les arbitrages deviennent stratégiques
À mesure que les fonctions deviennent logicielles et que l’IA progresse, une nouvelle série de questions s’impose : quel modèle utiliser, sur quelle infrastructure le faire tourner et où héberger les données ?
Mickaël Casse relève ainsi la présence d’acteurs comme Oracle, STACKIT ou Scaleway, signe que les enjeux de compute et de souveraineté prennent une place croissante dans les discussions broadcast.
Le choix du cloud ne relève donc plus uniquement de la technique. Il engage également le modèle économique, la maîtrise des données et la capacité à ajuster les ressources en fonction des besoins. Pour lui, l’orchestration devra à terme intégrer ces paramètres afin de trouver en permanence le bon équilibre entre coût et qualité.
En définitive, le débrief de l’IBC 2026 ne dessine pas une rupture unique. Il montre plutôt une transformation progressive, par étapes, dans laquelle chaque acteur devra composer son propre équilibre entre infrastructures traditionnelles, IP, logiciel, cloud et intelligence artificielle.
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Cette interview a été réalisée à Amsterdam à l’occasion de l’IBC 2026.