Le 1er septembre 2025, le CNC a mis en place le dispositif « prime RSE+ » qui a pour vocation d’inciter les producteurs d’œuvres de fiction en prise de vue réelle à se tourner vers l’écoproduction.
Cette prime, d’une valeur de 28 000 euros, peut être obtenue si la production respecte les vingt-six consignes du référentiel AFNOR SPEC 2308 (mode d’emploi national pour une production responsable) parmi lesquelles figurent, par exemple, des actions autour du respect du bien-être animal, de la biodiversité ou encore la sobriété numérique, la gestion des déplacements et des déchets.
« Le climat actuel de la production audiovisuelle est très tendu. Les budgets diminuent. Alors, les productions cherchent le plus de financements possibles. Cette prime de 28 000 euros n’est absolument pas négligeable pour elles », analyse Gwladys Bouillin-Pacheco, coordinatrice d’écoproduction.
Sauf que pour changer l’écosystème audiovisuel, cette prime RSE+ (dont le dispositif n’a, par ailleurs, été approuvé que pour trois ans) ne suffit pas. Il faut également faire évoluer les mentalités…
Fédérer autour de l’écoproduction
Lors d’une table ronde au SATIS 2025, « Ecologie et sobriété numérique, quelles solutions pour les médias locaux ? », Pervenche Beurier, présidente d’Ecoprod, avait commencé son intervention en rappelant : « Le maître mot est de fédérer autour de la cause écologique. Cette transition ne peut pas se faire seule. Voilà pourquoi il est nécessaire de regrouper, de sensibiliser tous les métiers de l’audiovisuel et aussi de leur donner les clefs pour agir ».
Cette conviction est d’ailleurs partagée par Alison Begon, présidente et fondatrice d’A Better Prod, une société de conseil spécialisée en éco-socio-responsabilité dans le secteur de l’audiovisuel : « Cette démarche se doit d’être collective. Chez A Better Prod, nous mettons d’abord l’accent sur la sensibilisation et la formation des équipes.
Nous avons d’ailleurs tout un parcours qui leur est dédié. » Une étape fondamentale, selon elle, si on veut faire bouger les lignes : « Si vous vous adressez à un grand groupe, pour une émission télévisuelle, par exemple, il faut avoir à l’esprit que leurs systèmes sont déjà bien rodés depuis de nombreuses années. Cela demande du temps et de l’investissement pour modifier leurs processus de production. Alors, si le personnel n’est pas sensible à la cause écologique, cela ne peut pas fonctionner. »
La présidente d’A Better Prod rappelle également qu’outre la prime RSE+, cet engagement peut avoir d’autres bénéfices pour les productions. «
C’est important qu’ils sachent que cela peut leur rapporter, pas seulement de l’argent, mais aussi de la visibilité et de la crédibilité. Prenons l’exemple d’une publicité. Si nous l’accompagnons pour qu’elle puisse bénéficier du label Ecoprod [créé il y a deux ans, ce label certifie qu’une œuvre de cinéma, audiovisuelle ou publicitaire a été produite de manière écoresponsable, ndlr], elle pourra aussi communiquer là-dessus sans être taxée de greenwashing. C’est un bénéfice autant pour la production elle-même que pour la marque qu’elle promeut. »
Coordinateur et coordinatrice d’écoproduction : un métier à (re)connaître
Pour fédérer et accompagner les différents métiers d’une production autour de la cause écologique, un métier est devenu essentiel ces dernières années : les coordinateurs et coordinatrices d’écoproduction.
« Nous sommes là pour établir toute la stratégie environnementale d’un projet. Au départ, on me donne un plan de travail, un scénario, et nous identifions les grandes problématiques avant de mettre en place des actions afin de réduire l’impact, le tout en respectant les exigences des directeurs de la production et les besoins des différents corps de métiers », définit Gwladys Bouillin-Pacheco qui exerce cette fonction depuis deux ans.
Ce métier, encore neuf, n’est pas à confondre avec celui d’éco-référent. « Les premières personnes à se préoccuper de ces problématiques étaient les régisseurs. Il y a donc eu des éco-régisseurs, dotés d’une véritable formation pour devenir “éco-référent” mais ceci est une fonction qui s’exerce souvent en plus d’un autre métier sur le plateau.
Être coordinateur ou coordinatrice d’écoproduction, c’est établir une stratégie à partir d’une vision d’ensemble. C’est un métier à temps plein qui nécessite une connaissance fine des enjeux environnementaux dans l’ensemble des corps de métier », explique Gwladys Bouillin-Pacheco.
Elle a par ailleurs cofondé l’association ACCEPTE qui permet aux coordinateurs d’écoproduction d’échanger sur leurs bonnes pratiques, tout en discutant avec les institutions pour faire entrer ce nouveau métier dans les conventions collectives.
Cette démarche semble sur une bonne voie, puisque la CPNEF a établi une fiche métier en 2025, en vue d’une future certification.
Une reconnaissance nécessaire pour un métier de plus en plus sollicité, notamment depuis l’obligation de présenter un bilan carbone dans les dossiers de demande d’aide au CNC (1er janvier 2024) : « Nous nous sommes retrouvés avec des productions qui dépendaient de ces aides mais qui n’avaient jamais fait de bilan carbone et qui ne savaient pas comment s’y prendre. Nous avons alors reçu beaucoup de demandes d’accompagnement. Et tout s’est accéléré avec la prime RSE+ », raconte Gwladys Bouillin-Pacheco.
La « lecture environnementale des scénarios »
Mais concrètement, comment réduire le bilan carbone d’une production ? Cela commence par la « lecture environnementale des scénarios » définie par Ecoprod comme le « dépouillement du scénario avec des “lunettes vertes”, [pour] repérer les principaux points d’impact potentiels d’un projet.
En adoptant cette approche en amont, il devient possible d’anticiper les enjeux liés à l’écoproduction et d’engager, dès les premières étapes, une réflexion partagée autour de solutions de mise en œuvre plus responsables ».
Outre le fait de rappeler que la question écologique doit être abordée le plus tôt possible dans les productions pour être traitée efficacement (d’où la nécessité d’intégrer en amont les coordinateurs d’écoproduction dans le processus), cette définition pointe aussi la diversité des points d’impact.

En premier lieu, il y a le déplacement du matériel et des équipes qui représente 32 % des émissions de carbone d’une production audiovisuelle selon Ecoprod (étude 2024).
Gwladys Bouillin-Pacheco y a été confrontée sur le tournage du film de Philippe Lacheau, Marsupilami (2026), accompagné par A Better Prod, qui a été tourné dans trois pays (Thaïlande, France, Grèce). « Il a fallu choisir des équipes sur place pour les différents lieux de tournage afin d’éviter de déplacer l’entièreté du personnel entre les pays », explique-t-elle.
Sauf que dans cette statistique, il n’y a pas seulement le transport des personnes qui compte, comme le rappelle Alison Begon d’A Better Prod : « Certaines productions font beaucoup voyager leurs décors.
Nous avons accompagné une émission de télé qui avait fait construire son décor au Portugal et à la fin de chaque saison, ledit décor repartait au Portugal avant de revenir pour la suivante. Nous les avons aidés à trouver une solution pour le stocker de façon plus durable et éviter tous ces déplacements. »
Un autre grand point d’impact est celui des moyens techniques (14 % des émissions carbone). « Sur les tournages, beaucoup sont déjà passés à la LED depuis un bout de temps.
C’est une bonne chose. Mais il reste un sujet sur les groupes électrogènes. Comment pouvons-nous alimenter un tournage sans groupe électrogène thermique ? Heureusement, nous constatons l’apparition de nouveaux prestataires qui offrent des alternatives », rapporte Alison Begon. Dans cette optique, A Better Prod a établi un partenariat avec Pawa Energy, par exemple, qui propose des solutions énergétiques mobiles et décarbonées.
Le nerf de la guerre : la gestion des décors
Pour Gwladys Bouillin-Pacheco, un grand point de la « lecture environnementale du scénario » consiste à porter une attention particulière à la gestion des décors (environ 20 % des émissions carbone en comptant les costumes). Bien évidemment, les problématiques ne sont pas les mêmes en fonction des productions.
« Quand on prépare le tournage d’un unitaire, on se demande vraiment si la construction d’un décor est nécessaire puisqu’il ne pourra pas être réutilisé par une suite. Ou alors, il faut immédiatement se demander comment il pourra être recyclé ou modifié pour être réemployé ailleurs. Sur une série en revanche, on pense au stock. D’une saison à l’autre, nous nous demandons ce que nous devons garder, construire ou recycler. »
Gwladys a notamment fait l’expérience de cette problématique sur la quatrième saison d’une série à succès de Netflix. « Nous avons immédiatement regardé ce qui pouvait être récupéré des saisons précédentes pour éviter de construire inutilement et j’ai pris contact avec les associations pour dresser l’inventaire de ce qui pourrait être récupéré après le tournage. »
Et les studios XR ne peuvent-ils pas être d’une grande aide, que ce soit pour limiter les déplacements des équipes et éviter la construction des décors ?
« Nous ne sommes pas en capacité d’y répondre et ce pour plusieurs raisons. Nous n’avons pas encore tous les chiffres, que ce soit sur la consommation de ces studios ou sur le stockage de leurs datas », répond Gwladys Bouillin-Pacheco qui rappelle également que chaque projet est unique et nécessite ses propres solutions.
« Il faut connaître l’entièreté d’un projet pour savoir où se situent les biais d’inversion. Par exemple, parfois, prendre la décision de tourner dans un décor naturel n’est pas la plus écologique contrairement à ce qu’on pourrait penser
. Pourquoi ? Car ledit décor peut demander alors plus d’énergie pour être éclairé, plus de déplacements de la part des équipes. Alors qu’un décor construit en studio, s’il est utilisé longtemps, peut être amorti. De même, est-ce que choisir un vieux HMI est moins écologique que d’utiliser de la LED si cette LED est fragile et doit être changée régulièrement ? Ces questions-là se posent à chaque fois, et il n’y a pas de réponse universelle ou de solution miracle. » Pour les guider dans ce choix, Ecoprod a par ailleurs publié une fiche technique « Lumière » sur ces questions.

Zoom sur La Ressourcerie du cinéma
À Montreuil se trouve un lieu essentiel pour les chefs décorateurs souhaitant participer à l’écoproduction : La Ressourcerie du cinéma. Créée en 2021, cette association à but non lucratif récupère les décors des séries et des films afin de leur donner une seconde vie, notamment en permettant à d’autres productions de les louer.
« Quand nous avons commencé, nous étions vraiment attendus. Les chefs décorateurs s’étaient bien rendu compte du problème », explique Karine de Polignac, cofondatrice de La Ressourcerie du cinéma. Résultat : seulement trois ans après son ouverture, leurs locaux étaient presque pleins. À présent, l’enjeu pour La Ressourcerie est de choisir les matériaux et décors qu’elle récupère afin de maximiser leur réemploi et leur remise en circulation. Sauf que pour cela, il faut discuter très en amont avec les productions qui souhaitent donner leurs décors…
« Nous sommes bien connus et identifiés mais cela ne suffit pas. Les productions devraient prendre contact avec nous pendant la préproduction et non pas au début du tournage. I
l faut que nous puissions aller sur place, dans les ateliers, et voir ce qui est réemployable ou modifiable, ou encore ce que nous devons envoyer en recyclerie. Avec de vraies discussions, le nombre de déchets diminue considérablement. Après cela, nous délivrons un bon qui permet à la production de justifier du réemploi de ses matériaux, auprès d’Ecoprod par exemple », détaille Karine de Polignac.
La mauvaise gestion des déchets d’une production peut aussi être liée à la gestion de son budget. « Le budget déchet n’est pas forcément apparent ou pris en compte, même si sur ce sujet, les productions s’améliorent. Certaines d’entre elles, les séries par exemple, peuvent cumuler leurs décors pendant des années avant de se retrouver à devoir tout évacuer.
Même si nos prix ne sont pas élevés comme nous sommes une société à but non lucratif, nous ne pouvons pas nous permettre d’offrir ce service sans être payé puisque nous payons un loyer assez élevé pour notre entrepôt.
De même, les productions doivent avoir à l’esprit que sélectionner les bons matériaux, penser à la deuxième vie des décors, cela prend du temps. Par conséquent, ils doivent accompagner les décorateurs pour qu’ils aient le temps et les ressources disponibles pour faire le nécessaire », rappelle Karine de Polignac.

En ce qui concerne les critères de sélection de La Ressourcerie du cinéma, ceux-ci sont assez variés. « Nous pouvons récupérer des stocks entiers de série, qui vont de la petite cuillère jusqu’à la feuille décor, ou encore 200 kilos de tombes. C’est arrivé ! Il y a aussi le mobilier que nous récupérons et que nous faisons circuler auprès des ressourceries ménagères », énumère Karine de Polignac.
En effet, le travail de La Ressourcerie est aussi un travail de coordination, qui se fait en réseau. Membre du RESSAC (Réseau des ressourceries artistiques et culturelles) et en partenariat avec Artstock (ressourcerie culturelle et historique implantée en Occitanie et en Île-de-France), elle s’applique à partager son fonds avec d’autres ressourceries partout en France. « Ce qui profite au cinéma peut aussi profiter au théâtre, à l’événementiel, à la pub et même au BTP, pourquoi pas ! Cette mise en réseau pour éviter l’achat systématique du neuf est vraiment ce pourquoi nous œuvrons depuis cinq ans. »
Une autre initiative de La Ressourcerie augmente d’ailleurs la circulation des décors entre les différentes productions audiovisuelles et les industries culturelles : la location de la « feuille décor répertoire ».
« Cela se faisait dans les années 1970, et nous avons décidé de le remettre au goût du jour. Le but est de récupérer les feuilles décors après les tournages pour qu’elles soient modifiées, traitées et réemployées. Cela implique de choisir les bons matériaux à la construction, d’imaginer des éléments qui peuvent être amovibles, etc. Aujourd’hui, nous en avons 300 mises à disposition et cela fonctionne plutôt bien. »

Cette initiative ne pourrait pas avoir lieu sans l’investissement des chefs décorateurs des différentes productions.
« Pour la série Canal+ Marie-Antoinette, nous avons pu faire du repérage très en amont et ainsi préparer les feuilles décors au réemploi. Plusieurs d’entre elles sont ensuite parties au Havre pour un événement culturel », raconte Karine de Polignac.
Cependant, il faut rappeler que La Ressourcerie ne prend pas en charge les costumes, qui représentent également une grande partie des déchets. Pour ce type de demandes, les producteurs en Île-de-France peuvent se tourner vers Artstock et le Collectif Costume.
Créer de nouveaux récits
Penser écologiquement l’audiovisuel, ce n’est pas seulement intégrer les problématiques écologiques à la production et à la postproduction. Cela peut aussi être d’accompagner le changement dans son ensemble, c’est-à-dire de fournir au spectateur des récits qui l’inciteront à adopter une conduite plus écologique.
Réfléchir aux représentations et à ce qu’elles induisent fait aussi partie de la « lecture environnementale des scénarios » effectuée par les coordinateurs et coordinatrices d’écoproduction.
Gwladys Bouillin-Pacheco l’explique : « Il faut bien avoir à l’esprit que les images que nous regardons influencent notre comportement. Par exemple, après la sortie des Dents de la mer, tout le monde a commencé à avoir peur des requins, même si cela n’était pas véritablement rationnel. Pour l’écologie, c’est la même chose : il faut éviter de rendre la surconsommation désirable. Si nous regardons des personnages prendre l’avion pour ne passer qu’une journée à Londres ou prendre des taxis pour chacun de leurs déplacements, cela peut nous donner des envies qui ne sont pas écologiquement responsables.
À l’inverse, si nous montrons des personnages qui ont l’habitude de circuler à vélo – ce qui, soyons honnêtes, est le comportement de la plupart des citadins – ou simplement mettre leurs mégots dans une poubelle au lieu de les jeter sur le trottoir, cela peut nous inciter à adopter les bons comportements. »
Toutefois, et Gwladys Bouillin-Pacheco le rappelle, cette « lecture environnementale des scénarios » n’a absolument pas pour but d’entraver la liberté artistique des réalisateurs et réalisatrices.
« Il faut évidemment que cela fasse sens. Si nous pouvons ajouter une phrase de dialogue autour de l’écologie dans une discussion qui tourne déjà autour de ce sujet, c’est très bien. Toutefois, nous n’allons évidemment pas demander à un personnage représentant un patron de la mafia de rouler à vélo électrique plutôt qu’en SUV. Ce serait absurde. »
Surpasser la peur du changement
Si toutes les interviewées de ce dossier s’accordent à dire que les mentalités autour de l’écologie évoluent, elles pointent tout de même du doigt certaines résistances.
« N’oublions pas que l’écologie est aussi politique, nous pouvons alors nous heurter à des gens qui n’y croient pas ou qui ne voient pas l’intérêt. De même, il peut arriver qu’un producteur requiert notre présence et que les équipes ne souhaitent pas nous intégrer à leur travail. Alors, nous n’avons pas les moyens d’agir correctement », remarque Gwladys Bouillin-Pacheco.

Ces points d’accroche ont également été observés par Pia Fermon, référente en écoproduction spécialisée dans les émissions télévisuelles. « Parfois, nous faisons face à une véritable peur du changement de la part des équipes. S
ur un tournage, nous pouvons avoir un directeur de la photographie qui n’a aucun mal à changer ses habitudes pour utiliser des lumières LED, et de l’autre côté, le reste des équipes est mécontent car nous avons choisi un prestataire en restauration écoresponsable. C’est impressionnant à quel point le personnel peut être inquiet par rapport à la nourriture ! »
Rappelons d’ailleurs que l’alimentation fait partie des principaux points à décarboner notés par Ecoprod puisqu’elle génère environ 9 % des émissions carbone d’une production.
« Dès que nous parlons d’écologie ou d’écoproduction, certaines personnes prennent peur car elles pensent que cela va nuire à leur bien-être au travail, ce qui n’est bien évidemment pas le cas », poursuit Pia Fermon.
Mais pour elle comme pour Gwladys, la plupart de ces situations peuvent se régler grâce à un travail de médiation et surtout par l’expérience des équipes. « Je suis parfois en contact avec d’anciens chefs de poste avec qui j’ai travaillé.
Ils me redemandent des contacts pour mettre en place des démarches plus écologiques au sein de leur nouveaux projets », raconte Gwladys Bouillin-Pacheco.

« Il faut rappeler qu’à présent nous avons d’excellents prestataires qui travaillent de manière écologique, que ce soit des studios, des restaurateurs, etc. Une fois que les équipes le voient, elles sont plus à même de surpasser leur peur du changement et d’adopter les bonnes pratiques.
Dans l’univers de la télé, c’est essentiel, car comme nous ne bénéficions pas de la prime RSE+ du CNC, tout repose donc sur la bonne volonté des producteurs et du personnel de tournage », ajoute Pia Fermon.
Des référentiels à adapter pour le flux TV
Si certaines données restent à acquérir, notamment sur la consommation des studios XR ou celles des datas centers, les outils mis en place pour calculer cette consommation doivent également être adaptés à tous les types de productions.
Car si les œuvres de fiction en prise de vue réelle sont les seules à pouvoir bénéficier de la prime RSE+, les autres productions devraient être en mesure de calculer leur impact pour mettre en place une stratégie afin de les réduire.
C’est ce que relève Pia Fermon : « Dans la production télé, pour des émissions comme pour les magazines, nous ne travaillons pas sur les mêmes échelles, que ce soit au niveau du personnel engagé ou du temps de production. Par exemple, mixer une émission nous demande seulement quatre heures et cela ne rentre pas dans le Carbon Clap [un des outils homologués par le CNC pour établir les bilans carbone, avec SeCO2 et Carbon Stage, ndlr].
Nous sommes parfois obligés de cocher la case “non applicable” alors que nous avons les données. Notre rêve serait vraiment d’avoir un référentiel qui soit adapté à notre manière de travailler qui est totalement différente des processus et des délais de la production en fiction. »
Ecoprod a par ailleurs publié récemment, en janvier 2026, une étude sur l’impact des productions de flux et montre que les émissions de CO2 sont moindres par rapport à la fiction (2,89 tonnes en moyenne contre 16 tonnes).
Cependant, les recommandations d’action pourraient être plus spécifiques à leurs processus et leurs formats. « Évidemment, comme nous utilisons des caméras ultra légères pour les magazines, que nous sommes une plus petite équipe, tout cela consomme moins… Parfois, on se demande quelles autres actions et recommandations mettre en place, si ce n’est de demander à tout le monde de venir à vélo… », raconte Pia Fermon.
Ces questionnements et volontés de s’améliorer en écoproduction peuvent trouver leurs réponses dans les formations mises à disposition…
Boîte à outils : vers qui et quelles formations se tourner ?
Gwladys Bouillin-Pacheco le rappelle, il y a toute une toile d’associations qui regroupe divers acteurs et actrices de l’écoproduction : « Je fais également parti de CUT ! (Cinéma Uni pour la transition écologique), une association composée majoritairement de réalisateurs, scénaristes et acteurs. De ce côté, nous réfléchissons beaucoup aux nouveaux récits. Il y a également le collectif Les Toiles Vertes qui permet un partage de connaissances et des bonnes pratiques entre des techniciens de plateaux, qu’il s’agisse de régisseurs ou de décorateurs. »
Outre le contact avec les associations, une formation peut aider à apporter sa pièce à l’édifice de l’écoproduction. Évidemment, Ecoprod en propose un large de panel allant de la production à l’animation et la postproduction VFX, en passant par la réalisation.
Sans oublier les nombreuses études et fiches pratiques sur les différents domaines (régie, maquillage, coiffure, animation, immersif, etc.) mises à disposition sur ses sites Internet.
De son côté, la CST déploie plusieurs formations destinées à accompagner les professionnels vers des pratiques plus durables. Le cycle « Transition écologique », conçu en partenariat avec Ecoprod, propose d’abord une formation dédiée à la protection de l’environnement, qui vise à donner aux participants les clés pour comprendre l’impact écologique des productions audiovisuelles et cinématographiques et mettre en œuvre une véritable démarche d’écoproduction.
La CST propose également une formation certifiante en écoresponsabilité en régie et gestion de production, développée avec Ecoprod et l’Institut national de l’audiovisuel (INA).
Celle-ci s’adresse aux professionnels de la régie et de la production souhaitant structurer une démarche environnementale au sein de leurs projets : diagnostic des pratiques, analyse des impacts écologiques d’un tournage, mise en place d’un plan d’action, mobilisation des équipes et réalisation d’un bilan carbone.
Enfin, la formation « écoresponsabilité en production numérique » cible plus spécifiquement les métiers de l’animation, des VFX et de la postproduction.
Elle permet de comprendre l’empreinte environnementale des infrastructures et usages numériques — stockage de données, équipements informatiques, pipelines de fabrication — et d’identifier des solutions concrètes pour réduire l’impact des workflows et des studios. Avec tous ces outils et ces formations, comment ne pas passer le pas de l’écoproduction ?
Article paru dans Mediakwest #66, p. 44-49