EclairColor : un format d’image haut de gamme qui veut s’inscrire dans la durée

Le Groupe Ymagis se lance dans l'imagerie à haute dynamique (HDR) : EclairColor, procédé qui renforce le contraste et élargit la gamme de couleurs des images, a été annoncé début juillet 2016 après plus d’une année de recherche et de développement. Explications de Cédric Lejeune, directeur Nouvelles Technologies d’Eclair, l'entité d'Ymagis chargée des prestations liées à la postproduction et à la diffusion des contenus.
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Cédric Lejeune commence par résumer la genèse d’EclairColor : » Le numérique a désorienté les spectateurs : difficile d’apprécier les qualités d’une image quand on prend l’habitude de regarder des films sur toutes sortes d’écrans, du plus petit au plus grand. Les professionnels ont aussi payé leur tribut au numérique : pressées par les évolutions techniques, les équipes de production et de postproduction sont passées par différents modèles de caméras numériques et plusieurs formats d’image successifs, sans avoir le temps de les maîtriser complètement. Il faut recréer des repères. Le lancement d’un procédé qui revalorise l’expérience cinématographique en générant la plus belle image possible s’impose. »

La démonstration d’EclairColor, dans une des salles de projection d’Eclair à Vanves, fait effectivement découvrir une autre qualité d’image : quand un même extrait de film est projeté de manière traditionnelle, d’un côté de l’écran, et en EclairColor, de l’autre, la différence est nette : « La gamme de couleurs est beaucoup plus riche, surtout dans les hautes et basses lumières : les dégradés sont nettement plus précis, même dans les teintes sombres », explique Cédric Lejeune. « Le contraste supplémentaire permet de révéler plus de détails fins malgré une résolution inchangée; les nuances de couleurs sont également bien mieux restituées ».

Comment arrive-t-on à ce résultat ? Les images sont captées normalement, donc pas de changement au stade de la captation. Ce sont les phases de postproduction et de projection qui mobilisent des moyens spécifiques.

Deux masters image doivent être réalisés en postproduction : un pour la projection numérique traditionnelle, l’autre pour EclairColor. La chaîne de travail est conçue de façon à ce que les étalonneurs puissent passer facilement d’un master à l’autre sur leurs consoles afin de travailler en même temps sur les deux versions.

« Nous gérons les couleurs des images EclairColor d’une manière particulière mais sans artifice : l’amélioration de la colorimétrie est principalement due au renforcement du contraste. Dans le cas d’un remastering, nous respectons l’intention originale du film et travaillons sous le contrôle artistique du client car la précision supplémentaire de restitution révèle des détails qui peuvent changer la perception de l’image ». 

La projection d’un DCP EclairColor – un DCP spécifique puisque les images sont différentes de celles de la copie standard – requiert un projecteur capable de produire un rapport de contraste élevé, auquel les équipes de CinemaNext – l’entité du groupe Ymagis qui gère la vente, l’installation et la maintenance des équipements de projection – ajoutent un logiciel EclairColor spécifique.

Eclair n’a, pour l’instant, retenu que deux projecteurs capables de satisfaire les exigences d’EclairColor : les Sony SRX-R-515 et 510 qui fournissent un rapport de contraste de 1:8 000 (sur l’écran, le blanc « le plus blanc » est 8 000 fois plus lumineux que le noir le plus sombre). Ce projecteur équipé de lampes à mercure est destiné aux écrans de moins de 12,5 mètres (et jusqu’à 19,5 mètres quand deux projecteurs sont combinés; Sony propose aussi des versions SRX-R en quadruple poste – 4 projecteurs réunis).

Il va bien sûr falloir que la gamme de projecteurs compatibles s’étende. La plupart des projecteurs de cinéma numérique offrent aujourd’hui un rapport de contraste de 1:2 000, donc loin derrière les visées d’Eclair, mais un autre modèle satisfaisant les exigences d’EclairColor sera prochainement lancé (le nom du fabricant n’est pas encore dévoilé). Précisons que si les projecteurs compatibles avec EclairColor peuvent jouer des DCP standards, l’inverse n’est pas possible.

En dehors du projecteur, la salle de cinéma est soumise à une autre contrainte : l’auditorium doit être aussi sombre que possible. « Pour obtenir le meilleur résultat, il faut que les murs et les plafonds de la salle soient le plus sombres possible. Les équipes de CinemaNext travaillent sur cette question. « Nous visons un rapport de contraste de 1:10 000 dans la salle mais c’est aux entités chargées de standardiser le format de projection high dynamic range (HDR) qu’il appartient de définir le rapport minimal requis ». Précisons que les discussions sur le standard HDR ont commencé au sein du DCI et du SMPTE (Society of Motion Picture and Television Engineers).

La solution EclairColor n’est donc pas encore entièrement finalisée, mais ce n’est qu’une question de temps pour Cédric Lejeune : « Le fait de pouvoir s’appuyer sur les compétences des différentes entités du groupe Ymagis est une vraie force dans le développement de ce procédé et les synergies sont très importantes ».

 

Quel marché pour EclairColor ?

Le directeur technique d’Eclair explique que, si « le groupe Ymagis souhaite inscrire le concept EclairColor dans le mouvement de création des salles Premium large format (PLF), qui sont en plein essor », le procédé vise aussi à démocratiser le HDR pour qu’il ne soit pas réservé seulement aux grands écrans : « notre ambition est d’équiper des écrans de toutes tailles en proposant des coûts très compétitifs. Notre solution sera haut de gamme, mais pas élitiste ».

À court terme, le marché des salles PLF apparaît comme le débouché le plus évident pour EclairColor. Toutes les salles PLF ne projettent pas des formats d’image spéciaux (le label PLF a trois dénominateurs communs : écran de très grande taille, qualité de son et d’image haut de gamme et confort d’assise et de vision optimal); mais celles qui le font connaissent une réussite remarquable, que ce soit les salles Imax ou, depuis la fin de l’année 2015, les premières salles AMC Prime (nom du format PLF du circuit AMC) dotées du procédé Dolby Cinema (lire notre article Cinemacon : l’essor des formats premium dans les cinémas américains…). L’expansion du parc de salles Imax reste très forte : près de 1 100 écrans sont installés et l’ouverture de 400 nouvelles salles est déjà planifiée pour les années à venir. Quant à Dolby Cinema, beaucoup plus récent, les premiers résultats semblent très encourageants : alors qu’il avait décidé fin 2015 d’équiper 100 de ses écrans sur 5 ans, le circuit AMC vient d’annoncer qu’il veut finaliser ce programme avant la fin 2017; sûrement un bon indicateur du succès que rencontrent les premières salles AMC Prime équipées (une vingtaine actuellement).

EclairColor peut donc s’inscrire dans cette tendance des salles haut de gamme à image haut de gamme. Quant à la volonté du Groupe Ymagis de démocratiser le format HDR, il faudra attendre que la solution soit finalisée et peut-être aussi standardisée pour en dire plus.

La conclusion de l’entretien avec Cédric Lejeune confirme en tout cas qu’Eclair et Ymagis ne manquent pas d’ambition avec leur nouveau procédé : « Notre objectif ultime est que le nom EclairColor entre dans le langage courant comme Technicolor ou Imax « . Le chemin sera obligatoirement long. La première étape a eu lieu fin septembre avec la sortie du film brésilien Aquarius en EclairColor à l’Etoile Saint-Germain-des-Prés, première salle à s’équiper du procédé.