Emploi dans les VFX : la fin d’un cycle ?

Présentée à l’occasion du Paris Images Digital Summit (PIDS) 2026 à Enghien, l’étude conjointe du CNC et d’Audiens dresse un état des lieux un peu sombre de l’emploi dans les effets visuels numériques.
Emploi dans les VFX : la fin d’un cycle ?

Publié le 04/02/2026

Emploi dans les VFX : la fin d’un cycle ?

Après plusieurs années de croissance continue, la filière VFX française montre, en 2024, les premiers signes tangibles d’essoufflement, dans un contexte international de contraction de la production, notamment américaine.

On peut néanmoins souligner que ce retour de flamme ne remet pas en cause la structuration progressive du secteur observée sur la décennie et l’importance de cette filière dans l’écosystème des ICC.  A première vue l’étude révèle des lignes de fragilité qui de dessinent en raison d’uneforte dépendance aux cycles de production, d’une concentration économique ou encore de tensions concernant le renouvellement des compétences.

 

Des dépenses VFX désormais structurelles

Premier enseignement fort de l’étude : les VFX sont devenus un poste quasi systématique dans les longs métrages de fiction d’initiative française. En 2024, plus de 80 % des films agréés ont engagé des dépenses en effets visuels numériques, un niveau inédit.

Les montants suivent la même trajectoire. Avec 26,8 M€ de dépenses localisées en France, la filière atteint un record historique. Le coût moyen par film culmine à 172,9 K€, en hausse de plus de 25 % sur un an. Cette moyenne masque toutefois de fortes disparités, près de la moitié des dépenses étant concentrées sur un nombre très limité de projets à forte ambition artistique ou industrielle.

Autre signal structurant : la relocalisation progressive des dépenses en France, soutenue par les mécanismes publics (crédit d’impôt, aides sélectives), même si une part non négligeable des projets continue de recourir à des prestations à l’étranger, souvent sur des segments spécifiques de la chaîne VFX.

 

Emploi dans les VFX : la fin d’un cycle ?

Un tissu d’entreprises stable, mais fortement concentré

Côté entreprises, le secteur reste stable, avec 78 sociétés actives en 2024… Soit trois de moins qu’en 2023 quand même !  Cette stabilité apparente dissimule une réalité plus contrastée : un noyau de sociétés pérennes, actives sur l’ensemble de la période 2015–2024, et une périphérie plus mouvante de structures de petite taille.

La concentration économique demeure marquée. Les cinq plus grands studios concentrent à eux seuls plus de 50 % de la masse salariale, même si cette part recule légèrement depuis deux ans. Géographiquement, la filière reste centralisée en Île-de-France, qui regroupe plus de 70 % des établissements. Seuls quelques pôles régionaux émergent ça et là.

En revanche, les équivalents temps plein (ETP) atteignent un niveau record, traduisant une professionnalisation accrue et un renforcement des équipes permanentes, notamment sur les fonctions d’encadrement, de pipeline et de supervision.

 

2024 : une rupture du recrutement de profils juniors

C’est sur le terrain de l’emploi que le signal d’alerte est le plus net. Pour la première fois depuis 2020, les effectifs globaux reculent (-6,2 %), tout comme la masse salariale. Cette baisse ne touche pas l’ensemble de la filière de manière homogène.

Les techniciens intermittents sont les premiers impactés, avec une chute spectaculaire de près de 18 % sur un an. À l’inverse, les effectifs permanents résistent mieux, confirmant une tendance de fond à la structuration du secteur autour de profils expérimentés.

L’étude met en évidence une baisse très marquée des moins de 30 ans (-23,2 %), tandis que les effectifs de 40 ans et plus progressent fortement.. L’âge devient-il un facteur discriminant ? Le secteur vieillit, non par manque d’attractivité passée, mais par effet de sélection des profils expérimentés en période de ralentissement.

 

Féminisation : un léger recul conjoncturel, une dynamique de fond intacte

Emploi dans les VFX : la fin d’un cycle ?

En ce qui concerne la parité, la part des femmes recule légèrement en 2024. Elles représentent 34,8 % des effectifs. De toute évidence cet infléchissement est modeste (-0,8 point), mais après près de dix ans de progression continue, c’est un signal qu’il ne faut pas ignorer…

Cependant cette baisse semble avant tout conjoncturelle. Les femmes étant surreprésentées parmi les profils les plus jeunes, elles ont certainement été mécaniquement plus exposées au reflux de l’emploi. Globalement, sur la décennie, la féminisation a été très nette, notamment dans les métiers de la production, de la postproduction, de la réalisation ou de la coordination.

Néanmoins, les métiers VFX les plus techniques demeurent largement masculins. De même, les écarts salariaux, bien qu’en réduction, restent significatifs dans plusieurs familles de métiers.

 

IA : un usage massif, mais encore sous contrôle

Emploi dans les VFX : la fin d’un cycle ?

Dernier volet majeur de l’étude : l’usage de l’intelligence artificielle…. Sans surprise, les studios de VFX figurent parmi les entreprises de la filière les plus avancés dans l’adoption des outils d’IA, avec près de 90 % d’entre eux déclarant avoir déjà expérimenté des solutions, notamment en IA générative.

Les usages sont principalement orientés vers :

  • l’exploration créative,
  • l’upscaling,
  • l’extension de décors et la génération d’environnements.

Aujourd’hui si les trois quarts des studios se déclarent globalement satisfaits, les réserves restent fortes sur la qualité des résultats et sur l’impact à moyen terme sur les compétences et la formation.

Pour résumer, l’IA est perçue moins comme un substitut que comme un facteur de transformation des métiers, appelant une montée en compétences plutôt qu’une automatisation brute.

 

Une filière à un tournant

En filigrane, cette étude CNC 2024 dessine une filière entrée dans une phase de maturité, confrontée à la fin d’un cycle exceptionnel de croissance. La question n’est plus celle de l’émergence des VFX en France, mais celle de leur soutenabilité économique, sociale et technologique.

La capacité à renouveler les talents, à maintenir l’attractivité des métiers techniques, à absorber les mutations induites par l’IA représentent autant de défis structurants qui conditionneront la trajectoire du secteur dans les années à venir.

Source : CNC / Audiens – L’emploi dans les effets visuels numériques en 2024, janvier 2026

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Pour consulter l’intégralité de l’étude, rendez-vous sur le site du CNC

www.cnc.fr/professionnels

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