Expo LUMIERE au Grand Palais : le cinéma inventé ! (Interview vidéo de Thierry Frémaux)

À l’occasion du 120ème anniversaire du Cinématographe, l’Institut Lumière organise une exposition inédite, dédiée aux inventions phares des pionniers lyonnais du cinéma, Louis et Auguste Lumière, dont l’histoire est intimement liée à Paris : la première séance publique payante fut ainsi organisée au Salon Indien du Grand Café le 28 décembre 1895. Riche, créative et avant-gardiste, l’œuvre des frères Lumière fut motivée par une fascination pour les images fixes ou en mouvement. Cette célébration a débuté il y a quelque jours, avec le vernissage d'une exposition d'envergure historique, et se poursuivra jusqu'au 14 juin, au Grand Palais à Paris.
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Nous avons demandé à Thierry Frémaux *, l’un des commissaires de l’exposition, de nous en dire plus…

 

MK. Pouvez-vous me donner des informations sur l’exposition Lumière qui vient d’ouvrir des portes au Grand Palais

TF Il n’y a jamais eu de grande exposition Lumière à Paris. Nous avons pensé que pour l’anniversaire des 120 ans de la naissance du cinématographe, il fallait que nous, les Lyonnais, on investisse Paris ! On a choisi un lieu extraordinaire : le Grand Palais. Qui plus est, ce lieu est lié à l’histoire des Lumière, car le Grand Palais et les Lumière, furent les vedettes de l’exposition Universelle de 1900. Nous-nous sommes installé dans le salon d’honneur pour une grande exposition qui est, à fois monographique, qui raconte l’histoire de la famille, l’histoire de l’industrie, l’histoire des inventions, mais aussi une exposition qui mêle, le passé et le présent, le 35 mm et le numérique, et qui évoque non seulement l’inventeur Lumière, mais aussi le cinéaste Lumière, l’artiste Lumière. Cette exposition sera l’occasion de voir au même moment les 1500 films produits par la Société Lumière, par Louis Lumière et ses opérateurs. Nous allons rendre aussi hommage à toutes les autres inventions des Frères Lumière, aux autochromes, à la photographie en couleurs mais aussi à la salle de cinéma. Lumière c’est l’invention d’une machine, mais c’est l’invention aussi du concept « aller au cinéma ». Il y a 20 ans nous avons a fêté le centenaire du cinéma, depuis une époque est révolue : le numérique est partout ! Dans l’exposition, grâce, par exemple, à la présence des caméras de Claude Lelouch et plein d’autres équipements, nous affirmons que « le cinéma fut aussi et est encore en 35 mm ».

 

MK. Opposez vous le numérique au 35 mm ?

TF Non, on n’oppose pas, mais simplement au moment où le numérique est partout on veut redire que le 35 mm c’est important, que c’est autre chose. Par exemple, on veut expliquer que le cinématographe est vivant, et le premier film du cinématographe, qui est la sortie des usines Lumière, on l’a fait refaire par 6 cinéastes d’aujourd’hui Quentin Tarantino, Michael Cimino, Paolo Sorrentino, Xavier Dolan, Jerry Schatzberg, Pedro Almodovar pour montrer que c’est une histoire vivante. Et ces films là, nous les montrons, en première mondiale dans cette exposition. Nous montrons aussi aujourd’hui, comment on traite la 3D. Lumière a travaillé sur une version 3D, en 1935, du film de l’arrivée du train en gare de La Ciotat. Nous avons un procédé contemporain et numérique, pour faire de la 3D sans lunettes, qui est dans l’exposition. C’est aussi une exposition qui doit être faite de surprises et d’étonnements qui furent ceux des premiers spectateurs, il y a 120 ans.

 

MK. Le 35 mm a-t-il encore une place aujourd’hui dans la réalisation de films ?

TF Le cinéma est frappé, comme partout, par la révolution numérique, donc la caméra, la diffusion, tout cela est numérique et il y a des gens qui continuent de se battre pour le 35 mm, Philippe Garrel ou Raymond Depardon en France, mais aussi Quentin Tarantino, Christopher Nolan, Paul Thomas Anderson, Steven Spielberg, Jean Marie Straub. Je me souviens quand on a fêté les 20 ans de Pulp Fiction à Cannes, Tarantino m’a dit, si tu ne montres pas le film en 35 mm je ne viens pas. Alors on la projeté en 35 mm. Il y a toute une série de cinéastes qui veulent que le 35 mm ne meurent pas. Les cinémathèques, mais les exploitants comme ceux d’Evian, Pathé, ont toujours des salles où il y a encore un projecteur 35 mm. Disons que, le vent de l’histoire va du côté du numérique, mais les ordinateurs ne font pas disparaître les stylos à bille, et en tout cas, c’est à nous, les gens des cinémathèques, des musées, mais aussi les artistes de continuer à dir, que l’acte de faire un film est le même, l’acte d’aller voir un film est le même, mais de la même manière que les évolutions techniques de la peinture ont fait que la texture ou la composition d’un tableau n’est plus la même aujourd’hui qu’au XV ème siècle, le cinéma évolue… mais c’est le même ! Il ne faut pas perdre de vue que le 35 mm est quelque chose de très particulier tournage mais également à la projection. On a coutume de dire que, s’il doit rester qu’une seule salle de cinéma 35 mm ce sera rue du Premier film, à Lyon. Autrefois, on ne disait pas s’il ne restera qu’une seule salle, mais aujourd’hui il faut se dire cela. Il faut sauver l’acte d’aller au cinéma, la passion est la même, le désir est identique, même à l’heure des montres connectées. Là, on est en train de se filmer en vidéo, c’est bien, c’est important, c’est utile, c’est fondamental, mais l’acte de faire du 35mm l’est tout autant et cela fait partie de l’histoire des hommes et il ne faudrait pas le perdre !

 

MK. Par ailleurs, la pérennité de la pellicule est supérieure à celle de la vidéo. Ne pensez-vous pas que filmer en vidéo c’est parfois comme écrire dans le sable ?

TF Oui, il y a tout ça. Moi j’adore les images cinéma 16 mm du Tour de France des années 50 avec ce beau noir et blanc alors que images vidéo des années 80, elles ne sont plus regardables. Il faut réfléchir à tout cela ! L’ivresse de la modernité ne doit jamais se séparer d’un regard rétrospectif, en tout cas actif, sur ce qui fait qu’on est parvenu jusque là. C’est le sens de notre travail !

 

* Thierry Frémaux : Directeur Général de l’Institut Lumière à Lyon et fondateur du Festival Lumière et du Prix Lumière – Délégué général du Festival de Cannes depuis 2007.

 

Dans son interview vidéo , Thierry Frémaux nous fait partager les motivations qui l’ont incitées à organiser cette exposition…