HPX250 : une bonne arme de poing

Alors que la concurrence sommeille, Panasonic a sorti il y a quelques mois un trio de caméscopes de poing dont le rapport qualité-prix est extrêmement aguichant. Le modèle HPX250, qui enregistre en AVC-Intra 4:2:2 10 bits, constitue le fer de lance de cette gamme. Certes, elle n'est pas exempte de défauts, mais franchement, elle délivre une qualité d'image irréprochable et offre un agrément d'utilisation très correct. Une bonne affaire ?
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Le contexte, la cible : détrôner les reines

Il ne s’était rien passé sur le marché des caméscopes professionnels de poing depuis deux ans. Et pour cause, la série EX (EX1R/EX3) de Sony et son capteur demi-pouce ainsi que les XF de Canon, qui enregistrent en 4 :2 :2 « direct to Broadcast », trustent le marché. Panasonic se devait clairement d’aligner quelque chose en face pour palier les faiblesses de sa vieillissante HPX171. C’est chose faite avec une offre constituée de 3 références déclinées autour du même couple optique/capteur. Trois références pour trois cibles graduellement déclinées en termes de fonctionnalités : les AC130/ AC160 (AVCHD sur carte SD / 4 :2 :0, 8 bits) se destinent aux marchés corporate/indépendants tandis que l’HPX250 (AVC-Intra 100 sur cartes P2 / 4 :2 :2, 10bit) vise plus les structures Broadcast.
Sur ce segment, ce qui démarque l’offre du constructeur des autres c’est tout d’abord les performances du caillou qui sont sans équivalent puisque la plage s’étend de 28 à 616 mm en équivalent photo, soit un rapport de zoom de 22X pour une ouverture qui varie de f :1.6 à 3.2. Le capteur est, quant à lui, dérivé de l’HPX371 (1/3 » 3MOS Full HD). Second point fort, les tarifs proposés : la première référence (AC130) se trouve actuellement à moins de 3000 euros HT tandis que l’HPX250, haut de gamme – car comprenant l’ensemble des fonctions et surtout l’enregistrement P2 en AVC-Intra à 100 Mbps – se négocie autour de 4000 euros HT quand les deux grandes concurrentes sont au moins 1000 euros plus cher. La 250 s’adresse donc directement aux structures déjà équipées en P2 ou même aux nouveaux arrivants nécessitant du 4 :2 :2 10 bits (incrustation / post-production lourde) puisque les medias, si chers jusqu’à présent, commencent enfin à être relativement accessibles : les cartes 64 Go (c’est-à-dire une heure de tournage en pleine qualité) coûtent environ 500 euros HT. Et comme on les garde à vie, l’investissement de 1000 euros pour deux heures d’autonomie commence à être rationnel pour les petites structures.

Prise en main : le rustique cache de bonnes nouvelles

Autant l’écrire tout de suite, Panasonic de s’est pas foulé question style ou innovation. L’ergonomie générale et l’apparence n’ont pas bougé depuis plus de 10 ans et la DVX100. C’est toujours strictement identique, sombre, austère et rustique. Seule touche de fantaisie, un anneau rouge sur l’objectif. On ne demande certes pas à une caméra d’être belle, mais tout du moins, doit-elle être efficace. Et quand on voit que la concurrence intègre désormais les panneaux LCD sur la poignée de portage, par exemple (c’est-à-dire qu’on cadre bien dans l’axe plutôt que les yeux baissés, ce qui permet de surveiller le contexte hors-cadre), ou des caches d’objectifs intégrés au pare-soleil, on se demande bien ce que le constructeur attend pour le faire. De la même façon qu’il a le secret pour cacher certaines fonctions sous le logement du LCD (le zébra, le choix des canaux audio…). Bref, rien d’ébouriffant à attendre de ce côté la : c’est un peu trop traditionnel (y compris dans les menus de la camera). Fort heureusement, si Panasonic n’est pas le Bertone du design, il y a cependant bel et bien des nouveautés et d’excellents points. Rien d’apparent : tout se découvre à l’intérieur ou à l’usage. À commencer par l’équilibre de portée. Il s’agit du meilleur caméscope que nous ayons testé. La raison en incombe au fait que le constructeur ait déporté le terminal batterie et la connectique complètement à droite, c’est-à-dire parfaitement dans l’axe de portée. Quand les autres caméscopes éreintent le poignet (caméscope en porte à faux), la 250 est centrée sur le bras, qui est bien plus endurant. Elle assume son poids (2,5 kg), mais reste bien moins fatigante à poids identique que d’autres produits. Pour un caméscope de poing, c’est essentiel. Ensuite, Panasonic inaugure enfin les 3 bagues d’optique quand la marque se contentait jusque là d’une molette pour l’iris. Il était temps et heureusement, c’est réussi : zoom à butée et sans pompage et commande de focus qui offre juste la bonne résistance. À propos de focus, on trouve aussi une fonction assez efficace d’aide à la mise au point au mode manuel. Une fois ce « MF Assist » enclenché, on fait le point normalement et l’électronique se charge de corriger ou de peaufiner le réglage manuel sans décrocher comme le ferait l’autofocus sur cible mobile, puisqu’il se base sur ce que l’utilisateur a déterminé. La correction est fiable à 90%. Panasonic introduit aussi l’accès direct au VFR (Varicam pour les ralentis ou les accélérés) depuis une molette de la coque que l’on active par un bouton. Enfin, pour terminer le tour du propriétaire, on notera que la 250 inclut d’origine toutes les connectiques possibles et imaginables (SDI/HDMI/Genlock, TC…) et qu’à défaut d’être « esthétique », la construction est solide, le panneau LCD fiable et bien défini. La présence de connecteurs SDI, Genlock et TimeCode en fera également un outil potentiel pour la création de petits plateaux « low cost ».

À l’usage : efficace à quelques détails près

En opération, la 250 se montre très agréable avec cependant quelques nuances. La partie optique est excessivement plaisante (pour une optique asservie), le levier de zoom (90° de course) parfait et le fait de garder la main sur la correction de focus ou d’exposition même en auto est efficace (le mouvement des bagues a toujours la priorité sur l’électronique). La commande de filtre neutre est plus discutable, car non conventionnelle : il s’agit d’un commutateur (et non pas d’une roue). Avantage, on sait juste au touché quel filtre neutre est enclenché, ce qui est impossible sur une roue. Inconvénient, la commande est assez petite mais on s’y fait très vite. Nous serons plus circonspect quant aux assistances disponibles. Certes, il y a bien une Focus bar (plus elle est longue plus le point est fait), un Focus assist (zoom électronique) – mais il est inopérant en cours d’enregistrement – et un peaking, mais pas le Focus in red disponible sur d’autres caméscopes du constructeur (AF101, AC160…) et que nous considérons comme l’aide la plus efficace du moment. C’est un regret donc et seul le piqué du LCD conjugué au MF Assist et à la douceur de la bague permet de s’en sortir correctement. La présence de la bague de VFR (variable frame rate) qui commande aussi le shutter est une bonne trouvaille, mais elle a un défaut : elle se verrouille en Lock au bout de quelques secondes, ce qui ne laisse que peu de temps pour faire un test et changer le réglage : il faut alors appuyer de nouveau sur la commande pour la réactiver. On a aussi tendance à utiliser cette commande pour dérouler les menus (car situé dans le bon sens et juste au dessous du LCD), alors que tout se fait grâce au petit joystick à l’arrière, ce qui est moins logique. Il en va de même pour les touches utilisateur dont on aimerait qu’elles puissent être affectées à n’importe quelle fonction alors que la liste est ici très limitée. Rien d’éliminatoire cependant, et une fois toutes les habitudes prises, on se retrouve avec un bon outil, à la fois très conventionnel (pour ceux qui viennent des épaulières pro) et relativement innovant dans son agrément (équilibre, optique…). On regrette cependant que certaines limitations soient présentes alors qu’elles ne le sont pas sur le modèle inférieur (AC160) : le Focus In Red donc, mais aussi les ralentis 60 i/s en 1080p, limités ici au 720p et quelques détails (touche User multifonction, détection de visage, choix de la zone d’expo auto…). La faute en incombe sans doute au processeur d’image qui travaille sur l’AVC-Intra en 4 :2 :2 10 bits et qui empêche donc la gestion de cadence d’image trop élevée (qui est incompatible avec le débit du codec).

Image, système d’enregistrement : que du bon

Alors ensuite, quid du résultat image ? Dans ce domaine, nous avons nettement moins de réserves à apporter car Panasonic a sorti une machine extrêmement polyvalente et équilibrée (du capteur jusqu’au système d’enregistrement). Il est difficile de tirer meilleur parti d’un capteur 1/3 » car il est solidement aidé par l’optique et le processeur. Pourquoi ? Tout d’abord, parce que l’image ne subit que peu d’aberrations géométriques malgré la très grande plage de focale. Elles ne sont visibles qu’en très grand angle et encore faut-il cadrer des paysages rectilignes (immeubles) pour s’en apercevoir. Il en va de même pour les aberrations chromatiques corrigées par l’électronique : elles sont quasi-absentes. Précisons aussi que contrairement aux anciennes générations de caméscopes de poing Panasonic qui souffraient d’une résolution trop faible, on a droit ici à une vraie image HD, avec environ plus de 900 lignes tv affichées. Reste aussi à évaluer la basse lumière. Dans ce domaine, une EX1r sera plus lumineuse, et une XF300 légèrement moins. Panasonic a aussi fait de gros progrès sur la gestion du bruit (gain utilisable à 6-9dB) et permet l’accès au PAP Filter 1&2 (pour gagner un diaph environ, avec un peu plus de bruit). En revanche, il arrive un seuil limite ou le caméscope « décroche » : autrement dit, un gap ou les images sont « obscures ». Il est certes très bas, mais il faut en avoir conscience au tournage. De même que l’autofocus en basse lumière a beaucoup de mal à suivre. Hormis cela, on apprécie toujours subjectivement le rendu propre à Panasonic qui demeure toujours doux sans dominante marquée, donc très cine-like. Cela d’autant que les 6 Scene Files, et leurs réglages avancés, permettent largement d’étendre la latitude d’utilisation de la machine. On terminera enfin sur le système d’enregistrement théoriquement plus performant que ceux de la concurrence puisqu’il s’agit d’un codage intra-image à 100 Mbps en H264 quand les autres sont en mpeg2 à des débits plus faibles. Théoriquement, car à la captation on ne peut discerner de différence qualitative imputable à tel ou tel système. En revanche, on peut tabler sur le fait qu’après plusieurs génération d’effets, l’AVC-Intra se comporte nettement mieux que les autres : il s’agit à la fois d’un codec de tournage qui tient aussi au montage et évite de passer en ProRes ou en DNxHD.

Verdict

Cette machine est solide, rend d’excellentes images en toutes conditions et permet un spectre d’utilisation très large grâce à son optique intégrée extrêmement polyvalente. Le tout pour un prix constaté bien en dessous de ses concurrentes directes. Alors, on peut tout de même reprocher à Panasonic d’être toujours à la traîne en matière de trouvailles ergonomiques et de faire payer relativement cher ses accessoires P2. Mais pour le reste, on dispose ici d’un très bon caméscope ENG, autonome et sans défaut.

Avantages :

– Plage d’utilisation très large grâce à l’optique 22x
– Qualité et rendu d’image
– Codec AVC-Intra 100
– Formats d’enregistrement disponibles (de la SD à la HD PAL et NTSC, en i ou en p)
– Flash Band Compensation assez efficace (la camera rassemble un coup de flash sur la même image pour compenser le rolling shutter)
– Connectique complète
– Batteries endurantes
– Contrôles de l’optique
– Équilibre de portée
– Varicam
– Rapport qualité/prix

Inconvénients :

– Ergonomie vieillotte
– Manque d’innovation dans les fonctions avancées
– Prix des accessoires P2 (lecteurs USB 3.0 par exemple)
– Manque d’assistance moderne
– Position du LCD
– Ralentis limités au 720p

Lien vers les specs : http://www.panasonic-broadcast.eu/cms_products/downloads/ag-hpx250ej/sp-hpx250pe-brochure.pdf