IBC Innovation Awards 2026 : personnalisation, IA et accessibilité au cœur des usages (Partie 2)

Le deuxième volet de notre panorama des IBC Innovation Awards 2026 se déplace vers les publics. Télévision hybride, compagnon conversationnel, actrice synthétique, langue des signes automatisée et lutte contre les cyberviolences dessinent un paysage aussi prometteur que sensible.
IBC Innovation Awards 2026 : personnalisation, IA et accessibilité au cœur des usages

Publié le 25/08/2026

IBC Innovation Awards 2026 : personnalisation, IA et accessibilité au cœur des usages

L’innovation média responsable ne peut plus être évaluée à partir de la seule performance technique : elle doit aussi être confrontée à ses effets sur les publics, les métiers et la confiance…

 

EN BREF

Ce second volet : les six finalistes des catégories Content Everywhere et Social Impact.

Expérience média : DTV+ de Globo, Premier League Companion et Tilly Norwood.

Impact social : AI for Good, protection du CIO contre les cyberabus et langue des signes générée par IA.

Enjeu transversal : élargir les usages sans sacrifier l’inclusion, la transparence ni la responsabilité éditoriale.

Palmarès : les quatre lauréats seront annoncés pendant l’IBC 2026, le 13 septembre.

 

 

Alors que le premier volet de notre présentation des finalistes des IBC Innovation Awards révélaient le passage à des workflows plus ouverts, automatisés et distribués dans les catégories Content Creation et Content Distribution, cette seconde sélection met en lumière des transformations qui se prolongent jusqu’à l’écran et au-delà.

 

La catégorie Content Everywhere regroupe notamment trois projets très différents : un nouveau modèle de télévision hybride brésilien, un compagnon conversationnel consacré à la Premier League et une interprète entièrement générée par intelligence artificielle. Celle de l’impact social distingue une plateforme internationale, un système de protection contre les cyberviolences et une solution automatisée de langue des signes…

 

 

DTV+ rapproche télévision gratuite et services numériques

 

Avec DTV+, Globo cherche à réunir la puissance de la diffusion hertzienne et les possibilités de personnalisation du numérique.

 

Le projet s’inscrit dans une démarche collective associant les pouvoirs publics, les diffuseurs et les acteurs industriels brésiliens. Il vise notamment à garantir la visibilité des services de télévision gratuite sur les écrans d’accueil des téléviseurs, grâce à des applications et à des points d’accès permanents.

 

L’enjeu consiste à préserver la simplicité et la couverture de la télévision linéaire tout en lui ajoutant des fonctions issues de l’OTT : interactivité, personnalisation, services à la demande et mesure plus précise des usages.

 

DTV+ ne se limite donc pas à une évolution de la qualité de l’image ou du son. Il traduit une redéfinition de la plateforme de télévision elle-même, désormais pensée comme la rencontre du broadcast et du broadband.

 

Cette hybridation peut aussi peser sur la visibilité des chaînes. Dans les interfaces contrôlées par les constructeurs ou les systèmes d’exploitation, l’accès à la télévision gratuite peut se retrouver en concurrence avec de nombreuses applications internationales. Le projet brésilien cherche à préserver une porte d’entrée identifiable vers les services nationaux.

 

 

La Premier League dialogue avec 1,8 milliard de supporters

 

Le Premier League Companion explore la personnalisation à une tout autre échelle. Développé avec Microsoft et le partenaire technique Beyond Sport, il s’appuie sur Copilot pour proposer une expérience conversationnelle aux supporters.

 

Le dispositif peut mobiliser trente saisons de contenus et fournir des réponses, analyses ou récits adaptés au contexte de l’utilisateur. Il vise potentiellement 1,8 milliard de personnes dans 189 pays.

 

La promesse consiste à dépasser le moteur de recherche traditionnel. Le supporter peut interroger l’histoire de la compétition, replacer une performance dans son contexte ou accéder à des informations personnalisées en temps réel.

 

Ce type d’interface modifie la relation aux archives. Celles-ci ne forment plus seulement un catalogue dans lequel l’utilisateur doit naviguer : elles deviennent une base documentaire interrogée et éditorialisée par une couche d’intelligence artificielle.

 

La qualité de l’expérience dépendra néanmoins de la fiabilité des réponses, de la traçabilité des sources et de la capacité du dispositif à distinguer les faits, les statistiques et les interprétations. Dans le sport, une réponse rapide mais erronée peut immédiatement fragiliser la confiance accordée au service.

 

 

Tilly Norwood place l’interprète synthétique parmi les finalistes

 

Tilly Norwood constitue le projet le plus controversé de la sélection. Créée par Particle6 à travers son studio de talents Xicoia, cette personnalité entièrement générée par IA est conçue pour évoluer dans différents contenus et sur plusieurs plateformes.

 

Selon les chiffres présentés dans la candidature, Tilly Norwood aurait touché environ 80 millions de personnes et cumulé près de 500 millions d’impressions.

 

Sa présence parmi les finalistes traduit la progression des personnages synthétiques dans l’industrie des médias. Elle soulève cependant des questions qui dépassent la performance du pipeline : statut de l’interprète, provenance des données d’apprentissage, droits associés aux apparences et aux voix, information du public ou conséquences pour les artistes humains.

 

Qualifier un tel personnage d’« actrice » ou d’« artiste » n’est pas neutre. Il ne possède ni expérience propre ni intention de jeu. Sa performance résulte d’une chaîne de décisions humaines, de modèles génératifs et d’opérations de production.

 

Le projet constitue donc moins une réponse définitive qu’un révélateur. Il montre jusqu’où l’industrie peut industrialiser une présence fictionnelle, tout en rendant plus urgente la définition de règles de transparence.

 

 

Les nommés dans la Catégorie Social Impact…

 

AI for Good fédère l’IA autour d’objectifs collectifs

 

Dans la catégorie Social Impact, AI for Good se situe à une échelle internationale. Créée en 2017 par l’Union internationale des télécommunications, la plateforme rassemble gouvernements, chercheurs, entreprises, start-up, organisations des Nations unies et représentants de la société civile.

 

Son réseau s’étend à plus de 180 pays. Il s’organise autour d’un sommet annuel, mais aussi d’initiatives conduites tout au long de l’année afin d’orienter certains usages de l’intelligence artificielle vers les objectifs de développement durable.

 

Sa sélection rappelle que l’innovation ne se mesure pas uniquement à travers un produit. Elle peut aussi résider dans la création d’une structure de coopération, capable de faire circuler les connaissances et de confronter les projets techniques à des besoins sociaux.

 

Le défi reste considérable : passer de la mise en relation et de l’expérimentation à des résultats mesurables, déployés dans la durée et accessibles aux territoires qui disposent de moins de ressources.

 

 

Le CIO automatise la détection des cyberabus

 

Le Cyber Abuse Protection Service du Comité international olympique répond à une menace devenue indissociable des grands événements sportifs : le harcèlement en ligne des athlètes, entraîneurs, équipes et officiels.

 

Avec le soutien technologique de Signify AI, le système surveille les publications susceptibles de contenir des menaces ou des abus. Pendant Paris 2024 et Milan-Cortina 2026, il a analysé 4,3 millions de publications et couvert plus de 26 000 comptes dans un maximum de 56 langues.

 

Environ 24 700 messages abusifs auraient fait l’objet d’une vérification. Le dispositif a également contribué à des suspensions de comptes et à des saisines judiciaires.

 

L’automatisation permet ici de traiter un volume inaccessible à une équipe humaine. Elle réduit aussi la charge imposée aux personnes visées, qui n’ont plus à identifier et signaler seules chaque publication.

 

Un tel système nécessite toutefois une gouvernance rigoureuse. La détection multilingue du harcèlement dépend fortement du contexte, des codes culturels et des formes indirectes de menace. L’intervention humaine reste donc indispensable pour confirmer les alertes et encadrer les suites données.

 

 

Une langue des signes générée pour le direct et la demande

 

Le dernier projet finaliste cherche à répondre au manque d’interprètes capables de couvrir la totalité des programmes proposés en direct et à la demande.

 

G&L Systemhaus a réuni Signapse, Norsk/id3as et Akamai pour développer une solution de langue des signes alimentée par l’IA et adaptée aux contraintes de la diffusion professionnelle.

 

Le dispositif vise notamment la langue des signes allemande. Il doit pouvoir fonctionner avec des contenus live comme avec des programmes à la demande, tout en s’intégrant à une infrastructure de streaming.

 

L’objectif n’est pas seulement d’ajouter une représentation gestuelle automatisée. Pour être utile, la solution doit respecter la grammaire propre à la langue des signes, rester intelligible sur différents écrans et préserver la synchronisation avec le programme.

 

Elle ne saurait remplacer systématiquement les interprètes, notamment pour les contenus sensibles, complexes ou fortement contextualisés. Mais elle peut contribuer à étendre la couverture à des volumes que les ressources humaines disponibles ne permettent pas actuellement de traiter.

 

 

Personnalisation, automatisation et responsabilité

 

Ces finalistes ne défendent pas une vision homogène de l’innovation. DTV+ cherche à renforcer l’accès à la télévision gratuite. Le Premier League Companion personnalise une relation avec des archives mondiales. Tilly Norwood expérimente une présence synthétique susceptible de concurrencer des interprètes humains.

 

Dans la catégorie Social Impact, les bénéfices collectifs apparaissent plus directement : partage des connaissances, protection des personnes et extension de l’accessibilité. Ces projets doivent néanmoins eux aussi démontrer la qualité de leur gouvernance, particulièrement lorsqu’ils utilisent l’IA pour interpréter une langue ou qualifier un message d’abusif.

 

Cette sélection montre finalement que la technologie ne peut plus être isolée de ses conditions d’emploi. La portée d’une innovation dépend désormais de sa transparence, de son accessibilité et de la responsabilité assumée par les organisations qui la déploient.

 

Les lauréats seront annoncés le 13 septembre 2026 pendant l’IBC, organisé du 11 au 14 septembre au RAI d’Amsterdam.

 

LES FINALISTES — Catégories EXPÉRIENCE ET IMPACT SOCIAL
DTV+ Une télévision brésilienne associant diffusion gratuite et services numériques
Premier League Companion Une expérience conversationnelle et personnalisée reposant sur Copilot
Tilly Norwood Un personnage synthétique conçu pour évoluer sur plusieurs plateformes
AI for Good Une plateforme internationale qui relie IA et développement durable
IOC CAPS Une surveillance multilingue des cyberabus visant le monde sportif
Closing the Sign Language Gap Une langue des signes générée par IA pour le direct et la VOD

 

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