La salle de cinéma innove et parie sur le spectacle premium

CinemaCon, le plus grand rendez-vous des professionnels du cinéma dans le domaine de l’exploitation cinématographique et de la distribution de films, vient de refermer ses portes à Las Vegas. Au centre des discussions, les salles de cinéma et la concurrence de plus en plus accrue dans le secteur des loisirs. Zoom sur la mutation du grand écran pour le plus grand plaisir des spectateurs.
1_Beaugrenelle.ONYX (c) Frédéric Berthet.HD.006.jpg

 

Le combat entre la petite lucarne et le grand écran ne date pas d’aujourd’hui. La progression de l’un a poussé l’autre à chercher de nouvelles pistes pour fidéliser un public tenté de se tourner vers d’autres formes de divertissement. Aujourd’hui, la concurrence est encore plus vive avec la multiplication des écrans et des appareils connectés, les plates-formes de streaming, l’accès immédiat aux films, séries TV… de manière légale ou pas. Mais le cinéma à l’intérieur du cinéma a toujours su résister grâce à sa montée en gamme. Les offres premium des exploitants en sont le reflet.

« J’espère qu’un jour Netflix comprendra que s’ils veulent vraiment produire des films, il faut que ces films sortent au cinéma », a ainsi déclaré Jérôme Seydoux, 84 ans, patron du groupe Pathé récompensé lors du dernier CinemaCon. « On ne peut pas produire des films d’un certain calibre, avec de grands réalisateurs, sans les montrer au public (…). S’ils ne sont pas présentés au cinéma, ce ne sont pas des films. Comme dit le réalisateur Steven Spielberg, ce sont des produits pour la télévision », a-t-il poursuivi, ovationné debout par les participants du CinemaCon. Le patron des salles Gaumont-Pathé a été l’un des premiers à miser sur la technologie et son circuit propose aujourd’hui 23 salles Imax, 42 salles 4DX et 11 Dolby Cinema en France, Pays-Bas, Suisse, Belgique et Tunisie.

 

Le cinéma se tourne vers le laser

Depuis quatre ans, Christie travaille sur une nouvelle forme d’illumination, le RGB pure laser qui offre aux exploitants une « autonomie d’utilisation de 30 000 heures, bien supérieure aux sources Xénon, dont les lampes doivent être remplacées en moyenne toutes les 600 heures », explique Adil Zerouali, Senior Director Digital Cinema, Christie Europe. « Les exploitants réalisent ainsi une économie importante à la fois sur les lampes, mais aussi sur le dispositif de refroidissement et d’extraction d’air de la cabine de projection. »

Depuis le début de l’année, Christie a commencé à livrer quatre modèles laser RGB RealLaser (CP4325-RGB, CP4330-RGB, CP2315-RGB et CP2320-RGB) à matrice DLP en résolution 2K et 4K, et a remporté un fort succès commercial avec le circuit CGR Cinemas. L’exploitant français est aujourd’hui le premier client de Christie au niveau mondial sur cette gamme de projecteurs. Deux cents salles CGR basculeront d’ici fin 2020 en technologie RGB pur laser et le patron de CGR, Jocelyn Bouyssy, a annoncé la conversion de l’ensemble de ses 700 écrans à terme dans l’Hexagone. Les cinémas Gaumont-Pathé, avec notamment leurs salles Dolby Cinéma, s’appuient également sur les projecteurs Christie RGB laser adaptés aux spécificités du laboratoire américain.

Du grand circuit cinématographique, en passant par la salle indépendante et de visionnage – comme Le Club de l’Etoile à Paris –, la technologie Christie RealLaser est présente chez de nombreux exploitants dans le monde, parmi lesquels figurent Wanda Cinema Line en Chine, Showtime Cinemas à Taïwan, Hoyts Cinemas en Australie, Major Cineplex en Thaïlande, SM Cinema aux Philippines, Cinemex Artz au Mexique, pour ne citer que les plus récents. Christie s’apprête à lancer cet été deux nouveaux projecteurs RGB pur laser avec les modèles CP2309-RGB (2K) et CP4450-RGB (4K) qui seront complétés en fin d’année par les modèles CP4420-RGB et CP4415-RGB (4K).

Sony a également misé sur la technologie laser pour ses projecteurs SXRD 4K, en parallèle de ses modèles à lampes toujours plébiscités par les exploitants. Deux cents salles sont équipées en France de projecteurs Sony 4K (laser phosphore et lampe mercure) et une vingtaine en Belgique. Leur haut niveau de contraste (10 000 :1) et de luminosité (29 fL-99 cd/m2) est particulièrement bien adapté aux films 3D et HDR, tel que le procédé EclairColor.

« Hélas, les exploitants aujourd’hui ne s’intéressent pas trop au contraste alors que cela nous semble très important, explique Maxime Rigaud, directeur général CinemaNext France (Ymagis), spécialisé dans l’installation de salles. Plus le contraste est élevé, meilleures sont les images, surtout lorsqu’on projette un film en HDR. C’est pour cette raison que les systèmes à haut contraste sont certifiés EclairColor ».

Parmi les dernières installations de CinemaNext en projection Sony laser 4K, figure le cinéma 7 Batignolles (réseau Cinémovida), dirigé par Dorothy Malherbe, qui a ouvert à Paris en décembre dernier. Avec son écran de 16,5 mètres de base, la grande salle est associée à une double projection 4K laser (Sony SRX-R815DS). C’est une salle basée sur le concept premium Sphera développé par CinemaNext. Les autres salles du 7 Batignolles sont équipées en Barco laser.

« Nous n’avons aucun problème pour mélanger les marques et les technologies dans un même cinéma, ajoute Maxime Rigaud, CinemaNext France. Beaucoup d’éléments entrent en ligne de compte dans le choix de l’équipement, la taille de l’écran, de la salle, le budget, la configuration du cinéma… ».

L’année dernière, le complexe CinéPlanet d’Alès (Gard) a été le premier en France à installer un Sony Digital Cinema 4K laser (SRX-R815P) pour sa grande salle pourvue de la technologie EclairColor. « Nous avons reçu des retours très positifs depuis l’équipement de la salle, indiquait Philippe Borys, directeur de CinéPlanet. La technologie EclairColor HDR donne aux couleurs une luminosité et un contraste exceptionnels, et le nouveau projecteur permet de libérer tout le potentiel immersif et innovant pour créer une nouvelle expérience cinéma. » Avec un projecteur laser, plus besoin de changer la source lumineuse.

« Un exploitant qui investit dans un laser est tranquille pendant 30 000 heures, l’équivalent de sept à huit ans d’exploitation, explique Maxime Rigaud. CinemaNext assure une maintenance annuelle, vérifie la colorimétrie… La puissance lumineuse avec le laser évolue lentement alors qu’avec les lampes, elle descend par à-coups ». Toutes marques confondues, le nombre de cinémas équipés en 4K dans l’Hexagone avoisine les 400 à 500 salles, soit 10 % du parc français.

 

Des salles Premium immersives

En peu de temps, un florilège de nouveaux formats a fait son apparition dans les salles françaises (EclairColor, Dolby Vision, ICE LightVibes, ScreenX, 4DX, Sphera…) dans le but d’améliorer l’expérience du spectateur. Derrière ces images, on retrouve les quatre marques de projecteurs répondant aux spécificités DCI (Digital Cinema Initiatives) des studios de cinéma américains : Barco, Christie, Nec et Sony.

« Christie est compatible avec tous ces formats qui concernent avant tout le traitement des fichiers en postproduction, mais aussi avec tous les environnements sonores tels que le Dolby Atmos, le son multicanal 7.1 et 5.1, et l’Auro 11.1 grâce à la solution Christie Vive Audio qui s’installe dans n’importe quel cinéma pour offrir une qualité sonore optimale », ajoute Adil Zerouali, Christie Europe.

L’arrivée de Samsung dans l’exploitation avec l’écran Onyx Cinema Led, dont les capacités d’affichage sont impressionnantes (couleurs plus vives, niveau de contraste plus élevé, etc.) marque un tournant majeur dans l’histoire du cinéma. Neuf écrans ont déjà été installés en Europe, dont deux en France avec le Pathé Beaugrenelle à Paris et Pathé Bellecour à Lyon. L’exploitant a passé un accord en direct avec Samsung et a fait appel à ADDE pour intégrer les deux écrans Onyx de dix mètres de base, qui répondent eux aussi aux spécificités du DCI.

« La force du led est d’offrir des contrastes très élevés, à tel point qu’il est possible d’utiliser l’écran sans éteindre la lumière de la salle, note Adil Zerouali, Christie Europe. C’est une nouvelle approche du cinéma, mais encore faut-il qu’il y ait du contenu pensé pour ces écrans et que le spectateur y trouve une vraie différence qualitative ».

Autre type de salle premium, le cinéma 7 Batignolles (Paris XVIIe) peut s’enorgueillir de la deuxième installation Sphera en Europe (la première en France), après celle de Village Cinemas au Mall Athens en Grèce. Ce concept développé par CinemaNext « nous semblait le plus abouti avec la combinaison des dernières technologies existantes : son Dolby Atmos spatialisé beaucoup plus enveloppant, une image plus lumineuse, plus intense en HDR ou en EclairColor HDR, des sièges inclinables confortables, mais également un éclairage dynamique sur les panneaux latéraux qui interagissent avec l’écran, expliquait Dorothy Malherbe, directrice du cinéma 7 Batignolles. Avec Sphera, nous pouvons proposer à nos spectateurs un temps d’évasion et d’immersion, parce que l’effet “waouh” de la salle le permet. À ce jour, plus d’un spectateur sur cinq choisit la salle Sphera, ce qui en fait la plus populaire de notre cinéma. »

D’une capacité de 352 sièges, elle est équipée de deux projecteurs Sony 4K laser et 3D à très haut contraste qui illuminent l’écran dont la toile s’étend de mur à mur. « Sphera, c’est avant tout un label de qualité et une expérience optimale, explique Maxime Rigaud. C’est un concentré des dernières technologies : double projecteur 4K laser, HDR et EclairColor HDR, 2D-3D, Dolby Atmos. C’est un traitement acoustique spécifique, une plus grande obscurité dans la salle, des panneaux latéraux qui prolongent l’ambiance visuelle de l’écran avec des rails de leds dynamiques de chaque côté de la salle… ».

Les effets lumineux sont activés principalement sur les blockbusters, les bandes-annonces, ou lors d’événements privatifs et peuvent être stoppés pour des films d’auteur. Le confort fait partie de l’offre Sphera grâce aux larges fauteuils inclinables en cuir, des espacements plus grands entre les rangées et une signalétique reconnaissable dès le hall d’accueil. Côté audio, les effets sonores proviennent du système Dolby Atmos « customisé » avec un caisson de basses très puissant qui permet de descendre dans les très basses fréquences. Un dispositif d’enceintes en colonnes (line-arrays), semblable à ceux des concerts, prend place à l’arrière de l’écran. Il permet de « transmettre les sons de manière très précise du premier au dernier rang et complète le dispositif immersif Dolby Atmos », indique Maxime Rigaud. Le 7 Batignolles compte ainsi rentabiliser son investissement grâce à un meilleur remplissage de la salle et un prix du billet ajusté (+3 €).

Dans cette course au divertissement, Sony n’entend pas jouer les seconds rôles et compte, lui aussi, voir son nom affiché à l’entrée des salles aux côtés des Dolby et Imax. La société vient d’organiser le lancement mondial de sa première salle Premium format-large (PLF) labélisée Sony Digital Cinema dans le complexe cinématographique Galaxy Theatres, à Las Vegas. Elle s’appuie sur les dernières technologies laser 4K, associées à tout le confort d’une salle Premium grâce notamment à ses sièges inclinables.

S’inspirant du design des lobbies d’hôtels les plus luxueux, le tout nouveau Pathé Spreitenbach de Zurich (Suisse) bouscule le concept même de cinéma. L’exploitant a remplacé les fauteuils de certaines de ses salles par des lits double-place dont les draps sont changés à chaque séance. Le multiplexe est ouvert au public depuis le 9 mai. Il dispose de dix salles (1 322 fauteuils) équipées par CinemaNext Suisse des toutes dernières technologies incluant la projection laser 4K, le son Dolby 7.1 et de trois salles en Dolby Atmos. Figurent également une salle Kids Cinema pour le jeune public, plusieurs salles VIP où l’on peut s’allonger dans des canapés, et une salle Imax pour laquelle les équipes suisses de CinemaNext ont été chargées de l’installation de 17 fauteuils cocon VIP. Recréer le confort de son salon pour faire sortir les gens de leur salon. Un concept pour le moins paradoxal expérimenté un temps par Luc Besson dans son multiplexe d’Aéroville… sans séduire son public.

 

Extrait de l’article paru pour la première fois dans Mediakwest #32, p.84/86. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.


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