Le Hobbit en HFR, poudre aux yeux ou percée technologique?

Avec des avis tranchés émanant aussi bien de la critique, des exploitants que des spectateurs, le « High Frame Rate » suscite un clivage qui n'aide pas à clarifier le débat sur la spécificité de ce nouveau format de tournage et de projection.
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Publié le 08/01/2013

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Un effet « Soap Opera »?

Depuis quelques semaines, la technologie HFR ou HCI (haute cadence d’images) soulève des débats enflammés chez les cinéphiles du monde entier tant sur l’intérêt artistique du procédé que sur sa capacité à « améliorer » la qualité globale des images projetées en salle.
Peter Jackson, déjà lié de près à l’avènement de la performance capture et du renouveau récent de la 3D relief, est, cette fois, le premier à ouvrir les hostilités avec Le Hobbit : un voyage inattendu, premier volet d’une nouvelle trilogie adaptée d’un roman de J.R.R Tolkien et premier long-métrage au monde exploité en 48 images par seconde. Ce qui étonne d’abord dans les réactions négatives, c’est l’absence de comparaison au HFR tel qu’il existe déjà, et ce depuis très longtemps au cinéma (feu le système Showscan développé à la fin des années 70 par Douglas Trumbull) et à la télévision.

Les signaux à haute fréquence sont une réalité technique depuis les années 40 et la standardisation des téléviseurs avec une fréquence de 100 Hz ou plus contribue également, depuis une dizaine d’années, à préparer les spectateurs au HFR en salles. Parmi les caractéristiques du HFR, on note surtout l’atténuation du flou cinétique (perte de définition lors des mouvements à l’écran) et un « effet de réel » (ironiquement appelé effet « soap opéra ») qui, pour les uns, donnent à l’image une texture stérile proche de la vidéo et une sensation d’accélération peu naturelle des mouvements. Pour les autres, la précision du HFR renforce l’immersion et la perception des mouvements, deux aspects cruciaux dès qu’on parle de sport, de captation de performances scéniques ou de cinéma à grand spectacle, trois domaines déjà particulièrement concernés par l’offre HTDV à haute fréquence actuelle…

Ces rendus « qui dérangent » sont présents sur petit écran depuis bientôt dix ans et peu de détracteurs ont souligné à la fois leur spécificité et le temps d’adaptation qu’ils requièrent. Dans le cas du Hobbit, cette durée est variable en fonction du spectateur, de 10 minutes à plus d’une heure. Il est d’ailleurs troublant de constater à quel point Peter Jackson a eu conscience de ce problème. Hormis la séquence d’ouverture très agitée mais brève, la première moitié du film est en effet plutôt statique, permettant au spectateur d’apprivoiser à son rythme l’expérience tandis qu’à l’heure des péripéties de la seconde partie du film, il n’a plus le loisir de s’interroger sur son rapport avec le HFR.

Complémentarité avec la 3D ?

L’expérience du Hobbit démontre de manière positive l’apport du HFR au relief 3D. La stéréoscopie oblige le spectateur à se focaliser sur certains éléments plutôt que sur d’autres, parfois à tort, et devient souvent problématique quand il s’agit justement de gérer le flou cinétique, cela sans parler des pertes de luminosité et de contraste drastiques de certains systèmes. La HFR clarifie les détails et le mouvement dans l’ensemble du cadre proposant de réelles compensations aux déperditions induites par le relief. Mieux, pour un cinéaste qui aura compris l’intérêt du HFR, la mise en scène peut s’en trouver profondément affectée. Un des grands climax du Hobbit voit le groupe de héros poursuivi par une horde de gobelins dans un décor de caverne géante. Le découpage favorise des cadres larges et des mouvements d’appareils très amples mais aussi très rapides. Ce type de plan aurait été moins lisible avec une fréquence d’images standard tant le nombre de personnages et d’actions simultanées à l’écran requiert justement de la précision.

De même, Peter Jackson multiplie ce genre de travelling vertigineux dans la profondeur, exploitant l’apport du HFR à la fois au découpage et à la 3D. Il est à parier que d’autres cinéastes n’auront pas cette pertinence et que, à l’image du relief, les futurs exemples de films en HFR proposeront des degrés de satisfaction très variables. Peu importe car s’il est acquis que ce format trouvera peu d’écho auprès d’un cinéma art et essai intimiste (et encore pourquoi pas ?) et qu’il demande encore à être apprivoisé à la fois par le spectateur et la communauté des cinéastes, le HFR semble spécifique, et en tout cas complètement adapté, au blockbuster de fantasy ou d’action, à savoir une expérience cinématographique immersive, faite de sensations fortes et de dépaysement.

À ce titre, au-delà de la langue de bois sur les raisons économiques de cette posture, l’attitude sceptique du réseau UGC au sujet du HFR n’est pas cohérente avec la mission d’un exploitant français majeur. En privant ses abonnés d’une offre technologique que ces principaux concurrents ont rapidement embrassé, UGC se met à nouveau dans l’embarras après les mois de réticences face à l’évidence industrielle du 3D relief. Avec le nombre de projets lucratifs annoncés en 48fps dans les trois prochaines années (dont les suites d’Avatar), les abonnés du réseau peuvent espérer rapidement un revirement que la simple logique économique va précipiter…

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