Les Machineurs étalonnent la série « MTB Heroes » en HDR (deuxième partie)

Les Machineurs, filiale de Loca Images, sont des pionniers du HDR. La société Fast Fokus leur a confié la postproduction d’une série TV produite en Ultra HD, à 50 images par seconde et en HDR ! Après la description faite par Geoffrey Nesego Fernandez, responsable du laboratoire numérique des Machineurs, de la mise en place, du workflow et des enseignements tirés de ces premiers mois de travail (cf. première partie*), Thibaut Pétillon, étalonneur, nous a rejoints pour partager son expérience. Nous leur laissons la parole.**
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MK : Thibaut, merci de nous rejoindre pour partager ton expérience. Comment adaptes-tu tes habitudes de travail par rapport au supplément de luminosité émise par l’écran ?

Thibaut Pétillon : On a déjà reculé l’écran ; ensuite, cela ne change pas grand chose par rapport à un étalonnage classique : pour, comme on dit, refaire la balance des blancs de nos yeux, rien ne vaut une pause à la lumière du jour. J’ai été moi-même surpris : je pensais ressortir des séances avec un mal de crâne pas possible, ce n’est pas le cas !

 

MK : Dans ton approche d’étalonneur, je pense que le HDR change pas mal la donne ?

T. P. : Oui, dans le sens où effectivement il faut beaucoup remonter la luminosité globale du plan pour arriver à un niveau convenable par rapport à l’affichage de l’écran, pour vraiment l’afficher dans sa pleine mesure. Cependant, mon travail reste le même, mon workflow d’étalonnage également : les primaires, la saturation, le contraste et puis ensuite les secondaires, les looks et finalement l’intention donnée à l’image. Ce dont on se rend très vite compte, c’est de la richesse d’informations : on peut aller beaucoup plus loin qu’en étalonnage SDR en allant rechercher des informations un peu où on le veut. Un ciel qu’on penserait « exploser » en SDR, on s’aperçoit en HDR qu’on dispose d’une latitude de fou.

 

MK : Je me suis fait une idée de l’étalonnage HDR : les limites importantes du SDR nous poussant à exploiter au maximum la dynamique disponible. L’importante marge du HDR, tout en nous laissant travailler l’image, devrait nous permettre de la laisser vivre sans être obligés d’aller dans l’outrance. Es-tu d’accord avec cette réflexion ?

T. P. : En fait, ça dépend des plans et du contexte. Il y a des plans de nature bien exposés avec beaucoup de soleil ; ils ressortent effectivement déjà très bien, mais il y a d’autres plans qui doivent être fondamentalement travaillés. Que l’on soit en HDR ou en SDR, on fait finalement face aux mêmes problèmes, parce qu’un plan sous-ex en SDR le sera aussi en HDR.

Je dirais, qu’en fait, tout ce qui touche aux noirs, aux parties denses de l’image, n’est finalement pas sauvable – comme en SDR. À l’inverse, dans les blancs, c’est vraiment impressionnant : là où on pourrait croire qu’il n’y a plus d’informations, en fait on peut encore en retrouver. Une source « cramée » le reste, mais tout ce qui est autour est récupérable, et on peut ainsi redonner de la matière à l’image.

 

MK : Qu’est ce qui change fondamentalement pour toi entre une journée d’étalonnage HDR et une autre en SDR ?

Geoffrey Nesego Fernandez : Cela vient peut-être de mes habitudes d’étalonnage SDR, mais j’hésite toujours entre laisser vivre l’image telle qu’elle se transpose en HDR avec beaucoup de saturation et essayer de la contenir un peu. Les bikers ont des maillots rouges ; parfois je me dis qu’il faut baisser leur saturation parce que ça produit des images hyper vibrantes, presque fluo. Je laisse par contre vraiment vivre les plans de nature et j’accepte d’avoir beaucoup de saturation, beaucoup plus de nuances de vert dans la végétation. J’accepte également de laisser vivre les dégradés du ciel. Ce sont les éléments ponctuels ultra-saturés que je vais avoir tendance à calmer.

Je me pose vraiment beaucoup de questions sur ce qu’on doit faire de cette saturation. Est-ce qu’elle nous paraît excessive par rapport à nos habitudes avec d’autres standards ? Cela vaut le coup d’essayer de choquer les gens. On accepte également plus de saturation quand l’image est vraiment très lumineuse, cela va de pair. Pour plusieurs d’entre nous, le HDR sur un écran Oled, c’est un peu comme si on ouvrait une fenêtre sur la rue ; une telle précision de restitution est incroyable.

 

MK : Après avoir étalonné en HDR, n’es-tu pas Thibaut frustré de refaire de l’étalonnage SDR ?

T. P. : Je pense que si je devais enchaîner une séquence en HDR et une séance en SDR, ce pourrait être le cas, mais l’œil nous jouant des tours, vu que je laisse passer du temps, ça va. Sur ce projet, l’étalonnage d’une série contenant beaucoup de plans par épisode, on ne peut pas se permettre dans le temps imparti d’aller triturer un plan pendant des heures, mais je suis vraiment très curieux de l’application de l’étalonnage HDR en pub ou en fiction, parce qu’à mon avis c’est phénoménal !

 

* La première partie de cet article est à lire ici 

** Extrait de notre article « Les Machineurs étalonnent la série MTB Heroes en HDR » paru pour la première fois dans Mediakwest #21, p.50-51. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.