Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, la fusion de deux histoires

Le défi de la nouvelle Grande Région, née officiellement le 1er janvier 2016, n’est pas seulement de faire cohabiter une population occitane avec une minorité catalane, mais également de construire une politique audiovisuelle globale et cohérente, à l’échelle d’un territoire constitué de treize départements aux passés riches de multiples initiatives.*
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Le nom d’« Occitanie » a été choisi par les citoyens pour désigner ce grand territoire, plus vaste que l’Irlande, né de la fusion de Midi-Pyrénées et de Languedoc-Roussillon. Cependant, pour ne pas offenser les habitants des Pyrénées-Orientales d’origine catalane, la signature Pyrénées-Méditerranée a été rajoutée. Début février, Carole Delga, la présidente de région, présentait officiellement le nouveau logo fait de la croix occitane et du blason catalan. Mais nouvelle contestation : le parti Unita Catalana, ne retrouvant pas son compte de bandes rouges présentes dans l’héraldique traditionnelle « d’or à quatre pals de gueules », a intenté une action en justice.

 

Une région, deux histoires et trois commissions du film

Tout ceci est, bien sûr, totalement anecdotique pour les professionnels de l’audiovisuel préoccupés par d’autres questionnements : qui sera leur futur interlocuteur ? Sera-t-il à Toulouse ou à Montpellier ? Comment va se structurer ce nouveau territoire ? Là aussi, le passé n’est pas partout le même. Jusque fin 2016, les deux ex-régions se sont appuyées sur des modes de fonctionnement bien différents.

En Midi-Pyrénées, le choix a été celui de l’aménagement du territoire, avec un soutien important à des associations situées en milieu rural, telles que Ciné 32 dans le Gers ou Gindou Cinéma dans le Lot. Pas de réelle coordination générale. Juste un service des industries culturelles, dirigé par Benoît Caron, au sein du Conseil régional.

En Languedoc-Roussillon, la logique est tout autre : il y a dix ans, le Conseil régional créait Languedoc-Roussillon-Cinéma. La structure, qui compte aujourd’hui une douzaine de salariés, mène quatre missions : l’accueil des tournages, le développement du secteur professionnel, la diffusion et l’éducation à l’image. « Nous sommes à égale distance des institutions et des professionnels », nous explique Karim Ghiyati, son directeur. « Nous suivons les projets depuis l’élaboration du premier scénario, jusqu’à leur diffusion. Les premiers contacts, que nous avons avec les producteurs lors du montage financier du projet, favorisent un accompagnement plus pertinent au moment du tournage. Grâce à notre action, le fonds d’aide n’est pas hors sol. Ainsi, en 2016, nous avons accueilli 600 jours de tournage. Nous travaillons avec les producteurs sur la durée. Pour le film « Les Ogres » de Léa Fehner, tourné en 2014 et sorti sur les écrans en mars 2016, nous avons organisé une projection en plein air et 50 projections avec des scolaires. »

Youssef Charifi, responsable de Pages & Images, société de production montpelliéraine et président de l’APIFA (Association des producteurs indépendants de films audiovisuels) le reconnaît : « Il y a quinze ans, se tournait environ un documentaire par an en Languedoc-Roussillon et beaucoup plus de films en Midi-Pyrénées. Aujourd’hui, grâce au travail de LCR (Languedoc-Roussillon Cinéma), la logique s’est inversée. Ils ont fait un vrai travail de promotion des films produits dans la région avec, par exemple, des projections en première partie dans les salles de cinéma. Ils ont également favorisé la professionnalisation du métier par la mise en place de formations et l’organisation d’ateliers. »

En Midi-Pyrénées, c’est suite au tournage dans le Gers de « Milou en Mai » de Louis Malle et sous l’impulsion de Daniel Toscan du Plantier, attaché à Auch, qu’en 1992, un bureau d’accueil des tournages s’est créé au sein de Ciné 32, sous l’appellation « Les Régies de Gascogne ».

Ciné 32 est né d’un ciné-club qui a vu le jour en 1967 au lycée Salinis d’Auch. Dans les années 80, Ciné 32 fait l’acquisition du cinéma Le Rex à Auch et collabore avec de nombreuses communes pour animer un réseau de salles de diffusion dans le Gers. L’association devient partenaire des institutions pour l’éducation à l’image en milieu scolaire. Depuis cinq ans, l’association est installée dans un nouveau complexe de cinq salles. C’est à Ciné 32 que sera confié l’accueil des tournages dans tous les départements du sud de Midi-Pyrénées (l’Ariège, le Gers, la Haute-Garonne et les Hautes-Pyrénées).

Pour les départements du nord (l’Aveyron, le Lot, le Tarn et le Tarn-et-Garonne) la mission est confiée à Gindou Cinéma. Gindou est une commune située non loin de Cahors qui compte 300 habitants. Mais ce qui fait la renommée du village, ce sont les rencontres cinéma qui attirent des spectateurs bien au-delà des limites du département. Reconnaissant le dynamisme de l’équipe organisatrice du festival, le Conseil régional a choisi de lui confier la mission d’accueil de tournages.

« Sachant que les 300 techniciens recensés en Midi-Pyrénées vivent, pour la plupart, dans l’agglomération toulousaine, alors que la richesse des paysages faits de montagnes, de châteaux, de bastides et de villages pittoresques s’étend de la frontière espagnole, aux pieds du Massif central, le travail d’accompagnement des tournages est forcément plus complexe ici qu’en région Languedoc-Roussillon où l’essentiel des décors se trouve à moins de 45 minutes de Montpellier », fait remarquer Josiane Bled de Ciné 32.

Si le rôle de Languedoc-Roussillon Cinéma, qui sera amené à changer de nom, reste à définir, il est évident qu’en matière d’accueil des tournages, chacune des trois commissions du film continuera à œuvrer sur son territoire, dont elle a une fine connaissance et dont elle connaît les ressources.

 

Un fonds d’aide en soutien à une économie de la culture

Lorsque le 16 décembre 2016, le Conseil régional réuni à Montpellier, a adopté le nouveau règlement du fonds régional commun de la Région Occitanie/Pyrénées-Méditerranée, il a décidé de renforcer son effort financier et de consacrer 3,75 millions d’euros à la création en 2017, alors qu’en 2016, année de transition, la somme des deux fonds atteignait un montant de 3,18 millions d’euros.

« Si l’on ajoute à cela notre soutien aux établissements d’enseignements, aux bureaux d’accueil de tournage, aux festivals … au total la Région mobilise plus de 5,3 millions d’euros en faveur du cinéma et de l’audiovisuel », précise Dominique Salomon, vice-présidente en charge de la Culture. « La filière audiovisuelle est un moteur du développement de l’attractivité et du dynamisme de notre économie. Il faut rappeler qu’au-delà de leur valeur culturelle et artistique, les tournages favorisent l’emploi de techniciens et comédiens locaux et génèrent d’importantes retombées économiques : un euro investi dans la production par la Région peut générer jusqu’à 20 euros de retombées sur le territoire ! »

Le ton est donné ! Il s’agit avant tout de favoriser une économie, et l’embauche de professionnels. Les critères d’éligibilité du fonds vont dans ce sens, puisque la domiciliation dans la région de l’auteur ou du producteur n’est pas une condition sine qua non. Ces critères figurent parmi les quatre, dont deux doivent être satisfaits, qui sont : un auteur ayant sa résidence principale en Occitanie, un producteur délégué dont le siège social est en Occitanie, 40 % du tournage réalisés en Occitanie (80 % pour les courts-métrages de fiction) et « un recours significatif » à des compétences artistiques et techniques établies en Occitanie. Et il est bien précisé aux demandeurs que « les projets devront tenir compte […] des intérêts régionaux [et] de l’emploi de professionnels de la région Occitanie. [La production] fera appel, en tant que de besoin, aux services des bureaux d’accueil de tournage d’Occitanie/Pyrénées-Méditerranée ».

 

… Dans ces conditions, que deviennent les deux premiers objectifs affichés en tête du règlement, à savoir :

1. Accompagner les auteurs et soutenir l’émergence des talents sur le territoire régional ;

2. Participer au développement de la création audiovisuelle de qualité et au renouvellement de la diversité culturelle ?

 

Les cartes sont entre les mains des comités de lecture. Ils sont au nombre de trois : un pour la fiction, un pour l’animation et un pour le documentaire. Leur composition n’est pas encore officiellement communiquée. Chacun est composé de neuf personnes choisies dans un panel assez large afin de représenter les sensibilités de tous les corps de métiers.

Quant aux sommes allouées à chaque projet, l’effort a été porté sur les séries TV et les films d’animation avec un plafond des aides rehaussé à 300 000 euros. Hormis cette volonté d’aider ces deux catégories, très génératrices d’emplois, le nouveau dispositif d’aide à la création audiovisuelle est essentiellement un ajustement technique destiné à harmoniser les dispositifs des deux anciennes régions. Un effort a également été fait en direction des nouveaux médias. Le fond de soutien s’est ouvert aux projets destinés au web. «,  précise Dominique Salomon. 

Ici, les organisations professionnelles sont nombreuses : Réal (Réalisateurs Auteurs Languedoc-Roussillon), Film en Languedoc (association de techniciens, ouvriers et réalisateurs en Languedoc) Midi Film (association équivalente en Midi-Pyrénées)… Là aussi, la restructuration au niveau de la grande région s’organise peu à peu. C’est déjà fait pour les producteurs, puisque l’APIFA Pyrénées-Méditerranée a vu le jour. L’association regroupe les producteurs de la nouvelle grande région, même si l’APIAMP (Association des producteurs indépendants audiovisuels de Midi-Pyrénées) née en 1998 reste très active de son côté, quand les producteurs languedociens se retrouvent au sein de la LPELR (Ligue des producteurs extraordinaires de Languedoc-Roussillon).

 

TV Sud, un réseau de télévisions locales à l’échelle de la région

Pour les professionnels toulousains, la mise en liquidation judiciaire, en juillet 2015, de TLT (Télé Toulouse), une des plus anciennes télévisions locales de France, a été un traumatisme. Avec la Case Doc, la télévision toulousaine amenait un effet de levier puisque, pour un euro investi par TLT dans un documentaire, les producteurs arrivaient à lever jusqu’à dix euros. La chaîne, qui finançait environ vingt films par an, a permis à de jeunes réalisateurs de faire leurs armes.

Deux chaînes étaient candidates à la reprise de la fréquence de TLT : BFMTV et TV Sud déjà présente à Nîmes, Montpellier et Perpignan. BFMTV a finalement choisi de retirer sa candidature, pour entrer à hauteur de 20 % dans le capital de TV Sud Toulouse aux côtés TV Sud LR, propriété de Christophe Musset, Bruno Ledoux et d’investisseurs régionaux, dont La Dépêche. TV Sud a obtenu l’accord du CSA (Conseil supérieur de l’audiovisuel) pour démarrer la diffusion sur Toulouse le 31 mai 2017.

Mais, pour le réseau de télévisions locales, le modèle économique reste à trouver. Si Nîmes et Montpellier ont trouvé un équilibre financier, TV Sud Perpignan, lancé en 2015, continue à perdre de l’argent. À Toulouse, l’antenne démarrera avec une équipe de sept journalistes et un directeur commercial. Les budgets ne seront pas ceux de TLT qui a tourné avec 20 collaborateurs, et même jusqu’à 50 dans ses grandes années !

 

Toulouse et le film d’animation

Enfin, la présence à Toulouse de sociétés comme TAT Production, Xbo Films et de la SCOP Les Fées Spéciales à Montpellier, donne aux films d’animation une place privilégiée en terre d’Occitanie. Depuis cinq ans, le Cartoon Festival accueille un millier de professionnels du secteur à Toulouse. Alors l’idée avait été un moment évoquée d’une répartition des compétences : l’animation et le documentaire à Toulouse, la fiction à Montpellier. Finalement, dans l’attente de nouvelles décisions, pour la première session d’appel à projets pour laquelle 207 dossiers de demandes ont été reçus, c’est la localisation de la société de production qui déterminera le pôle (Montpellier ou Toulouse) en charge de l’instruction du dossier. Pour les sociétés extérieures, c’est le lieu de tournage qui sera déterminant. Mais l’organisation continue à se préciser et l’année 2017 sera celle de nouvelles décisions.

 

* Article paru pour la première fois dans Mediakwest #21, p.40-41. Abonnez-vous à Mediakwest (5 nos/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur totalité.