Tournage JRI : émergence d’un écosystème autour des smartphones

Ces dernières années, l’amélioration qualitative des performances des smartphones grand public haut de gamme a placé ces outils de captation et d’édition mobiles au cœur des dispositifs broadcast. L’IBC 2017 en était l’expression émergente au travers de plusieurs industriels.*
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AVIWEST fut un des pionniers en matière d’application smartphone destinée au reportage Live broadcast avec sa gamme Mojo (DMNG App) utilisable sur Android et iOS pour la transmission de flux Live vers une régie de production, via des liaisons 3G/4G.

La société rennaise a amélioré récemment son dispositif en y intégrant un véritable outil de montage à l’image près, de sorte qu’un JRI peut désormais, à l’aide d’un simple smartphone Android en mobilité et d’un module Aviwest, extraire des clips et les envoyer à sa rédaction en vue d’une mise en ligne rapide sur les réseaux sociaux, par exemple.

De même, Aviwest est en train de refondre son offre commerciale autour de Mojo pour y intégrer le logiciel de montage et transfert pour MacBook en plus de l’App mobile et de l’équipement de réception IP fixe.

 

L’entreprise présentait également sur son stand son nouvel émetteur sans fil 4G équipé d’un encodeur Hevc, le AIR 320, qui sera commercialisé d’ici la fin 2017. Pour l’occasion, Aviwest a entièrement repensé le design électronique et logiciel de son boîtier d’encodage et de transmission sans fil, afin de tirer le meilleur parti du HEVC en termes de qualité d’image et de rapidité de processing.

Aviwest indique avoir gagné près de 50 % de bande passante sur la compression du signal et avoir amélioré son circuit de transmission IP basé sur un ou deux modems 3G/4G qui a la particularité de fonctionner sur des réseaux non managés.

La V1 du boîtier AIR 320 est d’ores et déjà capable de descendre à des niveaux de latence divisés par deux entre l’objectif de la caméra et l’écran TV en régie (500 ms en Constant Bitrate et 700 ms en Variable Bitrate). Mais, Aviwest annonce déjà une V2 logicielle pour 2018 capable de descendre à 300 millisecondes en Constant Bitrate…

 

 

À noter que LiveU, le principal concurrent d’Aviwest, exposait également un nouveau boîtier de codage et transmission sans fil 3G/4G utilisant le codec HEVC, avec une démonstration sur écran des différences visuelles du résultat entre H264 et H265.

Nul doute que les potentiels futurs acquéreurs de telles solutions haut de gamme de transmissions sans fil n’hésiteront pas à faire un comparatif poussé entre ces deux marques le moment venu.

Ne ratant pas une occasion de faire l’attraction, LiveU montrait cette année de manière spectaculaire sa capacité à gérer la Remote Production IP en 4G avec la mise en place d’un plateau de tournage Live à cinq caméras tourelles, raccordées à des systèmes haut de gamme LiveU 600, et une régie déportée à l’autre bout de la planète… dans le New Jersey. Un retour vidéo permettait de constater que cette régie distante pilotait effectivement en IP l’ensemble des caméras durant les interviews. Le Live était diffusé sur Facebook Live.

 

Car, l’autre nouveauté de cet IBC était l’ajout par LiveU de nombreuses fonctionnalités logicielles à sa plate-forme de partage destinée aux JRI, LiveU Central. Le service permet de piloter un Live multicam hébergé dans le cloud avec insertion de synthés et logos.

Grâce à une communication directe avec l’API de Facebook, les Live sont partageables sur ce réseau social en utilisant un simple bloc de transmission LiveUSolo qui coûte, dans sa version HDMI, moins de 1 000 dollars, plus un abonnement à 45 dollars/mois à la plate-forme cloud LiveUCentral. Ce service permet aussi de distribuer un flux vidéo Live via YouTube, Akamai ou Wonza Media System pour une intégration plus complète au sein d’un site web.

 

Pour compléter le tout, LiveU propose une mini-régie intégrée dans l’app afin de vérifier le point, le cadrage et les synthés à l’aide de son smartphone. LiveU montrait une première illustration de ce service dans le cloud via un partenariat avec l’agence AP (Associated Press) pour laquelle la firme technologique a développé, en marque blanche, un portail complet dédié aux contributeurs de l’agence.

 

 

Un autre acteur de ce marché des liaisons sans fil, DEJERO, se positionne, lui, avec des solutions destinées à optimiser la connectivité en situation de mobilité, en vue de transférer les vidéos de qualité broadcast à partir d’outils mobiles comme les smartphones.

Ce spécialiste présentait sur IBC plusieurs solutions pour rapatrier des vidéos vers la rédaction d’une chaîne d’information. Il annonçait notamment CellSat, une offre technique clé en main, en partenariat avec l’opérateur satellite Intelsat, afin de combiner la transmission cellulaire émanant de multiples sources mobiles avec la connectivité d’un Up-link IP en bande Ku.

La promesse de CellSat est de fournir suffisamment de bande passante pour réaliser du Live de qualité. Dejero commercialise l’offre CellSat dès maintenant en Amérique du Nord et début 2018 dans les autres régions du monde.

 

 

TVU NETWORKS présentait sur son stand, pour la première fois, une solution de routage complète dédiée à l’IPTV et à la remote production capable de transmettre les signaux vidéo et les ordres en qualité broadcast à 200 Mbit/s entre ses modules de sortie de foule, les TVU Pack et TVU One et une régie. À noter que ces packs passent cette année H265/HEVC pour plus de qualité, notamment en vue de la transmission sans fil de signaux 4K.

Quant au système de remote production de TVU Networks, il accepte en entrée jusqu’à six sources vidéo SDI directement encodées en IP, transférées ensuite via un réseau VLAN avec une faible latence en même temps que les signaux de commande caméra.

Enfin, TVU Networks montrait un mélangeur Live multicaméra basé sur une technologie web, capable de s’interfacer directement avec l’API de Facebook Live.

 

 

Dans un registre proche, on notait la nouvelle version des caméras 4K Mevo de LIVESTREAM qui permet, à partir d’un point fixe, la production d’un Live multicam en Full HD. Pour ce faire, Livestream utilise une technologie de reconnaissance faciale et de mouvements permettant de recadrer de manière dynamique en HD dans les images 4K. Ces petites caméras dédiées aux plateaux légers, et vendues moins de 400 dollars, sont désormais pilotables non seulement via un iPhone, mais aussi via un smartphone Android.

Livestream montrait sur son stand une autre nouveauté : le Mevo Livestream Boost. Cette batterie de rechange, vendue 300 euros, prolonge le temps de tournage jusqu’à 10 heures. Elle se fixe sur un support de microphone et dispose d’un port Ethernet pour rendre le streaming en direct plus stable. En outre, la caméra Mevo s’interface de manière de plus en plus poussée avec le mélangeur de la marque qui dispose de puissances de calcul matérielles solides, tout en offrant de nombreuses ressources en ligne en matière d’effets.

Le mélangeur Livestream permet de gérer jusqu’à 25 sources en entrées-sorties, y compris des sources streamées en RTMP. Il propose le preview en direct des différentes caméras présentes sur un plateau du Live ou à distance. D’autres fonctionnalités sont également présentes dans cet outil pensé pour être piloté par un seul technicien, comme des templates d’habillage antenne, le PIP, la création de playlists de clips à lancer durant un direct…

 

 

Les outils de clipping, hébergés dans le cloud et dédiés à la production de séquences courtes destinées aux réseaux sociaux, se sont généralisés cette année. La jeune start-up française NEWSBRIDGE financée par le CNC et la BPI, qui partageait le stand de Aviwest, en était une belle illustration.

Newsbridge est partie du principe que le problème de base est l’indexation des médias à l’entrée dans les workflows de production, et ce, quelle que soit la caméra utilisée. Plutôt que de traiter ce problème à l’aide d’un outil d’ingest classique, la start-up s’est attaquée à la question plus en amont lors du tournage, en proposant de filmer un QR code (généré par l’application de Newsbridge) qui, un peu à la manière du clap au cinéma, identifie chaque séquence.

Ainsi, dès qu’un reportage a été attribué en conférence de rédaction à un journaliste et que celui-ci a été saisi dans la plate-forme Newsbridge, le JRI reçoit sur son smartphone un SMS et un QR code contenant l’ID de son futur reportage. Toutes les images qu’il ramènera auront alors le même ID de départ et des sous-répertoires liés.

 

Au-delà de cette astuce pratique, la plate-forme SaaS de Newsbridge propose de transcoder les reportages directement dans les formats de production de la chaîne ou ceux dédiés à un événement. Elle peut ensuite envoyer le signal vers une liaison Aspera ou directement sur les serveurs d’un outil de gestion de production de news, comme Dalet.

En plus de ces fonctionnalités de contribution IP, la plate-forme Newsbridge met à disposition des JRI un petit outil en ligne de découpe de clips à l’intérieur d’un direct, afin d’alimenter les réseaux sociaux.

Mieux, la start-up montrait à l’occasion de cet IBC une nouvelle fonctionnalité de détection visuelle permettant de faire des recherches au sein des séquences en langage naturel, via le nom d’une personnalité, par exemple.

 

D’ici six mois, Newsbridge envisage aussi d’ajouter une brique de reconnaissance vocale pour contextualiser encore davantage les recherches de séquences à l’intérieur d’un flux Live.

Le service Newsbridge est commercialisé de deux manières : sous la forme d’une licence ponctuelle pour un événement ou par abonnement mensuel pour une chaîne d’information.

 

 

* Extrait du « Cahier des tendances IBC 2017 » paru pour la première fois dans Mediakwest #24, p. 36-76Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.


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