Waymel s’ouvre au media management avec waymel on-line

Depuis plus de 45 ans, la société Waymel propose une offre de postproduction audiovisuelle complète, image et son, sur un site de plus de 1 000 m2 situé dans le 15e arrondissement de Paris. La société y accueille la postproduction de magazines d’actualité tels qu’Envoyé Spécial, Samedi et Dimanche 13h15, La Maison France 5, Arte Reportages, Enquêtes Exclusives, ainsi que de nombreux documentaires, courts-métrages et films de commande.
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Il y a quelques mois, à l’occasion du lancement de leur plate-forme de travail collaboratif, Maxime Waymel (directeur technique) et Patrice Wechsler (chargé d’affaires) nous ont accueillis sur leur site de postproduction pour nous présenter cette solution connectée que Waymel souhaite proposer à ses clients.

 

 

Mediakwest : Pouvez-vous nous préciser comment est née cette plate-forme ?

Patrice Wechsler : Cette plate-forme est née de notre souhait d’évoluer avec le marché et l’accompagner. Autour de notre cœur de métier basé sur une offre traditionnelle de postproduction image et son, avec import de rushes, montage, graphisme, étalonnage, mixage et sortie labo de fichiers master et PAD, nous voulons proposer de nouveaux services en phase avec les possibilités que nous offrent les dernières évolutions technologiques.

Le travail collaboratif est un sujet d’actualité depuis plusieurs années. Il y a environ cinq à dix ans, le partage en mode cloud était déjà un sujet dont tout le monde parlait sans vraiment le pratiquer, les débits n’étant pas toujours suffisants et le stockage encore trop cher.

 

Maxime Waymel : … et les masters n’étaient pas dématérialisés, on faisait l’acquisition des médias dans les stations de montage à partir de cartes mémoires, mais la livraison des PAD aux chaînes se faisait encore beaucoup sur cassette numérique. Le mode « démat » était encore peu répandu ! Depuis 2010, grâce à l’émergence de plates-formes telles qu’Arkena ou Aspera nous sommes entrés dans une nouvelle ère avec l’envoi dématérialisé de fichiers.

Aujourd’hui, le contexte est donc propice au lancement de nouveaux services à destination des producteurs, des diffuseurs et de toute la chaîne de production. Notre souhait étant que chacun puisse dialoguer autour des mêmes fichiers, de façon centralisée, sur une plate-forme connectée, en évitant les écueils des modes d’échanges classiques via WeTransfer ou MyAirBridge (obsolescence des liens, démultiplication des téléchargements, etc.).

 

P. W. : Pour des raisons économiques et d’ampleur des projets, certains secteurs d’activité ont déjà acquis une vraie longueur d’avance dans l’implémentation de plates-formes de gestion de leurs workflows de production. C’est le cas du domaine de l’animation avec l’utilisation de logiciels comme Shotgun. Pour les longs-métrages de fiction, des plates-formes comme Setkeeper (prix de l’Innovation César & Techniques 2018) proposent une gestion en mode collaboratif de toutes les étapes d’un tournage.

Avant la démocratisation du cloud, la plupart des grandes entreprises multinationales exploitaient, dans le cadre de leur communication, des intranets, voire des extranets permettant le partage de médias auprès de leur réseau d’agences et d’intervenants multiples. Le passage aux plates-formes connectées de Media Asset Management a été facilité par la légèreté des fichiers (images en Jpeg, logos, chartes graphiques, vidéos au format court, etc.).

Dans la production audiovisuelle, sur les émissions de flux, documentaires ou de fictions notamment, les formats standards relativement longs des programmes de 26, 52 ou 90’ et leurs différentes versions de masters associées imposent la gestion de fichiers lourds (plusieurs dizaines de Go) dont le partage sur les réseaux était jusqu’à récemment difficile.

Ces contraintes se sont peu à peu allégées ; avec la croissance des débits (chez Waymel nous sommes passés par exemple de 100 Mb/s à 1 Gb/s) et la réduction des coûts du stockage, les échanges via Internet de gros fichiers dans des délais serrés s’en sont trouvés de ce fait grandement facilités.

Cet écosystème devenu favorable devrait permettre de faire passer le media management en mode cloud des esprits aux usages. Nous pensons que le moment est opportun pour commencer à proposer dans ce domaine des solutions simples, concrètes et opérationnelles, imaginées à partir des besoins réels des clients !

 

 

M. : Comment fonctionne la solution ?

M. W. : Notre offre permet à nos clients de gérer leurs projets à distance avec plusieurs intervenants partageant un volume de media en commun, hébergé sur un serveur cloud. Pour optimiser le niveau de stockage nécessaire, ce système propose notamment le visionnage à distance de rushes ou de fichiers en mode proxy, tandis que les fichiers sources et masters peuvent rester stockés sur un serveur local. Cette plate-forme permet ainsi la collaboration sur des projets impliquant des équipes délocalisées, avec par exemple un graphiste basé à Marseille et un monteur à New York !

 

P. W. : Notre service propose de multiples applications : visionnage des rushes, suivi des montages, échange de commentaires, annotations sur une séquence ou à l’image, édition d’historiques, ou classement des masters en mode catalogue pour chaque production, etc.  Il faut l’envisager comme un couteau suisse : on a le couteau, la vis, la lime, les ciseaux… mais on n’a pas forcément besoin de tout cela au même moment ! Donc la solution sera adaptée en fonction des problématiques de production de nos clients.

Pour sélectionner cette plate-forme, nous avons fait au préalable un benchmark des différentes solutions existantes. Nous cherchions une solution qui soit plus orientée en mode publication qu’en édition (les montages sont présentés sous forme d’exports et non de projets), mais aussi une solution de partage des médias en mode collaboratif qui permette un suivi de production, un outil de validation avec une grande simplicité d’utilisation.

Certaines solutions opérationnelles dans le domaine du corporate n’étaient pas forcément optimales pour les programmes audiovisuels, d’autres en mode édition avec des stations de montage directement connectées au réseau, n’étaient pas conciliables avec les impératifs de notre chaîne de production.

 

M. W. : Notre solution est hébergée sur une plate-forme. À la demande de la production, le monteur génère un export du film qui est alors partagé sur la plate-forme. Ainsi, après identification, les producteurs peuvent visualiser le montage en cours. Pour cela, ils disposent d’une timeline et d’une messagerie en mode tchat. Pour éviter les confusions du type « Oh mince, je n’ai pas visionné la bonne version ! », on propose successivement plusieurs exports (1, 2, 3…) mais c’est toujours la dernière version qui est présentée, avec la possibilité de revenir en arrière et de les comparer. Le tchat permet à tout instant de voir les échanges ; ces derniers pouvant être adressés en mode ouvert ou privatif, le graphiste ou le monteur n’étant pas nécessairement concernés par les discussions éditoriales.

Pour optimiser la réactivité de ces échanges, des notifications peuvent être générées automatiquement. Lorsqu’un intervenant est en déplacement ou n’est pas connecté à la plate-forme, il peut ainsi recevoir une alerte par mail l’informant de la présence de messages urgents à traiter.

 

P. W. : Un autre atout notable de cette solution par rapport aux outils « classiques » de type WeTransfer : les vidéos restent en ligne et ne nécessitent pas de téléchargement. Cela s’avère très pratique pour tous les nombreux échanges itératifs que peut impliquer le suivi de production sur des animations graphiques entre le graphiste, le monteur chargé d’intégrer l’animation au montage, et le producteur, réalisateur ou directeur de production pour les validations.

Sans cette solution, il est nécessaire de télécharger les fichiers et de mettre en rapport le TC de la séquence avec les modifications à effectuer. Au nième aller-retour, cela devient de plus en plus compliqué de s’y retrouver entre les différentes versions. Sur la plate-forme, tout est simplifié à l’extrême : on visionne automatiquement la dernière version et les commentaires sont directement visibles et associés à l’image.

 

 

M. : Comment l’utilisateur peut-il ajouter les commentaires au film ?

M. W. : Plusieurs possibilités sont offertes, les commentaires peuvent concerner l’ensemble de la vidéo, une image placée à un time-code (TC) particulier, ou une plage de TC ; il est également possible de définir une zone de l’image, ce qui permet par exemple d’indiquer précisément les personnes à flouter. La possibilité de présenter des versions multiples apporte une grande souplesse aux échanges.

On peut activer un affichage double écran présentant la version en cours comparée à une version précédente afin d’observer en temps réel les modifications apportées. C’est une fonctionnalité utile pour des modifications en cours sur le montage finalisé. Cela permet notamment d’observer les modifications immédiatement, notamment pour apprécier des applications de flous, des sous-titres, des rustines de mix audio ou des éléments d’habillage.

 

P. W. : Un historique est disponible. Par exemple, si j’échange avec Hervé, graphiste sur le projet en cours, je peux faire un point sur les travaux qui lui ont été demandés, et ressortir automatiquement parmi tous les commentaires échangés sur le tchat, la liste de ceux qui lui ont été nominalement envoyés. C’est beaucoup plus pratique que de devoir ressortir l’ensemble des « échanges mails » générés dans le cadre d’un suivi traditionnel. Il est également possible de préciser le niveau d’urgence des messages, d’y joindre tous types de fichiers (.jpeg, .pdf, .doc, .xls), et de créer des groupes d’utilisateurs.

Différents droits utilisateurs peuvent être définis, de l’administrateur au simple observateur qui pourra uniquement lire le film, l’utilisateur intermédiaire pourra, lui, accéder au tchat, d’autres pourront downloader et uploader des fichiers ; l’administrateur gère également la suppression des fichiers et l’attribution des droits. Parmi les paramètres du compte, on peut définir la fréquence d’envoi des mails de notification signalant les modifications apportées au film (toutes les deux heures, chaque jour, ou une fois par semaine).

 

 

M. : Existe-t-il une solution pour visionner les films si on n’appartient pas au groupe d’utilisateurs ?

M. W. : Il est possible d’envoyer les vidéos sur les réseaux sociaux, directement depuis la plate-forme, en renseignant les identifiants de compte Facebook ou YouTube.

P. W. : C’est une fonction pratique pour communiquer à un tiers ne possédant pas de compte sur la solution, et auquel un utilisateur veut envoyer ponctuellement un fichier, pour présenter l’avancée du montage ou lui fournir le film en vue d’opérations de communication, par exemple.

 

 

M. : Quel a été votre travail dans la création de cette solution ?

P. W. : En tant que postproducteurs, nous travaillons avec des partenaires. En l’occurrence, Waymel n’est pas créateur, mais promoteur de cette solution que nous appelons « Waymel On-Line ». Notre travail consiste à « mettre la solution en musique » pour qu’elle soit optimisée et réponde à la spécificité des besoins de nos clients.

M. W. : Notre rôle dans ce partenariat est d’identifier et favoriser les évolutions des fonctionnalités qui seront pertinentes à nos métiers. Nous voulions un produit très accessible pour les chargés de production, ergonomique et doté d’une interface ludique avec un minimum de menus et de boutons. Leur volonté c’est la simplicité et notre choix c’est le « clic and play » !

 

 

M. : Avez-vous ciblé le profil des clients potentiellement intéressés par votre offre ?

P. W. : Nos clients intéressés, et avec lesquels nous commençons à travailler sur ce produit, ont des projets s’échelonnant au minimum sur un ou deux mois, impliquant de nombreux intervenants, parfois géographiquement éloignés des salles de montage. Ce peut être des productions à économie réduite conscientes de l’importance du temps gagné grâce à ces outils, mais aussi des producteurs susceptibles de devoir suivre plusieurs productions en parallèle et à distance. Nous avons proposé ce système à quelques clients, certains l’ont déjà adopté.

 

 

M. : Comment commercialisez-vous cette plate-forme ?

M. W. : Waymel On-Line est une offre supplémentaire, un service facturé sous forme d’abonnement « à l’usage ». Lorsqu’on crée un compte utilisateur, celui-ci n’est facturé mensuellement que s’il s’est connecté au moins une fois ; il n’y a aucun engagement.

P. W. : L’utilisateur paye le service, la mise à disposition de la plate-forme et un espace de stockage, (un cloud « mirroré » sur deux plates-formes européennes distantes – hors législation américaine). Notre position en tant que postproducteur est de proposer ce service de media management à nos clients parce que nous sommes convaincus que c’est une solution d’avenir et qu’elle leur apportera un vrai bénéfice dans la gestion efficiente de leurs productions. C’est aussi notre rôle d’en mutualiser les coûts pour démocratiser son accès auprès de nos clients. En concentrant les comptes utilisateurs, nous pouvons atteindre plus rapidement des niveaux de seuil avec des conditions économiquement avantageuses dans l’utilisation du service pour nos clients.

 

 

M. : Avez-vous prévu des évolutions ?

P. W. : Aujourd’hui la solution est conçue pour le suivi de postproduction. Selon les demandes de nos clients, des évolutions sont envisageables dans son mode d’utilisation : un client localisé en France et produisant un film dont le tournage s’effectue en Allemagne pourrait visualiser les rushes (proxys ou natifs) après leur dépôt sur la plate-forme. Une fonctionnalité envisageable et pertinente pour certains tournages comportant de nombreuses interviews serait d’adjoindre à la plate-forme un système de retranscription automatique des rushes.

En ce qui concerne la diffusion, un producteur pourrait répertorier son catalogue de films sur la plate-forme pour en proposer le visionnage avec un accès public ou sécurisé.

 

 

M. : Quel est l’intérêt de la plate-forme pour vous en tant que société de postproduction ?

P. W. : Nous voulons nous démarquer par la qualité de nos services : nous sommes plus que des loueurs d’équipements et de salles. Nous offrons les services de techniciens hautement qualifiés qui peuvent conseiller et accompagner nos clients. Cet accompagnement débutant avant l’entrée en salle de montage et se poursuivant encore après le montage. On peut conseiller de faire le montage chez nous, mais on peut aussi accompagner les clients sur d’autres aspects de la production. Ce service matérialise un lien avec nos clients.

 

 

M. : Avez-vous prévu des développements de la solution pour la gestion des films après la postproduction ?

P. W. : Effectivement, selon les envies de nos clients, nous pourrions proposer une version d’archivage de leur catalogue. Par exemple, pour les productions de France TV, il serait possible de conserver un certain nombre de sujets au format DNXHD 185. Au bout d’un an, une arborescence permettrait de répertorier les sujets, avec un historique de tous les échanges et le dernier montage à jour validé et diffusé.

M. W. : Notre stockage est en mode opérationnel et réparti sur plusieurs serveurs sécurisés totalisant 400 To. Les rushes sont « ingestés » et conservés le temps de la postproduction et effacés ensuite (sauf demande particulière d’ordre juridique). Les masters diffusés sont archivés pendant environ deux ans (un an en stockage chaud – ensuite sur bande magnétique LTO), l’archivage des rushes étant géré par les productions. Il serait donc également utile de donner de l’autonomie aux équipes de rédaction dans la consultation et l’exploitation des sujets diffusés et archivés en les rendant accessibles depuis la plate-forme. Ceux-ci pourraient alors être consultés et récupérés directement depuis la plate-forme afin de les « importer » sur Avid en vue d’un éventuel remontage.

 

 

M. : Avez-vous d’autres projets novateurs ?

P. W. : Plutôt que de nous disperser, pour l’instant notre priorité est surtout de développer l’usage de cette plate-forme auprès des producteurs, notamment de documentaires, fictions ou corporate. Par la suite, nous serons certainement en mesure de développer de nouvelles offres. Avec la transformation digitale que nous observons dans tous les domaines, les modes de production seront amenés à changer rapidement et de façon radicale. Aujourd’hui, l’enjeu est d’évangéliser nos interlocuteurs sur les nouvelles pratiques offertes par la production en mode cloud et de les accompagner au mieux dans cette transition. 

 

 

WAYMEL EN QUELQUES CHIFFRES

Montage

• 20 salles Avid Media Composer

• 4 salles Adobe Première

• 2 serveurs Isis et Nexis pour un stockage total de 400 To

• Montage on-line ou avec conformation 2K/ 4K/ UHD

 

Etalonnage

• 2 salles Da Vinci avec moniteurs 42 pouces

• 4 salles Avid Symphony DX Z820

 

Graphisme

• 6 stations avec After Effects

 

Enregistrement et mixage

• 3 cabines speak

• 1 audi 5.1 avec D-Command 24 pistes

• 2 audis stéréo Pro Tools HD2 avec console D-Command 8

• Service on line : Clic and Mix

 

Laboratoire

• Duplication et encodage HD/2K/ 4K/ UHD

• Fabrication PAD tous supports

• Archivage, stockage partagés & LTO

 

Nous remercions Maxime Waymel, Patrice Wechsler et toute l’équipe de Waymel pour leur chaleureux accueil. Nous vous redonnerons des nouvelles de la plate-forme qui est promise à de belles évolutions. Le travail collaboratif est en route !

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #31, p.100/104. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.