Polyson présente son nouvel auditorium Atmos

Historiquement basée à Montreuil, Polyson s’est ensuite déployée dans le vingtième arrondissement, rue de Bagnolet, puis 200 mètres plus loin, dans deux bâtiments situés au 2 et au 11 villa Riberolle. C’est précisément à cette adresse qu’a été créé l’Audi 11, un auditorium de mixage cinéma de grande taille équipé en Dolby Atmos…
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Initialement spécialiste du son pour le cinéma, Polyson a progressivement évolué vers le statut de fournisseur de service global de postproduction. La partie labo représente ainsi 30 % de l’activité environ, soit une bonne dizaine de longs-métrages par an, contre 50 à 60 films pour la partie audio. Le prestataire dispose également d’une vingtaine de salles de montage destinées à parts égales pour l’image et le son et d’une salle d’étalonnage cinéma, tandis que deux salles dédiées à la gestion des rushes, aux sauvegardes et à la fabrication des éléments livrables complètent l’offre. L’ensemble est architecturé autour d’un stockage centralisé (360 To en ligne et 800 To pour la sauvegarde NAS) et d’une liaison fibre noire déployée entre les bâtiments. C’est dans ce contexte que Polyson a choisi d’étoffer son offre avec ce nouvel Audi 11 qui porte à cinq le nombre d’auditoriums de mixage…

 

Un volume proche d’une salle de ciné

Dans un volume généreux de 700 m3, assez proche d’une salle de ciné, l’équipe technique nous accueille dans ce nouvel auditorium dont l’acoustique est signée Olivier Guillaume, un ingénieur du son passé par Polyson, également acousticien à ses heures.

« Polyson a toujours eu une culture de l’écoute et a su rester attentive aux attentes », estime le jeune ingénieur du son free-lance : « En tant que mixeur, je suis bien placé pour comprendre l’importance de toutes ces remarques et j’ai essayé de les traduire dans le domaine acoustique. La première demande portant sur l’homogénéité de l’écoute, j’ai donc travaillé l’acoustique de façon à ce que l’on entende la même chose d’un bout à l’autre de la console, mais aussi derrière, sur le canapé. »

Commence alors une étude soignée pour déterminer la forme idéale de l’auditorium effectuée d’abord avec le concours d’une maquette réelle à l’échelle ¼, puis à l’aide de modélisation logicielle. Il en résulte que les murs doivent être implantés de sorte que la zone avant où se trouve l’écran soit plus large que la zone arrière. Une autre demande des mixeurs portait sur l’envie d’avoir une salle dotée d’un volume comparable à une salle de cinéma.

« Ici, on retrouve une taille d’écran, un recul et un volume que l’on n’a pas dans un auditorium plus petit, et ce faible écart entre l’auditorium et la salle permet au mixeur d’être juste plus facilement, de façon à optimiser le passage du mix entre l’audi et la salle de cinéma. »

 

Avid S6 et monitoring DK Audio

L’œil est immédiatement attiré par la zone mixage où trône une surface de contrôle Avid S6 en version 56 faders et neuf encodeurs par voie configurable en mode double poste. L’ensemble est motorisé par trois Pro Tools HDX3, soit 768 pistes audio et 192 entrées/sorties disponibles par Pro Tools. Ne serait-ce pas un peu surdimensionné ? « Pas tant que ça », répondent en chœur les membres de l’équipe, sachant que le Dolby Atmos, avec ses 128 canaux de sortie vers le RMU, peut rapidement se montrer gourmand en ressources. Les interfaces audio sont des Avid HD Madi, et HD I/O afin notamment de pouvoir accueillir des processeurs analogiques que certains mixeurs aiment insérer dans Pro Tools.

« Certaines personnes appartenant à la vieille école ne comprennent pas que l’on ait créé un grand studio en y mettant une S6 dedans ! » lance Nicolas Naegelen, directeur des lieux. « Mon raisonnement était plutôt : installons une S6, et créons autour une boîte afin d’obtenir le plus grand volume possible. Penser qu’un audi haut de gamme doit forcément comporter une console audio est dépassé et devient coûteux. En plus, le fait de reprendre une solution standard devient un atout intéressant pour attirer la clientèle internationale. Les sessions peuvent ainsi facilement traverser l’Atlantique et il devient plus facile d’attirer un mixeur américain chez nous s’il sait qu’il va retrouver l’équipement dont il a l’habitude. »

Le monitoring Dolby Atmos conçu par François Decruck est composé de 40 enceintes passives DK Audio associées à une amplification Ashly. Les enceintes du constructeur français équipent déjà un total de 810 écrans en France dans les réseaux CGR et UGC, mais aussi les festivals de Cannes et de Deauville…

Notre interlocuteur explique ce choix : « On a eu envie de rester proche de l’enceinte de ciné traditionnelle équipée d’un haut-parleur grand diamètre 38 cm et d’une chambre de compression pour l’aigu afin de garder une certaine cohérence avec l’équipement que l’on trouve dans les salles de cinéma. Or, il se trouve que François Decruck développe ce type de produit avec une approche très qualitative et en plus, c’est quelqu’un avec qui on peut échanger et avec qui nous avons une proximité que nous ne pouvons établir avec les constructeurs américains par exemple… ». La gestion du monitoring et la conversion sont assurées par un Dad AX32 qui, grâce à sa grille, permet de basculer très rapidement de l’Atmos au 5.1 et au 7.1 en adaptant parfaitement la calibration.

 

N’oublions pas l’image

Dernière étape après l’étalonnage, le passage en auditorium de mix était il y a encore peu une étape difficile pour le réalisateur confronté à la projection de son film en basse qualité sur grand écran : « Nous sommes heureusement sortis depuis quelque temps de ces années noires qui ont suivi l’abandon de la pellicule où l’image offline était alors uniquement disponible en SD avec une qualité très dégradée, constate Nicolas Naegelen. Aujourd’hui, le Offline a progressé et grâce à la qualité de l’éclairage et de la projection assurée par un vidéoprojecteur Christie 2K CP2215 identique à celui que nous avons en salle d’étalonnage, les réalisateurs apprécient de retrouver un rendu comparable. »

L’équipe technique nous détaille alors le soin apporté à la partie image, à commencer par le système d’éclairage dont la gestion est assurée par un contrôleur DMX qui offre une souplesse de commande comparable à celle d’une salle de spectacle. D’autre part, la luminosité sur la console est plutôt confortable, sans que cela ne semble troubler la partie projection. Renseignements pris, la majeure partie des sources lumineuses viennent du plafond et sont alimentées en fibre optique, ce qui permet d’avoir un éclairage puissant et bien focalisé sur la partie console sans pour autant faire passer de courant, donc sans risque de polluer les câbles des haut-parleurs. Assis sur le canapé, on remarque également que l’écran au format cinémascope reste visible en entier sans qu’aucun moniteur informatique ne viennent gêner la vision, un confort obtenu en surélevant le canapé sur une estrade, qui est d’ailleurs utilisée comme un absorbant de type basstrap grâce à sa conception ouverte…

 

L’auditorium grand volume en question

Déjà doté de quatre auditoriums, Polyson s’adresse visiblement, avec ce nouvel Audi 11, à un marché plus haut de gamme : « Effectivement, nous avons démarré notre activité en proposant des audis plus compacts, et cette approche nous a valu un franc succès, analyse Nicolas Naegelen. Nous avons ainsi pu nous développer jusqu’à un certain point, mais on s’est rendu compte que, malgré tout, l’auditorium de grand volume garde du sens, et que ne pas le proposer nous empêchait d’accéder à un marché plus haut de gamme. Ce qui est amusant, c’est que certains de nos confrères en découpant les très gros audis pour faire des petits dedans adoptent actuellement l’option l’inverse. Personnellement, je crois qu’il y aura toujours un marché de mixage cinéma pour des auditoriums de grande taille. Dans ce contexte, l’Atmos se justifie, car quitte à faire une nouvelle installation, autant la faire directement avec les nouvelles technos, la mise à jour a posteriori serait plus coûteuse. D’autre part, je crois au dispositif Atmos, mais pas uniquement pour son aspect 3D. Effectivement, Dolby, en proposant l’Atmos, en a profité pour revoir à la hausse le cahier des charges de la reproduction sonore dans les salles de cinéma et c’est pour moi un progrès universel. Sachant qu’un exploitant change son équipement tous les vingt ans, et en tenant compte des créations de salles, le parc se met à jour lentement mais sûrement.

Après, il y a effectivement encore une grande frilosité de la production française vis-à-vis de l’Atmos en tant que dispositif esthétique, mais il ne faut pas oublier la présence sur le marché français de films étrangers plus nombreux à utiliser l’Atmos, et que nous voudrions bien attirer chez nous, sachant qu’il y a des dispositifs incitatifs comme le crédit d’impôt international pour localiser une partie du marché international. Le fait que la France soit reconnue à l’international pour la qualité de son industrie technique et son savoir-faire en matière de VFX est également un autre atout qui joue en faveur des studios de grande taille équipés Atmos, car qui dit VFX dit souvent film à grand spectacle et mixage Atmos… ».

 

Un marché en évolution

Depuis son ouverture en mars dernier, l’Audi 11 a recueilli des retours très positifs, notamment de mixeurs qui apprécient l’endroit. Il a déjà vu le mixage de six longs-métrages parmi lesquels Le Portrait de la jeune fille en feu de Céline Sciamma, La Belle Équipe de Mohamed Hamidi et Adults in the room de Costa Gavras, tous trois mixés par Daniel Sobrino, ou encore Deux moi de Cédric Klapisch mixé par Cyril Holtz et #Jesuislà d’Éric Lartigau mixé par Olivier Do Huu.

Mais au-delà de l’activité purement cinéma, d’autres demandes émergent, confirme Nicolas Naegelen : « Notre activité est historiquement liée au cinéma, mais depuis trois ans, le marché change et les productions spécialisées dans le cinéma s’intéressent à la série. Comme nos clients historiques nous sollicitent, nous nous adaptons à ces nouveaux besoins. Nous avons par exemple l’idée de créer un deuxième audi de petite taille équivalent au premier pour pouvoir mixer en parallèle deux épisodes de la même série et réduire ainsi les délais… ».

En tout cas, entre les demandes initiées par de nouveaux acteurs tels que Netflix ou Amazon, l’émergence de l’Atmos qui arrive en télévision et même sur les smartphones, la nécessité d’adaptation est permanente et les projets ne manquent pas… 

 

 

DE L’ATELIER À L’AUDITORIUM

Le bâtiment initial, un atelier spécialisé dans l’usinage de pièces plastique et bakélite, étant suffisamment volumineux, l’empreinte originale a été gardée afin d’y reconstruire une double boîte dans la boîte.

Olivier Guillaume apporte quelques précisions : « Au sol, nous avons une dalle flottante en béton d’une trentaine de centimètres, mais ce qui est moins fréquent, ce sont les murs, construits également en béton. D’habitude, on trouve souvent des structures plus légères, type placo, mais ici, comme nous n’avions pas de contrainte de poids, nous avons choisi le béton car même s’il n’absorbe rien et demande plus de traitement, il apporte en revanche une bonne isolation. »

Nicolas Naegelen ajoute : « La rigidité des parois n’engendre aucune vibration ni comportement aléatoire non prévisible. C’est ce qui fait que le résultat obtenu dans cet audi est vraiment conforme à la modélisation. »

 

INGÉNIERIE MAISON

De l’étude acoustique au câblage en passant par la conception des aménagements, Polyson fait partie des structures relativement autonomes en matière d’ingénierie, nous expliquera en substance David Fontaine, directeur de Vidélio-Cap Ciné, qui revient sur l’installation de ce qui fut pour son département, la trente-sixième Avid S6.

« La préparation du montage de la surface contrôle s’effectue toujours en amont, dans nos locaux, car il faut savoir qu’une S6 à la livraison représente trois palettes de matériel. On se retrouve donc au déballage avec une multitude de cartons de la taille d’une boîte à chaussure contenant l’ensemble des éléments qu’il faut vérifier et enregistrer avant l’assemblage final sur site. Cette partie de meccano peut prendre plusieurs jours, sachant qu’il faut éventuellement procéder aux mises à jour du firmware de chaque élément… ».

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #34, p.36/37. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.