La course à l’échalote des plateaux de tournage

C’est à une réelle course à l’échalote que se livrent les territoires afin de proposer des services intégrés  à des productions TV ou cinéma de plus en plus en attente d'une approche globale. Un Petit tour du côté de Provence Studios, de Stars Europe, en France, et une visite éclair aux studios Badelsberg à Berlin...
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Provence Studios : l’émergence d’un écosystème

Ouvert en 2014, Provence Studios apparaît comme une alternative de plus en plus prisée par les productions – nationales et internationales – par l’approche qui a présidé à son émergence.

Fort d’un bâtiment de 26 000 m2, sous forme de cellules de 500 à 2 000 m2 entièrement modulables, sur un terrain de 22 ha incluant plusieurs kilomètres carrés de surface bitumée, Provence Studios intéresse.

Après avoir accueilli clips et courts métrages, les studios d’Olivier Marchetti voient le planning se remplir peu à peu : une séquence de tempête de neige pour la série Alex Hugo, produite par MFP pour France Télévisions, plusieurs décors récurrents d’une autre série, No Limit, et, plus récemment, Les Tuche 2. Depuis la mi-décembre, c’est un tournage d’une toute autre ampleur qui déboule à Martigues : le long métrage Overdrive, coproduction entre les États-Unis, la Belgique (Nexus) et la France (Kinology), va occuper plus de 3 000 m2 de bâtiments (plateaux, loges, bureaux) pendant trois mois, sans compter les backlots !

« Ce que propose Provence Studios, ce sont non seulement des plateaux équipés ou rough mais aussi des services intégrés directement sur le site », explique Olivier Marchetti. Ainsi Provence Costumes a officiellement ouvert ses portes en 2016, en partenariat avec Maratier avec plus de 200 m2 dédiés. Une académie de cascadeurs, menée par Alain Fligarz est également présente sur le site, pour former à ce métier très demandé sur les tournages. Enfin, depuis le 1er janvier 2016, Provence Studios dispose d’un nouveau département, Provence Décoration ; l’idée est de récupérer les éléments de décors et props construits dans les studios puis de les inventorier pour constituer une base à disposition pour les futures productions.

 

Stars Europe : le studio « convivial »

Briare est une petite commune de la région Centre qui offre un petit port de plaisance et des canaux fort sympathiques. C’est aussi là qu’a été inauguré en 2012 Stars Europe, fort d’un budget d’investissement de 1,5 million d’euros, qui se revendique comme le pôle technique du spectacle vivant et de l’événementiel. C’est d’ailleurs, à l’origine, le projet porté par Bruno Limoge, ancien du Cadre Noir de Saumur, qui revendique une dimension spectacle vivant avant tout.

« Les tournages sont venus au fur et à mesure avec le bouche à oreille », explique Bruno Limoge. Si Stars Europe dispose d’un plateau de 600 m2 avec une hauteur d’accroche de 12 m, la société sait compter sur l’ensemble du tissu économique local. « Les établissements hôteliers, de restauration tout autant que la mairie ont bien perçu l’intérêt de soutenir notre démarche, car elle profite à tous : un tournage, ce sont des nuitées, des repas et une visibilité du territoire », poursuit-il.

Actuellement, Stars affiche un taux d’occupation d’environ 50 % toutes activités confondues (tournages, spectacles, événementiels, etc.). En décembre 2015, il a ainsi accueilli pendant cinq semaines (dont trois de tournage) le long métrage de Bertrand Mandico, Les garçons sauvages produit par Ecce Films. La société de production avait déjà « testé » le studio pour son précédent film Gaz de France présenté à Cannes 2015.

Si Les garçons sauvages a été tourné en extérieurs à la Réunion, les séquences intérieures ont été plutôt audacieuses : « Il s’agit de scènes où il y a un bateau à quai, puis ce dernier se retrouve en pleine mer, ballotté par les flots durant une tempête ». Un tournage très orienté VFX donc, le studio disposant d’un fond vert de 60 m de long, en U, sur 6 m de haut : « L’eau sera finalisée en postproduction mais nous avons utilisé sur notre plateau de l’eau pulvérisée dans un premier temps avant de passer, pour la tempête, aux vannes de pompiers pour une inondation complète, soufflée par des ventilateurs. »

En 2016, Stars Europe compte bien accroître son carnet de commandes ; déjà un long et une série sont actuellement en discussions bien avancées. « Outre le plateau, nous apportons toute une gamme de services et sommes prêts à répondre, dans une atmosphère conviviale, à toutes les demandes ». Pour autant, l’équipe de Bruno Limoge avoue une préférence pour le cinéma d’auteur, qu’il « convient de soutenir autant que possible ». Une approche singulière qui semble fonctionner : à une heure et trente minutes de Paris, avec accès direct par l’autoroute ou à trois minutes de la plus proche gare, direction la capitale, Stars Europe a tout pour jouer sa partition qui mise sur les services autant que sur le studio… Un axe à prendre en compte ?

 

Vers le « tout compris » ?

« En apportant toute une gamme de services compris dans le prix de la location, Provence Studios fait gagner du temps aux productions et, de facto, leur fait réaliser des économies », résume le P-DG des studios. C’est le principe du « all inclusives » qui semble peu à peu rencontrer un écho favorable auprès des directeurs de production, car il offre le net avantage de permettre la constitution d’un budget sans coûts additionnels, souvent non prévus lors de la préparation.

Avec un territoire naturellement, au sens premier du terme, très attractif, Provence Studios a aussi compris que les ressources humaines étaient l’une des clés du succès : il apporte ainsi son soutien à l’école de cinéma Cinemagis basée à Marseille. « Je réfléchis également à la création d’une école pour les métiers de l’électricité, de la machinerie, car nous avons toujours besoin de main-d’œuvre qualifiée dans ces domaines ».

Le programme d’investissement de Provence Studios se poursuit, étape par étape : après la réfection de la toiture, totalement équipée de panneaux photovoltaïques, Olivier Marchetti réfléchit aussi à la création… d’un bassin de tournage. « Nous avons déjà les plans, sur une base de 100 x 100 m avec une profondeur de 2 m, assortie d’une fosse en son centre pour les tournages en profondeur. Ainsi, nous pourrons offrir un service comparable à ce qui est proposé à Malte… mais en France. » À titre de comparaison, le bassin extérieur de Pinewood frôle les 70 m2. Quant au calendrier possible pour une telle construction, le patron de Provence Studios préfère ne pas s’avancer : « Cela se fera aussi en fonction des demandes des productions ».

 

Studio Babelsberg s’agrandit

Le 14 décembre dernier, Studio Babelsberg a annoncé l’extension de ses studios de tournage pour un montant de plus de 12 millions d’euros. Ce nouveau backlot, baptisé Neue Berliner Straße, va accueillir quatre rues fictives créées sur 15 000 m2 pour le tournage de films, de séries TV et de publicités. Les travaux devraient s’achever au printemps 2016 et une production allemande a déjà réservé cette nouvelle prestation.

 

Une course à l’échalotte…

C’est donc bien à une réelle course à l’échalote que se livrent les territoires pour accueillir des productions de plus en plus friandes de services intégrés leur permettant de (se) poser pendant plusieurs semaines pour un tournage. Si la France semble avoir de nouveau un jeu solide et de nouveaux atouts dans sa manche pour rivaliser avec ses homologues, rien ne permet à ce jour de penser que l’horizon 2017/18 sera tout aussi dégagé. Déjà, l’Angleterre comme l’Allemagne rebattent les cartes, et les outsiders d’Europe de l’Est n’entendent pas non plus quitter la table. Alors… tapis ou pas ?

Avant de tout miser sur les blockbusters, il faut avant tout profiter de l’effet d’aubaine suscité par la réforme du crédit d’impôt national : les prestataires techniques français espèrent sur 2016 de 20 à 30 % de relocalisations des tournages de longs métrages avec l’évolution des dispositifs nationaux, notamment sur les films à gros et moyens budgets avec décors, VFX et castings importants. Comme le souligne Pascal Bécu en guise de conclusion : « Si on récupère en 2016 les trois ou quatre gros films qui devaient se tourner hors de France, c’est toute la filière qui va en bénéficier et cela va tout changer ! ».

(1) L’intégralité de cet article relatif aux plateaux de tournage a été publiée dans Mediakwest #15, pp16-22. Abonnez-vous à Mediakwest pour recevoir dès leur sortie les articles complets (5 numéros + 1 hors série Guide du Tournage).


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