Production documentaire : l’emploi marque le pas

La cinquième édition de l’Étude Audiens sur l’emploi dans le secteur de la production de films documentaires dresse le portrait d’une filière en recomposition.
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Confrontées aux restrictions budgétaires des chaînes de télévisions, leurs commanditaires historiques, les sociétés de productions rétractent leur masse salariale. Mais l’étude révèle d’autres tendances plus positives, le secteur est notamment porté par une dynamique de professionnalisation et une féminisation progressive des métiers.

 

Une filière sous tension après plusieurs années de croissance

Publiée par Audiens, la 5ᵉ édition de l’étude sur l’emploi dans la production de films documentaires analyse l’évolution du secteur entre 2020 et 2024, à partir d’une enquête auprès de sociétés aidées par le CNC.

Après une phase de croissance jusqu’en 2022, l’étude met en évidence un recul des effectifs et de l’activité en 2023 et 2024, dans un contexte économique et réglementaire plus contraint.

Le panel 2024 regroupe 835 entreprises, un chiffre en baisse continue depuis la 3ᵉ édition. Ce qui confirme un phénomène de concentration et de fragilisation d’une partie du tissu de production.

 

Des entreprises majoritairement audiovisuelles et franciliennes

Un groupe qualifié d’experts, constitué de sociétés aidées chaque année entre 2020 et 2024, compte 139 entreprises en 2024. Elles sont majoritairement positionnées sur la production audiovisuelle (82 %), même si la part de la production cinématographique progresse.

Cette partie de la filière reste fortement concentrée en Île-de-France, qui rassemble plus de 70 % des sociétés, une tendance stable sur la période analysée.

Les sociétés documentaires affichent une ancienneté moyenne élevée, signe d’un secteur structuré mais peu renouvelé, notamment comparé à l’ensemble de la production audiovisuelle et cinématographique.

 

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Baisse des effectifs, poids structurel de l’intermittence

En 2024, les entreprises du groupe expert déclarent environ 7 500 salariés, en baisse par rapport à 2023. Cette diminution concerne principalement les intermittents, qui représentent toujours la majorité des effectifs (81 %), malgré un recul de leur nombre depuis 2022.

Les permanents, qui avaient progressé entre 2020 et 2023, reculent à leur tour en 2024, tandis que les pigistes restent marginaux dans la structure de l’emploi.

À l’échelle de l’ensemble des sociétés documentaires, plus de 58 400 salariés sont recensés en 2024, là aussi en diminution.

 

Une masse salariale en repli depuis 2022

La masse salariale suit la même trajectoire. Les entreprises du groupe expert déclarent près de 85 M€ en 2024, en baisse de 3 % sur un an. À l’échelle de l’ensemble du secteur documentaire, elle s’élève à environ 700 M€, également en recul de 3 % .

Si la masse salariale des permanents continue de progresser sur la période longue, celle des intermittents diminue nettement depuis 2022, traduisant un ralentissement de la production.

 

Féminisation progressive, mais encore inégale

L’étude souligne une progression continue de la place des femmes dans la filière. En 2024, elles représentent 41 % des effectifs dans le groupe expert et près de 45 % dans l’ensemble des sociétés documentaires, avec une progression plus marquée en termes de masse salariale.

La parité est quasiment atteinte parmi les salariés permanents, mais demeure plus fragile chez les intermittents et dans les fonctions cadres, où les femmes restent sous-représentées, malgré des évolutions positives depuis 2020.

 

Des métiers en mutation

Côté métiers, l’étude met en évidence une hausse des effectifs chez les chefs opérateurs prise de vue, les collaborateurs artistiques ou les chargés de production, tandis que certains postes techniques, comme les cadreurs, reculent.
Chez les artistes, la progression des réalisateurs, des artistes interprètes et des voix off contraste avec la baisse du nombre de comédiens, traduisant une évolution des formats et des pratiques documentaires .

 

Un outil de référence pour piloter la filière

En dressant un état des lieux précis de l’emploi, des métiers et des équilibres économiques, cette Étude Audiens sur l’emploi dans le secteur de la production de films documentaires s’impose comme un outil stratégique pour les professionnels, les institutions et les pouvoirs publics. Elle met en lumière les fragilités structurelles du secteur, tout en soulignant sa capacité d’adaptation et son rôle central dans l’écosystème audiovisuel français.

 

Chiffres clés – Étude Audiens sur l’emploi dans la production de films documentaires (2024)
  • 835 entreprises de production documentaire recensées en 2024 ( contre 962 lors de la 3ᵉ édition)
  • 139 sociétés composent le groupe expert (aidées chaque année par le CNC entre 2020 et 2024)
  • 7 500 salariés déclarés par le groupe expert en 2024
  • 58 400 salariés recensés dans l’ensemble du secteur documentaire
  • 81 % d’intermittents14 % de permanents et 5 % de pigistes dans le groupe expert
  • 85 M€ de masse salariale pour le groupe expert en 2024 (-3 % sur un an)
  • 700 M€ de masse salariale pour l’ensemble du secteur documentaire (-3 % sur un an)
  • 41 % de femmes dans le groupe expert ; 45 % dans l’ensemble documentaires
  • 59 % de femmes parmi les salariés permanents du groupe expert
  • 42 ans : âge moyen des salariés du documentaire en 2024