Marc-Antoine Robert, Peggy Zejgman-Lecarme, Patrick Imbert, Marion Delord et Dimitri Granovsky sur la scène du Cinéma des Cinéastes, à Paris (Antoine Lanciaux, Florence Miailhe et Pierre-Luc Granjon connectés à distance). © Denica Tacheva
Le 8 décembre, cette soirée organisée au Cinéma des Cinéastes s’est vite transformée en mise au point collective. En une vingtaine d’années, la France est passée d’un pays où, comme le rappelle la productrice de Fortiche Production, Marion Delors, « l’offre se limitait à un film d’animation par an, le Disney », à un game changer du secteur. D’où la question : comment le cinéma d’animation français est-il passé du « dessin animé pour enfants » à un cinéma d’auteur capable de rivaliser au plus haut niveau ?
Un écosystème unique !
L’animation française bénéficie d’un solide socle historique : « Quand je suis arrivé à France 3 Cinéma, Kirikou venait de sortir », se souvient Marc-Antoine Robert, cofondateur de 247Films. « Puis il y a eu Les Triplettes de Belleville, et on s’est dit, quelque chose est en train de se passer. » Ce « quelque chose » a été porté par des politiques publiques nationale mais aussi par des soutiens régionaux.
« Sans ces mécanismes, il aurait été impossible de soutenir les films d’auteur ou même de maintenir en vie des studios indépendants », rappelle Florence Miailhe, dont le long-métrage La Traversée, sorti en 2021, a nécessité dix ans de développement.
« En vingt-cinq ans, on a créé une industrie », se félicite Marc-Antoine Robert, non sans rappeler que ce tissu s’est étoffé autour de personnalités clés dont Didier Brunner (Les Armateurs), Jacques-Rémy Girerd (Folimage), Marc Bonny (Gebeka Films). Et, si la France est devenue une puissance de l’animation, c’est notamment parce qu’elle a compris qu’il fallait une chaîne complète, du geste artisanal au pipeline industriel.
La montée en puissance technique
Si les années 1990 et 2000 ont posé les fondations, c’est dans la décennie suivante que la France a réellement basculé parmi les pays qui comptent. Le succès le plus emblématique aura été celui de Fortiche Production et d’Arcane, série commandée par Riot Games qui s’est transformée en œuvre d’auteur à grande échelle en assumant une lecture « non gamer ».
Les séquences à l’aquarelle de l’animatrice Eléa Gobbé-Mévellec en sont la preuve. « Ce sont ces séquences-là que les spectateurs chinois, russes ou colombiens évoquent en premier », insiste Marion Delors. À l’heure actuelle, ce succès repose sur une variété plastique que la « machine » américaine n’offre pas.
Et si la production 3D a atteint une maturité internationale, les esthétiques et démarches atypiques restent un marqueur français. Antoine Lanciaux défend, par exemple, le papier découpé pour la réalisation de Le secret des Mésanges parce que cette technique « résonnait le plus avec mon histoire, avec mon enfance, avec les émotions que j’avais envie de véhiculer », dit-il. Quant à Florence Miailhe, elle anime au pastel sec, image par image, dans un geste que le numérique n’a pas standardisé.
Le cinéma d’auteur… Un signe distinctif concurrentiel ?
Le constat s’est imposé au fil de la soirée : si l’animation française séduit, c’est parce qu’elle place l’auteur au centre. Patrick Imbert l’explique sans détour : « Il ne faut pas chercher à reproduire la réalité, mais à rendre l’émotion avec nos outils. » Sur Le Sommet des dieux, couronné aux César du meilleur film d’animation en 2022, il écarte la surenchère visuelle « à l’américaine » au profit de compositions fixes, de légères parallaxes et d’un travail précis sur la lumière.
Florence Miailhe tient la même ligne avec la peinture animée qui est une nécessité narrative : « Je ne vois pas comment on aurait pu raconter Papillon autrement qu’avec la peinture. »
Il s’agit quelque part d’un rapport organique à l’image, qui « échappe au standard de Pixar », selon Patrick Imbert. Dans les faits, c’est ce que cherchent les studios français : non pas une copie américaine, mais une singularité… une esthétique impossible à produire ailleurs.
Une présence française remarquée dans les présélections des Oscars 2026

Le Papillon de Florence Miailhe était en lice pour l’Oscar du meilleur court-métrage d’animation 2026…
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #65, p. 124-125
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