Cette version 21 de Da Vinci Resolve est celle d’une IA généralisée ; pas comme argument marketing, mais comme intégration profonde à chaque étape du workflow, du dérushage à l’étalonnage en passant par la génération de voix. Et pour les broadcasters, l’arrivée d’Ograf – solution open source HTML5 de l’EBU pour les habillages graphiques – et des fichiers Lottie marque une étape qui mérite attention. Et par ailleurs, oui, les outils d’étalonnage de DaVinci Résolve peuvent s’appliquer aux images fixes… C’était une question que beaucoup se posaient en secret !
L’IA s’impose et la photo entre en scène avec cette version 21 de DaVinci Resolve !

Peu d’utilisateurs attendaient DaVinci Resolve dans l’univers balisé de la postproduction photographique, dominé par les incontournables outils d’Adobe, Photoshop et Lightroom, ou par des solutions spécialisées telles que Capture One. Pourtant, nous avons été nombreux à nous interroger sur la puissance qu’apporteraient les outils d’étalonnage de DaVinci pour le traitement des photos. L’onglet RAW permet de développer les images dans ces formats et de modifier les métadonnées selon les appareils photo utilisés à la prise de vue. Les utilisateurs débutants pourront commencer par les outils basiques de la page photo avant de se plonger dans les outils de la page couleur qui ont fait la réputation du logiciel : roues de correction, nœuds, LUT, simulation d’éclairage et outils IA. Les surfaces d’étalonnage – mini, micro et micro color panel – permettront également un traitement rapide de grands catalogues.

Prise de vue connectée
Le pilotage direct de certains appareils photo (des marques Canon et Sony dans la version bêta de DaVinci 21) facilite les séances de travail en offrant une interface soignée, parfaitement intégrée à l’environnement de DaVinci Resolve pour le monitoring, la capture des images et l’ajustement de certains paramètres tels que la sensibilité (ISO), l’exposition ou la balance des blancs. Les images sont directement enregistrées dans des albums.
La collaboration accessible aux photographes
Blackmagic met à la disposition des photographes l’ensemble des outils adaptés au traitement des photos de sa solution DaVinci. Parmi ces outils, le Blackmagic Cloud permet de partager des projets entre utilisateurs depuis n’importe où dans le monde, via un abonnement (environ 5 dollars par mois et par bibliothèque, hors stockage des médias). Les utilisateurs peuvent accéder aux mêmes projets, mais également y collaborer simultanément.
IA
La version 20 de DaVinci Resolve avait déjà été augmentée de nombreux outils motorisés par l’intelligence artificielle. La prédominance du développement des technologies IA pour faciliter toutes les étapes techniques et créatives des outils de postproduction se confirme et s’amplifie dans Da Vinci Resolve 21.

Analyse : AI IntelliSearch
Dès l’acquisition des médias (photos et vidéos), quatre analyses sont proposées. AI IntelliSearch recherche et indexe plusieurs types de contenus : personnes, animaux, objets, scènes, contextes visuels. Le moteur de recherche, interrogeable en langage naturel, permet d’exploiter les résultats directement dans le dérushage. Les plans analysés sont marqués d’une icône représentative et alimentent automatiquement les chutiers paramétrables (smart bins). La Face Gallery permet d’affiner les résultats de la reconnaissance faciale et de renseigner les noms.
AI Slate ID, AI Transcription et AI Audio Classification dans Da Vinci Resolve 21
Comme le chantait France Gall : « C’est peut-être un détail pour vous, mais pour moi, ça veut dire beaucoup », Analyse for Slate lit les données des claps filmés en début et en fin de plans des scènes de fiction. AI Transcription permet de rechercher dans le texte issu des dialogues et sert également à la préparation des sous-titres automatisés et aux fonctions de Text Edit (montage à partir du texte). Audio Classification catégorise automatiquement les types de contenu audio (musique, parole, ambiance, silence…). Couplées aux smart bins (chutiers intelligents), les étapes de préparation du montage sont sensiblement assistées et même accélérées.
Un AI Speech Generator dans cette version de Da Vinci Resolve
Le générateur de voix de DaVinci Resolve, que nous avons testé dans la version bêta (donc très susceptible d’évoluer), est très prometteur pour la préparation de contenus anglophones, mais très limité en français. À partir de l’enregistrement d’un court extrait, DaVinci génère un modèle utilisé ensuite pour produire des voix témoins avant l’enregistrement d’un comédien ou d’un journaliste, ou comme voix finales pour des productions telles que des films de formation ou des tutoriels. L’AI Voice Convert, introduit dans DaVinci 20 et toujours disponible, fonctionne différemment : il ne convertit pas un texte en voix, mais modifie la tonalité et les inflexions d’un commentaire existant. Contrairement au Speech Generator, l’entraînement de ses modèles nécessite des extraits de voix sensiblement plus longs.

Une démonstration des possibilités de l’IA : transformation de l’âge et de la morphologie
Les implémentations liées à l’IA sont légions dans cette version de Da Vinci Resolve… C’est une liste à la Prévert que nous offre Blackmagic et que nous avons eu hâte de tester. Dans la continuité directe de l’effet OpenFX Face Refinement présent depuis la version 17, les deux outils AI Face Age Transformer et AI Face Reshaper analysent et suivent le visage d’un acteur : le premier applique une modification de l’âge, le second transforme la morphologie du visage (traits, forme, position des yeux, de la bouche ou des sourcils). Ces fonctionnalités étaient jusqu’à très récemment inimaginables dans un outil aussi démocratisé. AI UltraSharpen et AI Motion Deblur s’ajoutent à l’arsenal pour optimiser la netteté et réduire le flou de mouvement. AI Blemish Removal complète ce volet Digital Makeup : très simple à appliquer et sans suivi, il supprime les imperfections de la peau, boutons et points noirs.

L’AI CineFocus s’invite dans Da Vinci Resolve 21
AI CineFocus est un outil très intéressant pour enrichir la stylisation des images. En partant d’une image filmée avec une grande profondeur de champ, c’est-à-dire dont les différents plans en profondeur restent nets, AI CineFocus permet de simuler l’esthétique d’une optique cinématographique en choisissant une zone de mise au point et en recréant le flou caractéristique à partir d’une analyse de profondeur basée sur l’IA. Les personnages peuvent alors être isolés en postproduction, pour retrouver l’esthétique d’une caméra à grands capteurs. Même avec des caméras haut de gamme, les conditions de prise de vue poussent parfois les cinéastes à privilégier la sécurité en filmant avec une grande profondeur de champ avant d’affiner l’esthétique en postproduction. L’outil a été finement pensé, jusque dans le respect du grain, uniformément réparti sur une image non traitée. Sans précaution, l’application d’un flou sur l’arrière-plan risque de produire une image décevante, car le grain y serait altéré de façon visible et irrégulière. AI CineFocus intègre donc une première phase de réduction du bruit, avant d’appliquer l’effet et de restituer le grain pour conserver son homogénéité.
Motion design et habillage
Des annonces marquantes illustrent l’envie de Blackmagic de séduire deux publics distincts : les créateurs de contenu pour les réseaux sociaux et les broadcasters.

OGRAF, LOTTIE ET HTML5
Les Lottie sont des fichiers d’animations vectorielles initialement développés par Airbnb, encapsulés au format JSON. Très légers, ils sont faciles à intégrer dans des sites Internet et sur les réseaux. Blackmagic a développé une passerelle d’import de ces fichiers qui sont directement exploitables dans les séquences de montage ou dans des compositions Fusion, ce qui permet de partager des animations sur différents supports de communication : sites Internet, réseaux ou vidéos. Du côté du broadcast, des solutions d’habillage graphique live basées sur la technologie HTML5 concurrencent sérieusement les solutions hardware et onéreuses des éditeurs majeurs du secteur. Ces solutions des éditeurs Singular Live ou Flowics de Vizrt restent propriétaires.
L’EBU développe actuellement une solution open source basée sur la technologie HTML5 pour la génération et la lecture en live et en postproduction d’habillages graphiques nommée Ograf. DaVinci 21 permet d’importer les modèles Ograf et de remplir les champs d’informations modifiables. Nous avons voulu tester les promesses de cet outil qui est dans les premières phases de son développement. Des modèles Ograf de test sont disponibles sur le GitHub de l’EBU. Nous avons commencé par les tester et, avec un peu de vibe coding, nous avons réussi à modifier le code pour répondre au message d’erreur indiqué par DaVinci lors de la première intégration des modèles. Une fois ce premier obstacle franchi, l’intégration des modèles dans les séquences DaVinci est immédiate et le rendu fidèle aux animations d’origine.

Amélioration des outils internes
La fluidité des animations préparées dans les pages de montage (Cut et Montage) dépend des outils disponibles. Les courbes d’animation peuvent être affinées à l’aide d’amortis Bézier à quatre points et de préconfigurations (relatif, boucle, ping-pong). À l’image des fonctionnalités déjà disponibles dans Fusion, la fonction Shape Box permet d’ajuster plusieurs images clés sélectionnées simultanément ; il est même possible d’intervenir sur plusieurs paramètres en une seule action. Les réglages des effets Fusion sont également directement possibles depuis les pages de montage.
Fusion : Reactor, Krokodove et le Fairlight Animator Modifier
Fusion est le logiciel de VFX et d’habillage graphique de DaVinci Resolve. La richesse de son écosystème communautaire est l’un de ses atouts majeurs. Le site We Suck Less (steakunderwater.com), qui existait déjà du temps de l’éditeur Eyeon Software, est une référence incontournable : forum très actif, ressources de scripting (LUA, Python), macros, plug-ins et fonctionnalités de machine learning dédiées aux VFX, sans oublier Reactor, son gestionnaire de paquets open source. Plusieurs centaines de milliers d’artistes y téléchargeaient déjà gratuitement les outils additionnels Krokodove. Blackmagic Design franchit une étape importante en intégrant nativement Krokodove dans DaVinci Resolve 21, apportant plus de soixante-dix nouveaux outils, effets et templates 2D et 3D personnalisables. Il est également désormais possible de synchroniser des paramètres d’animation (mouvements de personnages, éclairages, vibrations) avec le son, grâce au Fairlight Animator Modifier qui relie Fusion au moteur audio de Fairlight.

Création de modèles d’habillage simplifiée
L’interaction entre le puissant outil Fusion, qui nécessite une certaine maîtrise de son interface, et les pages de montage a été depuis plusieurs années simplifiée grâce à la génération de modèles de titrages, d’effets visuels et de transitions. Ces modèles sont préparés par l’édition de macros, aujourd’hui facilitée par une nouvelle vue de l’inspecteur optimisant la mise en forme et la publication des paramètres mis à disposition des monteurs. Ces derniers peuvent interagir directement avec les modèles, modifier la taille et la couleur des caractères, l’emplacement de certains éléments, l’affichage de pictos signalétiques, etc.

Étalonnage
Les nouveautés dédiées à l’étalonnage sont également au rendez-vous. La multiplication des formats SDR et HDR chez les diffuseurs rend indispensable la génération de plusieurs masters sans reprendre l’intégralité du travail artistique. Le gestionnaire de trim MultiMaster répond directement à ce besoin : inspiré de la notion popularisée par Dolby Vision, il permet d’adapter les différents livrables grâce à des couches de nœuds d’étalonnage supplémentaires dédiées à chaque format. DaVinci permet par ailleurs de créer des groupes de plans partageant des niveaux d’étalonnage communs, tout en conservant la possibilité d’équilibrer chaque plan individuellement. DaVinci autorise désormais la création de versions d’étalonnage pour ces groupes, comme c’est déjà le cas pour les plans individuels.

Magic Mask render in place
L’AI Magic Mask de DaVinci Resolve 21 permet de sélectionner et de suivre des objets ou des personnages. L’outil se heurtait à des problèmes de stabilité sur des projets lourds ou à grande résolution. Blackmagic répond à une attente formulée par de très nombreux étalonneurs travaillant sur de longs programmes et propose désormais de pré-calculer un masque après l’analyse et de le connecter directement sur l’entrée dédiée du nœud de correction, économisant ainsi de nombreuses heures de calcul.
L’IA de DaVinci Resolve 21, au service de l’amélioration du confort et de la productivité
Certaines évolutions et certains nouveaux outils sont annoncés par Blackmagic à destination des créateurs de contenu pour les réseaux sociaux. Ils intéressent en réalité tous les publics. Une nouvelle fonctionnalité de Picture-in-Picture permet de placer facilement une image en vignette, pour illustrer une interview, préparer une « review » ou simuler un lancement de reportage TV par exemple. L’outil IntelliScript qui permet d’effectuer un montage automatique à partir de l’analyse du contenu textuel des plans et d’un scénario (script) prend en charge le format Final Draft. Des tags et un classement par étoiles facilitent le dérushage. DaVinci permet également d’importer les images Canva/Affinity, avec une option pour séparer les différentes couches. Un vérificateur orthographique est inclus nativement dans le logiciel pour accompagner l’écriture des génériques ou des noms des intervenants par exemple.
DaVinci Resolve 21 confirme l’ambition de Blackmagic : faire de son logiciel la solution de référence pour l’ensemble du flux de production audiovisuelle, de la prise de vue à la livraison, en passant désormais par la photographie. L’omniprésence de l’intelligence artificielle dans cette version n’est pas un simple argument marketing – elle traduit une intégration profonde dans les workflows réels, du dérushage à l’étalonnage en passant par la génération de voix et la retouche visage. L’ouverture vers les créateurs de contenu et le broadcast via Ograf et les fichiers Lottie dessine également une évolution stratégique claire. Il reste à voir comment ces outils, pour certains encore en version bêta, se comporteront en conditions de production intensives ; mais les premières impressions sont à la hauteur des annonces.
Article paru pour la première fois dans Mediakwest #67, p.100-104