SPORTEL Monaco 2026 ne parlera pas seulement de droits, de chaînes ou de plateformes. Le programme annoncé par l’organisation dessine plutôt un sport devenu écosystème, où les médias, la technologie, la donnée, l’investissement, les marques et l’engagement des fans sont désormais étroitement liés.
Cette édition, organisée dans le cadre de SPORTEL Monaco du 19 au 21 octobre, consacrera deux journées de conférences aux mutations du sport business. Keynotes, masterclasses, panels et études de cas doivent couvrir un spectre large : intelligence artificielle, direct-to-consumer, nouveaux modèles de distribution, production à distance, données fans, paris sportifs live, sponsoring, sport féminin ou encore esports.
Derrière cette diversité, une même question revient : comment créer et capter de la valeur lorsque les audiences se fragmentent et que les frontières entre média, technologie et divertissement disparaissent ? Le sport ne se contente plus d’être diffusé. Il doit être raconté, distribué, monétisé, personnalisé et parfois rejoué sur plusieurs plateformes à la fois.
Les ligues face au réflexe direct-to-consumer
La masterclass The New Global Sports Ecosystem donnera le ton. Jeff Roth, de Bruin Capital, Hillary Mandel, d’IMG, et Peter Bellamy, de Deltatre, y analyseront la mondialisation accélérée du numérique, l’évolution des comportements des fans et la manière dont les investisseurs évaluent les nouvelles opportunités dans la chaîne de valeur du sport.
Jeff Roth résume assez bien le changement de logique. Dans un marché où la consommation média s’est fragmentée, les ligues et les équipes ont dû devenir « beaucoup plus direct-to-consumer ». Autrement dit, elles doivent désormais penser leurs publics comme le ferait une entreprise d’e-commerce, avec une relation plus directe, plus mesurable et plus continue.
Ce déplacement change aussi la promesse de croissance. Les droits médias ne progressent plus mécaniquement de manière linéaire. Les détenteurs de droits doivent investir dans de nouveaux territoires, de nouveaux formats et de nouvelles relations avec les fans. La diffusion reste centrale, mais elle n’est plus le seul moteur.
L’IA quitte le laboratoire
L’intelligence artificielle traversera une large partie du programme. La masterclass Defining Your Corporate AI Strategy, menée par Ken Kerschbaumer, abordera les usages concrets de l’IA dans les médias sportifs, de la création de contenus à l’engagement des fans, en passant par la monétisation et l’efficacité opérationnelle.
Le sujet n’est plus seulement de savoir ce que l’IA peut produire. Il est désormais de comprendre comment elle s’intègre dans une organisation, sans effacer la créativité humaine ni le jugement éditorial. C’est ce point qui devient sensible dans le sport, où la vitesse d’exécution est décisive, mais où le contexte, le récit et le direct restent essentiels.
Cette tension sera aussi visible dans la session Highlights 3.0: The Next Era of Live Content Is Human-Led, AI-Accelerated. Epic Clips y présentera une approche des temps forts produits en qualité broadcast quelques minutes seulement après l’action. Le titre dit déjà beaucoup : humain dans la conduite, accéléré par l’IA.
Les grands axes de SPORTEL Monaco 2026
IA et automatisation : stratégie d’entreprise, création de contenus, monétisation, efficacité opérationnelle et temps forts générés plus vite.
Distribution sportive : direct-to-consumer, YouTube, streaming gratuit, infrastructures numériques et nouvelles formes de diffusion live.
Production et immersion : production distante, XR, production virtuelle, graphismes temps réel et nouvelles opportunités commerciales.
Marchés en croissance : sport féminin, esports, sponsoring, engagement des marques et innovation portée par les start-up.

YouTube prend une place centrale
YouTube sera l’un des acteurs les plus visibles du programme, avec trois sessions dédiées à son rôle dans la distribution sportive et l’engagement des fans. La plateforme abordera notamment sa capacité à donner une portée mondiale aux contenus, à diversifier les revenus et à accompagner une nouvelle génération de supporters par des récits portés par les créateurs.
Une autre session, consacrée à la prochaine génération de fans olympiques, réunira YouTube et le CIO. Une troisième reviendra sur LiveMode, YouTube et la nouvelle ère de la diffusion sportive live, avec un accent sur les records de diffusion autour de la Coupe du monde, les communautés de créateurs et les partenariats de marque.
Ce choix confirme une évolution déjà visible dans le sport. Les plateformes ne sont plus uniquement des espaces de promotion ou de replay. Elles deviennent des lieux de distribution, de conversation, de découverte et parfois de consommation principale du direct.
Produire le sport autrement
Le programme s’intéressera aussi aux coulisses de la production. La masterclass The Future of Production: Which Way to Go? abordera la production distante à partir des grands événements sportifs récents, dont les Jeux olympiques et la Coupe du monde. L’enjeu sera de montrer que produire à distance ne signifie pas nécessairement produire moins bien, mais peut permettre de gagner en efficacité et de mieux contrôler les coûts.
La question se prolonge dans les technologies immersives. Pixotope et BBC Sport interviendront sur les avancées des graphismes, de la XR et de la production virtuelle dans le sport live. Le sujet n’est plus seulement esthétique. Ces technologies peuvent aussi ouvrir de nouvelles possibilités commerciales, notamment autour du sponsoring et des revenus intégrés à l’expérience de match.
L’infrastructure DTC aura également son temps fort, avec une session consacrée à la distribution mondiale et fiable des événements live. ViewLift, FISU et ScorePlay y aborderont les enjeux techniques d’une diffusion sportive qui doit tenir à la fois l’échelle, la stabilité et l’expérience utilisateur.
Marques, esports et sport féminin dans le même écosystème
SPORTEL Monaco 2026 élargit enfin le débat aux marques et aux marchés en structuration. Un programme CMO Brand, organisé avec Qualcomm, réunira notamment TCS, Revolut, Guinness/Diageo et Qualcomm autour de la valeur du sponsoring à l’ère de la technologie, de la donnée et de la vidéo totale. Une autre table ronde interrogera la façon dont les marques évaluent leurs partenariats sportifs, entre droits mondiaux et pertinence locale, exposition et engagement.
L’esports fera aussi son retour dans l’agenda, avec une session consacrée à la construction de propriétés globales durables et à la conquête de nouveaux publics. L’Esports World Cup et l’Esports Nations Cup serviront de points d’entrée pour réfléchir aux relations entre diffuseurs, plateformes et ayants droit.
Le sport féminin aura, lui, droit à un événement dédié le 20 octobre, organisé en collaboration avec AWS. La table ronde Women’s Sport: From Momentum to Market posera une question devenue centrale : comment passer d’une dynamique de croissance très commentée à un marché mature, structuré et investissable ?
Marine Picoulet, Executive Director de SPORTEL Monaco, présente cette édition comme « l’intersection des médias sportifs et de la tech ». Elle souligne aussi l’importance croissante des études de cas entre fournisseurs technologiques, ligues, diffuseurs et partenaires industriels.
Ce positionnement dit bien ce que devient SPORTEL. Le salon ne regarde plus seulement qui détient les droits ou qui diffuse les compétitions. Il suit désormais tout ce qui transforme la valeur du sport : les données, les plateformes, les outils, les usages et les publics.