Adobe et le cloud

Comment continuer à rester créatifs lorsqu’un évènement sanitaire comme celui que nous venons de connaître arrive. Frédéric Rolland nous présente la vision d’Adobe.
Étalonnage avec Lumetri dans Adobe Premiere Pro © Adobe

L’offre d’Adobe, Adobe Creative Cloud, inclut l’ensemble des problématiques liées à la postproduction à distance et dans le cloud. Frédéric Rolland, Manager EMEA, Strategic Development, Video Business d’Adobe, nous présente la vision de cet acteur incontournable du monde des médias.

 

Peux-tu nous parler de ce qu’évoque pour toi la postproduction dans le cloud ?

Les notions associées au cloud sont très larges. La première concerne les infrastructures virtualisées. L’utilisateur se connecte à distance via un client léger sur les infrastructures de son entreprise comme s’il était au bureau. La machine virtuelle tourne dans des infrastructures type Amazon AWS, Google Cloud, Microsoft Azure ou une infrastructure hébergée déployée par le client lui-même. C’est le cas de TF1 qui dispose d’une infrastructure web où toutes les salles de montage physiques sont virtualisées ; c’est ce qu’on appelle le virtual desktop.

 

Comment Adobe accompagne-t-il ses clients vers ces évolutions technologiques ?

Le 21 mars de cette année, en marge du « virtual NAB », un événement en ligne équivalent au « breakfast meeting » organisé au NAB habituellement, nous avons annoncé le support des applications audio vidéo, dont Premiere Pro, Photoshop, After Effects, Audition et Media Encoder dans des infrastructures virtualisées. Cela n’a pas fait l’objet d’une importante annonce publique, mais nous avons changé notre manière de supporter nos clients. Nous répondons aux appels, orientons les utilisateurs vers les meilleures pratiques, et proposons des livres blancs (white paper ou documents d’information).

Deux enjeux sont importants pour nous : la protection de la licence utilisateur et le support technique. C’est la licence individuelle qui prévaut ; les fournisseurs déploient les machines virtuelles avec les applications installées, les licences sont activées au lancement de l’application via une demande de connexion au compte utilisateur.

 

Avez-vous des préconisations d’outils pour ces pratiques ?

Chez Adobe nous sommes indépendants des différentes solutions, mais en avons testé certaines. Parmi elles, Teradici et VMware fonctionnent très bien. Nous avons également qualifié Amazon, Microsoft Azure, et Google Cloud pour l’hébergement et Nvidia pour leurs solutions GPU dans le cloud. Nous souhaitons que nos applications puissent tirer le meilleur parti des infrastructures CPU et GPU offertes par les fournisseurs de solutions virtualisées. Nous avons assisté plusieurs clients. Un de nos partenaires, Dalet, propose une technologie intéressante.

La souplesse d’Adobe Premiere Pro permet de faire de la postproduction dans le cloud avec leur solution de proxy streaming. Qumulo, un fabricant et éditeur de solutions de stockage, propose un système de fichiers virtualisés ouvrant des possibilités de postproduction dans le cloud. Depuis son poste de travail, l’utilisateur voit un disque dur qui est une représentation d’un stockage virtualisé « dans les nuages » exploité par les logiciels créatifs, que ce soit 3DS Max, Cinéma 4D, Adobe Premiere Pro ou Blackmagic Resolve. Nous sommes indépendants de Qumulo, mais collaborons avec eux pour valider leur solution.

 

Des entreprises se sont spécialisées dans la fourniture de services de postproduction virtualisés, peux-tu nous en parler ?

Ces services de virtualisation sont proposés par des entreprises telles que BeBop Technology ou Stratuscor qui commercialisent ce service comme un produit. Ils proposent une machine virtuelle avec les applications créatives cloud, un logiciel client et de l’espace de stockage. On peut synthétiser les possibilités en trois niveaux : le premier, le cloud privé que le client développe et déploie de manière autonome ; le second, le cloud public géré par des fournisseurs tel qu’Amazon et le dernier, un éditeur qui propose une prestation globale et une expérience utilisateur complète comme BeBop Technology.

Via une application client, l’utilisateur exploite ses logiciels créatifs en se connectant sur une machine virtuelle installée dans leurs infrastructures. Ils utilisent leurs propres licences et peuvent télécharger du contenu grâce au système Aspera. Tout est organisé pour simplifier la tâche des utilisateurs et totalement adapté pour des entreprises qui n’ont pas les compétences en interne et les petites structures qui ont besoin d’élasticité. L’expérience utilisateur est remarquable !

BeBop Technology connaît un succès grandissant en commercialisant la couche entre l’utilisateur novice, qui a besoin de virtualisation, et le fournisseur Amazon. Cette solution de postproduction complètement virtualisée, développée par d’anciens professionnels d’une société de postproduction new yorkaise, est proposée en location. Ils ont recréé la notion d’espace de travail, avec l’abstraction du stockage et la gestion de la bande passante. Une autre entreprise, Stratuscor, propose une solution qui met à disposition les applications Creative Cloud pour les utilisateurs.

 

Y a-t-il chez Adobe des outils utiles pour le travail à distance et la collaboration ?

Nous sommes totalement agnostiques avec les solutions proposées autour des produits Adobe pour la postproduction dans le cloud. De notre côté, nous avons présenté à nos clients ce qu’il est possible de faire avec Adobe Premiere Pro pour travailler depuis leur domicile en utilisant la licence Creative Cloud à 100 %, en exploitant notamment la fonctionnalité de projets d’équipe.

Team Project, c’est la gestion des données de projets dans le cloud. La notion de fichiers projet physique à laquelle nous sommes habitués est supprimée pour éliminer les contraintes de sauvegarde et ajouter des possibilités de versionning. Des fonctions sont dédiées au travail collaboratif autour d’un projet commun, en solutionnant les problèmes de conflits.

Team Project gère les projets, mais pas les médias. Ceux-ci peuvent être stockés sur les machines des clients ou selon le type de médias dans leur répertoire Creative Cloud, par exemple pour des tournages à l’iPhone. Les clients disposent entre 100 Go et 1 To d’espace de stockage selon les abonnements Entreprise ou Teams. Un répertoire peut servir à partager des médias avec des collaborateurs. Un utilisateur peut inviter des collaborateurs à partager son répertoire Creative Cloud, tous les utilisateurs ayant accès aux médias pouvant éditer le projet en même temps, c’est assez magique, c’est « out of the box ». Ces possibilités sont également offertes avec After Effects ou Media Encoder.

Avec Team Project toutes les opérations effectuées par le monteur sont sauvegardées instantanément, à la milliseconde près. Si l’application plante, l’utilisateur retrouve son travail dans l’état où il était à l’instant même de la coupure. Les sauvegardes automatiques de projets sont toujours utiles pour permettre aux utilisateurs de revenir à un état antérieur du projet en cas d’erreur. Cette fonctionnalité est permise grâce à la base de données de services collaboratifs utilisé pour Team Projet, une technologie héritée d’Adobe Anywhere, une solution arrêtée il y a cinq ans.

Adobe Anywhere proposait deux fonctionnalités, le streaming à partir de médias haute résolution sur tous les réseaux et la collaboration au sein d’un projet. Team Project a conservé la solution de collaboration projet en supprimant la partie streaming qui nécessitait des infrastructures trop onéreuses. Nous allons retravailler sur la notion de streaming plus tard.

Team Project est disponible pour les utilisateurs créatifs cloud Team et Entreprise. Le service a exceptionnellement été ouvert jusqu’à mi-août pour tous les utilisateurs individuels d’Adobe Creative Cloud disposant d’une licence.

 

Comment le projet Adobe Premiere Rush est-il lié au cloud ?

Avec Adobe Premiere Rush, lorsqu’un utilisateur filme avec son smartphone, les médias sont stockés dans la mémoire de celui-ci et synchronisés dans le répertoire Adobe Creative Cloud en mode « push-pull ». Le projet Rush utilise les infrastructures de Team Project. L’application est développée sur un moteur commun à Adobe Premiere Pro. L’utilisation directe du cloud en streaming pourrait apporter un avantage de productivité, mais également d’exploitation des fonctionnalités d’intelligence artificielle. Lorsque les médias sont stockés dans le cloud, il est possible d’exploiter des services d’intelligence artificielle et de machine learning comme le speech to text. Ces technologies sont accessibles quand les process sont proches du contenu.

La première population intéressée par ces fonctionnalités est celle des utilisateurs de Premiere Rush qui a connu une croissance très rapide en seulement un an et demi. Aujourd’hui, il n’y a pas de solution de partage de projets Premiere Rush, du fait, notamment, que les médias ne sont pas présents dans le cloud. L’utilisation de médias dans le cloud facilite la collaboration, il suffit d’en partager l’accès.

Nous travaillons activement sur ces concepts, mais nous n’avons pas de feuille de route précise. Les notions d’intelligence artificielle connexe au stockage dans le cloud vont être passionnantes, le montage automatique, les effets spéciaux, le mixage. Ce sont des approches longues.

 

Extrait de notre dossier « Postproduction & Cloud » paru dans Mediakwest #37, p. 82-102. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors série « Guide du tournage) pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.