Adobe Premiere Rush CC, solution de montage multiplates-formes

MOJO (mobile journalisme), MOCO (mobile content), ou plus simplement vidéo sur mobile ; des expressions familières à tout professionnel de l’audiovisuel. Si la consommation de la télévision dans sa forme historique est en baisse, les « filmeurs » sont pourtant de plus en plus nombreux. La raison est simple : la vidéo est omniprésente dans notre quotidien, non plus simplement sur un poste de télévision mais sur ordinateur, sur smartphone, dans les transports, au travail ou dans l’intimité d’une chambre. C’est cette nouvelle consommation qui incite à créer du contenu en masse.
AdobepremiereRushCC001.jpeg

Les profils de ces nouveaux vidéastes sont très variés : communicants de tout poil, chefs de petites et moyennes entreprises, youtubeurs, vloggers, formateurs ; et pour ces nouveaux créatifs, de nouveaux outils sont nécessaires. La caméra en premier a changé : le modèle préféré des caméramen mobiles c’est… le smartphone. Pour la simplicité, mais pas uniquement ! Les images produites par les téléphones récents sont excellentes. Après les avoir mises en boîte, il faut monter ces images.

 

 

Un nouveau marché ?

Les grands éditeurs de logiciels ne se sont pas jetés tout de suite dans cette nouvelle bataille : une place vacante rapidement investie par de nouveaux entrants qui se sont attelés à l’optimisation des fonctionnalités vidéo des téléphones. Ils ont proposé des produits de qualité pour filmer (citons la célèbre application Filmic Pro), pour monter (LumaFusion, Kinemaster, Splice), parfois même les deux et bien plus avec la suite d’applications professionnelles CT Pro Mobile Vidéo Suite (lire notre article CTpro : la caméra des Mojo devient outil de montage, de streaming, et régie multicaméra). http://www.mediakwest.com/tournage/ctpro-la-camera-des-mojo-devient-outil-de-montage-de-streaming-et-regie-multicamera.html. Adobe Premiere Rush symbolise peut-être le réveil des éditeurs « historiques ».

 

 

Adobe Premiere Rush, c’est quoi ?

C’est avant tout une solution de montage vidéo conçue pour offrir une expérience utilisateur similaire sur tous les supports : smartphone (iPhone et bientôt Android), tablettes et ordinateurs (Mac et PC). Ce nouveau venu vient s’inscrire dans un écosystème existant. Il y a dix ans environ, Adobe avait profité de l’évolution du logiciel Final Cut Pro d’Apple (du 7 au X) pour renforcer sa place dans le secteur de la vidéo en professionnalisant l’outil Adobe Premiere Pro.

Adobe Premiere Rush est conçu autour du moteur de Premiere Pro, ce qui permet une compatibilité ascendante : des projets pourront être débutés sur Rush et poursuivis, améliorés ou complétés avec Premiere Pro. Des monteurs professionnels pourront poursuivre un travail initié sur le terrain. Les possibilités sont nombreuses et les workflows restent à inventer.

Au-delà du public ciblé par l’application, des rédactions plus traditionnelles sont susceptibles de s’emparer de l’outil. Des journalistes pourraient par exemple l’utiliser pour préparer l’ours, ou la maquette de leurs reportages sur le terrain, à l’hôtel, en voiture ou dans le train, avant de donner la main à un monteur. Dans Adobe Premiere Rush, l’utilisateur dispose de quatre pistes vidéo et trois pistes audio.

 

 

L’expérience mobile

Les utilisateurs d’Android pourront profiter prochainement d’Adobe Premiere Rush CC, aujourd’hui disponible sur iPhone. C’est une priorité pour la marque. Sur iOS, l’application s’installe via l’AppStore ; l’utilisateur doit alors renseigner ses identifiants Adobe Creative Cloud avant d’accéder à l’application et de créer son premier projet. On commence un projet en y ajoutant des médias depuis tous les emplacements locaux de l’iPhone (vidéos, photos, audios), ou depuis les espaces de stockage « nuagiques » Adobe Creative Cloud ou Dropbox.

 

 

Filmer à partir d’Adobe Premiere Rush

En plus de ses fonctionnalités de montage auxquelles on pense en premier, Rush propose également une interface simple pour filmer et intégrer les médias au projet ouvert dans le logiciel. Pour l’instant les fonctionnalités sont très simples et il peut être judicieux de conserver son application de tournage préférée, telle Filmic Pro déjà citée.

Il est cependant possible avec Rush de choisir la sensibilité (ISO), de régler la netteté, et la vitesse d’exposition ainsi que la cadence d’image (25 images par seconde par exemple) et de s’assurer qu’elle restera fixe tout au long de la prise de vue (la cadence pouvant varier avec l’application caméra native de l’iPhone).

Au niveau audio, on ne pourra pas choisir le type de source (automatique) ni vérifier les niveaux à l’aide de vumètres. Il y a des options de rack-focus, mais pas d’assistance à la mise au point et on ne dispose pas d’affichage des zones sous ou surexposées. L’application étant très récente, il est possible qu’Adobe développe cette partie dans le futur. Hormis les limitations contraignantes sur l’audio, les autres options de l’application caméra restent suffisantes pour une grande partie des utilisateurs.

 

 

Adobe Premiere Rush sur ordinateur

Que l’on continue un projet entamé sur smartphone ou que l’on en débute un tout neuf, la découverte de l’outil sur ordinateur est très proche. Si le projet est fraîchement commencé sur l’ordinateur, vous êtes invité à lui donner un nom avant de choisir les médias qui seront intégrés à la séquence. Un projet contient en effet une unique séquence. Il vous est alors proposé de copier les médias sur votre disque dur ; si vous avez filmé avec un smartphone, c’est une étape indispensable, complétée par la possibilité de synchronisation avec le compte Creative Cloud de l’utilisateur.

 

 

Silence ! On monte

Comme on pouvait le présager, les outils sont limités à leur strict minimum et le maniement simplifié à l’extrême. On déplace les médias, on les découpe avec une paire de ciseaux. La timeline (frise temporelle commune à tous les logiciels de montage pour organiser vos médias) rappelle ici beaucoup celle de Final Cut Pro X, elle est moderne et « magnétique ». Avec ce dernier terme, on signifie que le déplacement des médias en amont ou en aval de leur position originelle réorganise automatiquement les éléments voisins.

Il est possible d’afficher plus d’options dans la timeline, avec la matérialisation des pistes audio et vidéo et des outils pour bloquer, voir ou entendre sélectivement les pistes. Dans cet entête des pistes, on trouve également l’outil d’enregistrement des voix-off matérialisé par une icône en forme de microphone. Le « trim », l’opération de montage consistant à allonger ou réduire les plans par leurs débuts ou leurs fins, est très intuitif et fluide, bravo !

 

 

Une histoire de compromis

Une fois le montage mis en forme narrativement, il reste à l’améliorer. C’est tout le challenge d’une solution comme celle-ci. Il faut conserver l’attrait de la simplicité et offrir suffisamment de possibilités pour combler les volontés des artistes les plus ambitieux. C’est donc une question de délicats compromis, mais également de technologie. Car la véritable force d’Adobe tient dans ses équipes de développement et dans la transversalité de ses outils.

Il est donc ici fait appel aux puissants modules développés dans les outils dédiés et progressivement déployés dans les logiciels plus généralistes. C’est ainsi que l’on retrouve dans Adobe Premiere Rush les dernières solutions déjà déployées dans Adobe Premiere Pro. Grâce à une interface intuitive, ces outils associent l’intelligence artificielle à de puissants automatismes.

Pour le travail de la couleur, on reconnaît des outils dérivés des modules lumetri d’Adobe Premiere Pro (lumetri est le nom du moteur de rendu d’étalonnage d’Adobe). De puissantes options venues de la fenêtre Audio Essentiel permettent d’optimiser les bandes sons (le module audio essentiel a été développé dans Adobe Audition avant d’être intégré dans Adobe Premiere Pro). Pour le titrage on retrouve l’intégration des modèles d’animation graphique.

 

 

Opérons un arrêt sur image pour observer ses outils un peu plus en détail

À droite de l’interface de Rush, cinq icônes suggestives donnent accès à des fonctionnalités dédiées.

 

• TITRAGE

Pour intégrer un titre, l’utilisateur commence en choisissant un modèle parmi ceux proposés d’usines, les modèles présents dans ses bibliothèques synchronisées sur Adobe Creative Cloud et les modèles disponibles via Adobe Stock (gratuits ou payants). Des modèles d’animations graphiques peuvent également être créés par l’utilisateur ou un prestataire externe.

La préparation des modèles se fait dans la fenêtre objets graphiques essentiels d’Adobe Premiere Pro CC 2019, en profitant des possibilités d’animations et de mise en page des titres et des formes. Les options de la fonctionnalité « Responsive Design » permettent entre autres d’adapter les dimensions des formes créées à la taille des textes. On peut également intégrer aux modèles des médias externes tels des logos, des animations ou même des vidéos. Les modèles d’animations graphiques créés via After Effects seront prochainement compatibles avec Adobe Premiere Rush à l’occasion d’une future mise à jour.

Une fois le modèle choisi et correctement placé dans la vidéo, l’utilisateur peut le modifier selon les options offertes par chacun des modèles : position des titres, polices, tailles, couleur, contour, ombre, graphismes, animations ; tout est possible, même le plus simple.

 

• TRANSITIONS, LE CHOIX DE LA SOBRIÉTÉ

Au menu, fondu enchaîné et fondu au noir ou au blanc. On l’applique via un double clic aux extrémités du plan automatiquement sélectionné sous la tête de lecture, ou on le « drag & drop » depuis la fenêtre des préconfigurations. On peut ensuite aisément en modifier la durée.

 

• ÉTALONNAGE

L’histoire de Lumetri a débuté avec Speedgrade, l’outil d’étalonnage acquis par Adobe pour renforcer sa suite d’outils dédiés à l’audiovisuel. Lumetri était initialement le nom du moteur de rendu de cet outil dédié. La demande étant à l’efficacité avec une certaine dose de simplicité (déjà), c’est au sein de Premiere Pro que l’on a retrouvé Lumetri, les équipes de développement issues de Speedgrade ayant été affectées à la création de deux fenêtres dédiées intitulées Moniteur Lumetri et Couleur Lumetri. C’est donc en partant de cet acquis technologique que l’interface de travail de la couleur d’Adobe Premiere Rush a été développée.

On peut en premier lieu choisir une des préconfigurations intégrées, que l’on pourra doser via une simple glissière. Les réglages « couleurs » principaux sont modifiables via les outils simples issus du module de Premiere Pro : exposition, contraste, température de couleur, saturation, netteté, vignette. Il est possible d’enregistrer des préréglages. La simplicité étant de mise, Adobe a préféré, dans cette version d’Adobe Premiere Rush, proposer les options les plus simples, sans intégrer les outils de réglages automatiques de la balance des blancs ou de correspondance des plans que l’on trouvera dans Adobe Premiere Pro. Si certains utilisateurs souhaitent affiner leur postproduction, la compatibilité ascendante de Rush avec Premiere Pro, permettra d’utiliser les puissants outils de ce logiciel si le besoin s’en fait sentir.

 

• ÉCOUTONS VOIR !

Adobe Premiere Rush est richement pourvu pour le traitement du son. On peut régler automatiquement les niveaux, équilibrer le son, ou réduire le bruit. Le nouvel algorithme de réduction de l’écho est également de la partie. C’est un outil récemment introduit dans l’arsenal d’options proposées aux utilisateurs d’Adobe Audition ; jusqu’alors il existait très peu de solutions pour améliorer les sons trop fortement réverbérés.

Pour le réglage des niveaux audio, on dispose d’une glissière impactant le niveau de l’élément sélectionné. Pour mixer les sons, plutôt que l’utilisation d’images clés, c’est un outil automatique qui a été intégré au logiciel (auto duck). Vous renseignez le type des médias (voix, musique ou autre) et vous demandez à Rush un réglage automatique du niveau de la musique par rapport aux voix.

 

• TRANSFORMATIONS DE L’IMAGE, ANIMATIONS

Des options simples permettent de recadrer des plans, les déplacer ou de modifier leur échelle et leur opacité. On peut ainsi préparer des PIP (picture in picture) ou des animations simples.

 

• UN PETIT PLUS

Le bouton + en haut à gauche de l’interface donne accès aux titres, à l’outil d’enregistrement des voix et à l’explorateur de médias.

 

On exporte et on partage

Une interface est dédiée à l’export et à la diffusion des films sur les réseaux. C’est simple et efficace ; après renseignement des coordonnées YouTube, Facebook, Instagram et/ou Behance, il est possible de sélectionner les différents interrupteurs pour initier les exports et les diffusions. Nul besoin de grandes compétences techniques, les choix qualitatifs et techniques des exports sont très orientés, tel le choix entre la qualité d’export faible, moyenne ou élevée.

 

 

Rush est un outil très récent

Le premier grand chantier d’Adobe pour Rush est la sortie de la version Android. L’autre grand challenge est l’optimisation du compromis entre la simplicité d’utilisation et la mise à disposition d’options suffisamment évoluées directement depuis Rush (sans aller dans Premiere Pro).

Ces choix de développements sont très sérieusement étudiés par Adobe, et pour cela il est directement proposé aux utilisateurs d’interagir avec les équipes de développements d’Adobe. En cliquant sur une petite icône en forme de bulle de bande dessinée, vous pouvez envoyer un commentaire pour demander de futures améliorations ; il est également possible de participer à des votes pour prioriser les évolutions attendues. Actuellement, les utilisateurs souhaitent majoritairement que soient intégrées au logiciel des fonctionnalités de modification de la vitesse des plans (ralentis). Certains demandent également que puissent être ajoutées des images clés pour les animations ou des LUT (look-up tables) comme dans Premiere Pro.

 

 

Le grand rush

Si on osait ce trait d’humour, Adobe ne s’est pas pressé pour nous proposer cet outil dédié aux nouveaux créateurs vidéo. Mais c’est peut-être juste le bon, voire le meilleur moment, pour imposer sa solution. Le produit est fort bien conçu et agréable à utiliser. La prise en main est évidente, que ce soit sur iPhone ou sur ordinateur, et c’est un point primordial.

Le lien avec les autres outils de la suite est l’autre grand atout d’Adobe Premiere Rush : avec Premiere Pro via la compatibilité ascendante et la possibilité de créer des modèles d’animation et avec les logiciels dédiés tels qu’Audition à partir desquels ont été créées les fonctionnalités de postproduction de Premiere Rush. Le Creative Cloud apporte aussi une grande fluidité dans l’utilisation de Premiere Rush : un projet commencé via l’application iPhone pourra être continué sur un ordinateur directement grâce à l’option « synchroniser avec Creative Cloud ».

Question prix, Adobe a également souhaité proposer une offre plus agressive. Adobe Rush est disponible pour les utilisateurs déjà abonnés à l’offre complète Adobe Creative Cloud, et le logiciel seul peut être loué pour un tout petit moins de 12 € par mois. Une formule Starter gratuite limitée (à trois exports) permet de le tester avant d’investir. Adobe nous a confirmé que l’optimisation de Rush serait une priorité pour l’année 2019 ; nous allons suivre cela avec très grand intérêt.

 

 

LE MOT DE L’ÉDITEUR

Voice ce que dit Fred Rolland, Sr. Business Development Manager, Creative Cloud for Enterprise and Video.

« Forts de l’expérience acquise depuis plus de 25 ans avec nos logiciels professionnels que sont Premiere Pro, Audition et After Effects, ainsi que des sept années qui nous ont permis de mettre en place la plate-forme Creative Cloud, le timing était le bon pour lancer Adobe Premiere Rush – une expérience multiplates-formes de création vidéo en ligne. Premiere Rush repose sur les technologies professionnelles d’Adobe pour permettre aux utilisateurs de créer et de publier sur les réseaux sociaux des vidéos de qualité professionnelle, tout en bénéficiant d’une expérience utilisateur complètement revue et simplifiée.

« Nous souhaitons proposer une expérience unifiée quel que soit l’appareil utilisé. La collaboration entre Premiere Rush et Premiere Pro sans friction était évidente, tout comme le partage de ressources graphiques avec les bibliothèques Creative Cloud. Nous sommes vraiment dans un nouveau paradigme où les technologies s’adaptent à l’utilisateur et non le contraire.

« La version 1.0 de Premiere Rush a été très bien accueillie par les utilisateurs, notamment avec la formule Starter gratuite. Adobe a pour ambition de rendre la créativité accessible à tous, Premiere Rush a une feuille de route prometteuse : Adobe Sensei, notre moteur d’IA, va continuer à accélérer notre capacité à faire évoluer cette solution ; et l’application sera disponible sur Android en 2019 ».

 

 

Article paru pour la première fois dans Mediakwest #30, p.90/94. Abonnez-vous à Mediakwest (5 numéros/an + 1 Hors-Série « Guide du tournage ») pour accéder, dès leur sortie, à nos articles dans leur intégralité.