AMC rachète le premier circuit européen : Odeon – UCI

Cet article aurait pu s'intituler "rachat du premier circuit européen par le premier circuit américain" mais AMC ne l'est pas encore : annoncée en mars, l'absorption de Carmike est pour l'instant bloquée par les actionnaires qui jugent le prix proposé par AMC insuffisant.
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Si le processus finit par aboutir, AMC deviendra le premier exploitant américain avec environ 8 300 écrans (1 000 de plus que Regal longtemps leader du marché). S’il n’aboutit pas, AMC deviendra quand même le premier exploitant mondial grâce à l’autre acquisition qu’il vient d’annoncer : Odeon/UCI, un circuit de 242 cinémas et près de 2 250 écrans implanté dans six pays (Grande-Bretagne, Irlande, Espagne, Allemagne, Autriche et Italie).

Le secteur de l’exploitation de salles est-il entré dans une grande phase de consolidation comme le prédisait le directeur général… d’Odeon fin juin à CineEurope, au cours d’une conférence consacrée à l’avenir du cinéma ? Pour Paul Donovan (qui doit garder son poste dans le nouvel organigramme d’AMC), le marché est arrivé à maturité aux Etats-Unis et en Europe de l’ouest ce qui rend les grandes fusions entre circuits inévitables. Car même si les entrées ne progressent plus comme par le passé, il va falloir continuer à investir lourdement pour que les salles restent attractives tout en dégageant des bénéfices suffisants pour rémunérer correctement les actionnaires.

Seule solution d’après Paul Donovan – que n’ont pas démenti les deux autres patrons de circuits (Nordic cinema group et … Carmike) qui participaient au débat de CineEurope : grandir encore pour obtenir des conditions de location de films toujours plus favorables, réduire les coûts des achats (confiserie,…) et des investissements (technologies de projection,…) et comprimer les frais de structure (en taillant notamment dans les effectifs des sièges sociaux des enseignes fusionnées).

La conjoncture est favorable à ces méga-acquisitions car les taux d’intérêt toujours très faibles permettent de s’endetter à bas prix pour les financer. S’y ajouterait un autre évènement favorable dans le cas d’Odeon – UCI : d’après le site Celluloid Junkie, qui vient de consacrer une longue analyse au rachat, la chute de la livre sterling après le Brexit aurait entraîné une dépréciation sensible des actifs d’Odeon/UCI (société britannique) .

Au delà de cette opération financière a priori réussie, quel avenir réserve à Odeon – UCI sa fusion avec AMC ? Une cinquantaine d’établissements auraient été déjà choisis pour adopter le positionnement haut de gamme du circuit américain : fauteuils inclinables, « gastronomie », service à la place. Des salles Imax devraient être en outre créées dans l’enceinte de certains de ces cinémas.

L’avenir d’Odeon – UCI ne dépend pas seulement d’AMC car le groupe chinois Dahlian Wanda est le principal actionnaire du circuit américain. Il possède un autre circuit en Chine (Wanda cinema line, 2 600 écrans) et la chaîne Hoyts en Australie (450 écrans). D’après Celluloid Junkie, Wanda aurait pu racheter directement Odeon/UCI mais a laissé sa filiale réaliser l’opération pour une autre raison financière : le renminbi chinois, est l’une des monnaies les plus dépréciées en ce moment si bien que le rachat n’aurait pas été aussi juteux pour Wanda qu’il l’est pour AMC.

Mais est-ce dans l’intérêt de Wanda de créer un méga-circuit planétaire ? Est-il raisonnable de rassembler dans une même entité des circuits de territoires cinématographiques émergents où les entrées sont en plein essor et des chaînes actives sur des marchés où la fréquentation stagne ?