Pour présenter cette nouvelle étape, CANAL+ avait choisi un décor plutôt familier aux abonnés. C’est en effet le plateau d’En Aparté qui servait de scène à cette édition 2026 des Rendez-vous de la Tech. Aux commandes, Églantine Leclabart, directrice Produit & Marketing Global de la PayTV, et Stéphane Baumier, directeur des Technologies et des Systèmes d’Information de CANAL+, y ont détaillé les évolutions de la plateforme et les nouveaux usages que le groupe veut installer.
Un changement d’échelle majeur…
CANAL+ n’a plus tout à fait la même taille qu’il y a un an. Avec l’intégration du media sud africain MultiChoice, la société revendique désormais presque 42 millions d’abonnés dans 70 pays. Côté technologie, Stéphane Baumier donne immédiatement l’échelle.« On dépense un peu plus d’un milliard d’euros tous les ans dans la technologie », détaille-t-il, avec près de 6 000 experts répartis dans 17 pays.
Alors, comment faire entrer Varsovie, Johannesburg et Paris dans la même application sans fabriquer une expérience aseptisée pour tout le monde ? CANAL+ mise sur une base technique commune. « C’est une seule base produit », explique Stéphane Baumier.
Chaque pays conserve cependant la main sur ce qu’il veut mettre en avant. « Chaque pays peut éditorialiser sa propre page, choisir ses couleurs, choisir les contenus qu’il veut mettre en avant. »
Une seule application pour 70 pays
La difficulté ne tient pas seulement au nombre de pays. CANAL+ doit faire cohabiter dans la même interface près de 2 000 chaînes linéaires, des centaines de milliers de contenus à la demande et des services comme Netflix, HBO, Paramount+, Apple TV, beIN Sports, Eurosport ou Dailymotion. Le pari est assez clair : éviter à l’abonné de passer d’une application à l’autre pour retrouver ses contenus.
Mais le vrai stress test arrive à 21 heures. Une série peut être lancée quand bon nous semble, un match, lui, commence pour tout le monde au même moment. « C’est comme si vous faisiez rentrer des centaines de milliers de personnes dans le Stade de France à la dernière minute » compare le directeur des Technologies et des Systèmes d’Information de CANAL+ . Lors d’une récente demi-finale du PSG, CANAL+ a ainsi approché les trois millions d’abonnés connectés simultanément. Tout l’enjeu consiste alors à faire en sorte que celui qui regarde son écran ne remarque rien de cet embouteillage numérique.

Et l’abonné doit-il encore chercher manuellement la version 4K de son programme s’il désire le regarder dans la meilleure résolution ? Pas forcément, CANAL+ déploie ce qu’il appelle un « manifeste dynamique ». L’application détecte la qualité de la connexion et les capacités du téléviseur avant d’envoyer automatiquement le meilleur format disponible. « Si vous avez un équipement et une bande passante compatibles avec la 4K HDR, automatiquement votre film sera en 4K HDR, sans que vous ayez à demander », explique Stéphane Baumier. « L’abonné n’a rien à paramétrer. » ajoute-t-il.
L’accessibilité suit la même logique. Sous-titres adaptés, audiodescription ou encore sous-titres pensés pour les personnes dyslexiques se développent dans l’application. « Il y a 37 % des abonnés qui utilisent au moins une fonction d’accessibilité », précise Stéphane Baumier. CANAL+ indique avoir formé l’ensemble de ses développeurs web et applicatifs à ces usages.
Quatre nouvelles fonctionnalités
L’année dernière, CANAL+ avait déjà appris à son lecteur vidéo à swiper. Cette fois, c’est l’application elle-même qui adopte les codes des réseaux sociaux. Premier changement visible dès l’ouverture : les traditionnelles vignettes fixes du haut de la page d’accueil cèdent la place à un carrousel vidéo animé.
Réseau social signifie algorithme ? Pas forcément. « Nous n’avons pas de robots derrière ce fil », insiste Églantine Leclabart. Les séquences mises en avant resteront choisies par les équipes éditoriales, avec les incontournables du moment mais aussi leurs coups de cœur. « Le format est bien social, mais l’éditorialisation reste totalement faite par des humains », précise-t-elle. Une manière pour CANAL+ d’emprunter la forme du feed sans abandonner la sélection humaine des contenus.
La vidéo verticale est la deuxième nouveauté, difficile d’y échapper en 2026. Les films, les séries et les temps forts sportifs pourront se découvrir dans ce format directement dans l’application. Pas question pour autant de prendre une image horizontale et de couper simplement les côtés. Stéphane Baumier explique que CANAL+ a « recréé tout un pipeline » pour fabriquer ces vidéos dans le bon format dès leur préparation, puis les encoder et les distribuer avec le niveau de qualité attendu.
Le troisième changement concerne la barre de recherche, qui apprend enfin à parler comme son utilisateur. Il n’y a plus besoin de connaître exactement le titre recherché. Une demande comme « une comédie avec Brad Pitt » ou « un film des années 80 » doit suffire. L’intelligence artificielle interprète la phrase puis cherche les contenus correspondants dans le catalogue accessible à l’abonné. Et Stéphane Baumier tient à la nuance : « Ce n’est pas un agent conversationnel. C’est un moteur de recherche qui va analyser ce que vous demandez pour vous trouver les meilleurs contenus. »
Enfin, les amateurs de sport gagnent de nouveaux calendriers pour le football, le rugby, la Formule 1, le MotoGP et le golf. Les scores, les compositions, les classements, ou les émissions associées doivent être accessibles depuis le même espace. Mais que faire de celui qui rentre chez lui avec deux heures de retard et veut encore croire au suspense ? CANAL+ a pensé au mode anti-spoil. Un simple réglage permet de faire disparaître les scores dans toute l’application. Facile pour l’utilisateur. Nettement moins pour les équipes techniques, puisque ces résultats peuvent apparaître à plusieurs endroits de l’interface.
CANAL+ change d’échelle
CANAL+ revendique 20 milliards de vues cumulées en 2026 sur l’ensemble de ses comptes, soit trois fois plus qu’en 2023.
Le groupe annonce également 100 millions d’abonnés sur les réseaux sociaux.
CANAL+ revendique enfin 500 millions d’interactions, sous forme de likes, commentaires ou partages, un chiffre présenté comme dix fois supérieur à celui de 2020.

CANAL+ lance Sport+, sa plateforme sportive gratuite
Et après avoir importé les réseaux sociaux dans son application, pourquoi ne pas directement y faire entrer davantage de sport gratuit ? CANAL+ lancera Sport+ le vendredi 9 octobre à 7 heures, une plateforme numérique financée par la publicité et accessible depuis l’application CANAL+, que l’on soit abonné… ou pas.

C’est Thomas Sénécal, directeur des sports de CANAL+, qui en a détaillé le fonctionnement. Et la cible est volontairement large. « Cela s’adresse aux puristes et aux touristes », plaisante-t-il. Autrement dit, pas seulement au passionné capable de réciter le classement du Top 14, mais aussi à celui qui veut simplement savoir à quelle heure commence le match du soir ou regarder quelques images dans le métro.
Sport+ s’organise autour de trois usages. Des vidéos courtes reprennent les codes déjà développés par CANAL+ sur les réseaux sociaux, avec des contenus informatifs ou plus légers. Un calendrier centralise les horaires, les résultats et les accès vers les compétitions. Enfin, un flux mêlera direct, replay, information sportive et émissions déjà produites par les rédactions du groupe.
Le mode anti-spoil y retrouvera naturellement sa place. « Beaucoup de gens aiment revivre le frisson du direct deux heures après, parfois le lendemain, et détestent être spoilés », rappelle Thomas Sénécal. Le service des sports entend donc appliquer à ce public gratuit le même niveau de soin qu’aux abonnés.
Gratuit, donc. Mais pas sans arrière-pensée. CANAL+ veut aussi utiliser Sport+ comme une nouvelle porte d’entrée vers son univers. Les passionnés sont souvent déjà abonnés. Les plus occasionnels le sont moins. « Les curieuses et les curieux, les abonnés de demain, ce sont eux aussi qu’on veut aller toucher », revendique le directeur des sports de CANAL+.